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26 décembre 2007 3 26 /12 /décembre /2007 20:11
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Biographie :


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        Enki Bilal est né en 1951 à Belgrade, en Yougoslavie. En 1960, il s’exile avec son père dans la banlieue parisienne, non sans quelques difficultés pour quitter la Yougoslavie de Tito qui n'appréciait pas les exils volontaires. Il découvre donc à l’âge de 10 ans la langue Française en même temps que la bande dessinée et le cinéma.
    Après un passage rapide aux Beaux-Arts, il débute dans la bande dessinée en 1972 en publiant Le bol maudit dans le journal Pilote, où il fait la connaissance du scénariste Pierre Christin. Cette rencontre va être déterminante : ensemble, ils créent divers récits de politique-fiction : Les Phalanges de l'Ordre Noir (1978/79), qui met en scène d'anciens combattants de la Guerre Civile Espagnole reprenant les armes pour un combat douteux, et Partie de Chasse (1981/83), histoire prémonitoire sur le Communisme en Europe de l'Est, moins de dix ans avant l'implosion réelle.
Les premiers albums empreint de réalisme magique chez Bilal, furent aussi scénarisés par  Pierre Christin. Ils ont réalisé, sous le titre général de Légendes d'Aujourd'hui, des bandes dessinées politiques anti-totalitaires au scénario extrêmement construit, ancrées dans une réalité historique et sociale, tout en y insérant une grande part d’irréel.
    bilal2-legendesdaujourdhui.jpgLa croisière des oubliés date de 1975 et va être son premier album publié. On découvre la police, l'armée et l'état qui se réunissent pour parler de l'individu 50/22B, un révolutionnaire que l'on retrouve dans tous les événements importants qui ont marqué le siècle (Cuba, Black Panthers, etc.). Au cours de la réunion, les participants disparaissent les uns après les autres, dans une mystérieuse cave. La deuxième histoire parle d’un village des Landes qui subit la proximité dérangeante d’un centre de recherche de l’armée, et s’envole d’un coup dans les airs. Porteur d’espoir et de liberté, le village volant va sillonner la France pendant que les militaires se transforment peu à peu en créatures monstrueuses. L’armée désabusée va alors devoir négocier avec les habitants le retour à la terre du village.

    En 1976, Le Vaisseau de pierre est le second volume de cette trilogie. Tout un village breton lutte face à l’implantation d’une station balnéaire. On retrouve une fois de plus 50/22B, qui va aider ces habitants préoccupés par la perte de leur identité culturelle. Le véritable aspect magique apparaît avec l’ étrange habitant du château abandonné, qui va utiliser des forces occultes afin d’être assisté par toutes les anciennes générations, et ce depuis la préhistoire. Tout comme dans La croisière des oubliés, c’est un village entier qui va naviguer sur des bateaux pour s’installer aux confins de l’Amérique latine.
    En 1977, La ville qui n’existait pas  s’ouvre sur la mort d’un riche patron qui a fait fortune en exploitant ses ouvriers. Confrontée à la grève des employés, son unique héritière, en collaboration avec les leaders syndicaux, entreprend alors la création d’une ville idéale, non sans quelques difficultés…

    Traversées par l'individu 50/22B, un personnage énigmatique aux pouvoirs surnaturels, qui sert de fil rouge à la trilogie, ces trois intrigues mettent en scène diverses communautés traditionnelles (un village des Landes, un port de pêche breton, une petite ville ouvrière du Nord) en lutte contre tous les pouvoirs (armée, gouvernement, police et administration) dont l’action, à l’époque, nourrissait une très vive contestation. Enki Bilal et Pierre Christin abordent dans ces trois histoires des sujets qui ont marqué les esprits à la fin des années 70.
   
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En 1980, Enki Bilal crée sa première série personnelle : la trilogie Nicopol (du nom du personnage commun aux trois récits), avec La Foire aux Immortels, qui oscille entre réalisme magique, science fiction et fantastique, et où les dieux de la mythologie Égyptienne vont faire irruption dans le Paris du XXIème Siècle. Les tomes suivants, La Femme Piège (1986) et Froid Équateur (1992), connaîtront aussi un vif succès.
    L’histoire se passe en mars 2023, à Paris. Durant la période électorale, un vaisseau spatial en forme de pyramide apparaît dans le ciel. On découvre de mystérieuses divinités égyptiennes dirigées par Anubis. Ici, Paris se situe dans un futur proche. Alcide Nikopol est condamné à la fin du XXème siècle à hiberner dans une capsule spatiale, et va se réveiller sur terre à la suite d’un problème mécanique. Il rencontre Horus, un Dieu de l’Egypte ancienne qui essaie d’échapper à ses congénères. Rapidement, ces deux parias vont s’associer pour échapper à leurs poursuivants. Pour cette association Horus va utiliser le corps d'Alcide Nikopol  et va faire de lui la clef de sa vengeance.
    Dans le second volet, La femme piège, Nikopol arrive en Afrique du Sud sur les traces de Jill Bioskop, l’un des personnages féminins les plus connus de Enki Bilal. Cette journaliste indépendante aux cheveux bleus va se retrouver liée sans le vouloir aux deux personnages principaux. On se rend peu à peu compte de sa dépendance à des pilules pour effacer la mémoire et se guérir ainsi d’un chagrin d’amour. On retrouve Horus et Niko, fils et sosie de Nicopol, qui a le même âge que lui (à cause de l’hibernation de 30 ans de Nikopol dans l’espace).Ce dernier va à nouveau s’allier avec le dieu égyptien.
    Pour finir la trilogie, dans Froid équateur, Jill Bioskop retrouve Nikopol dans un hôpital psychiatrique ; il n’a pas supporté une nouvelle séparation avec Horus. On découvre la relation très particulière qu’entretient la jeune femme avec son étrange machine à écrire, qui semble permettre à ses articles d’être publiés dans le journal Libération en 1993. La trilogie Nikopol lui apportera la reconnaissance du public et des critiques, et en 1987 il reçoit le grand prix du festival d’Angoulême.
    Ne souhaitant pas se limiter à la bande dessinée, Enki Bilal a diversifié ses activités. Il a dessiné de nombreuses couvertures de livres (romans de Jules Verne et de H. G. Wells, la série Les Aventures de Boro, Reporter Photographe par Dan Franck et Jean Vautrin) ; des affiches de films (comme Mon Oncle d'Amérique d'Alain Resnais) ; il a travaillé à des décors de films (La Vie est un Roman d'Alain Resnais ou Le Nom de la Rose de Jean-Jacques Annaud) ; il a aussi publié un recueil de peintures (Bleu Sang, 1994) et a dirigé trois films : Bunker Palace Hôtel (1989), avec Jean-Louis Trintignant et Carole Bouquet ;Tykho Moon (1997), avec Richard Bohringer et Julie Delpy ; son troisième long métrage en 2004, Immortelle ad vitam, avec Linda Hardy et Charlotte Rampling, reprend la trilogie Nikopol.
    En 1998, le premier volume de sa nouvelle trilogie Le Sommeil du Monstre paraît, suivi en 2002 par 32 décembre, Rendez vous à Paris en 2006 et Quatre en 2007.
    bilal4-sommeildumonstre.jpgLa tétralogie du Sommeil du monstre est une histoire à trois voix. Celles de Nike, Leyla et Amir, orphelins de Sarajevo aux quatre coins du monde. Il s'agit avant tout d'un travail sur la mémoire. Mémoire individuelle et collective, où se mêlent des images écrites de l'éclatement de la Yougoslavie, "lieu" de naissance d' Enki Bilal et des images peintes d'une entêtante conjugaison passé-présent-futur.
    Seul, Enki Bilal a donné libre cours à son penchant pour le fantastique, dans des récits où le lecteur est plus frappé par des climats que par le déroulement de l'action. Cette œuvre plus personnelle, où est perceptible l'influence des gravures de Gustave Doré et des livres fantastiques de Lovecraft, peint un univers oppressant et cauchemardesque. Le scénario et les personnages, souvent hiératiques, sont finalement moins importants que les décors, dont le délabrement contribue à créer une impression de décomposition générale de l'environnement, de l'organisation sociale et des individus eux-mêmes.

    On retrouve de nombreux thèmes récurrents dans les œuvres de Enki Bilal :

- Des hommes-créatures, déformés par le pouvoir, comme dans La croisière des oubliés, où une étrange maladie s’abat sur les dirigeant de l’armée, et transforment peu à peu leur visage en monstre, ou les masques fardés du dictateur Choublanc dans La foire aux immortels.

- Il traite d'un futur proche que notre présent semble annoncer, et il situe ce futur dans une fiction proche de la tragédie. Yan Moulier Boutang écrira pour le livre de l’exposition 2001 à Paris, que Bilal « explore le futur présent dans le présent ». C’est en quelque sorte le contraire de la projection, il met des images sur des nouvelles formes d’empire, de pouvoir, de domination nouvelle. « Il présente le futur dans ses éclats, en contrebandier du réel. »

- Les cernes noirs disparaissent peu à peu dans ses albums. Ses couleurs gagnent de plus en plus sur ses dessins, expriment par un jeu de couleur grise tranchée par des bleus sombres, vert émeraude, rouge sang, la violence de son monde. Signe d’une forte dystopie dans ses œuvres.

- Le réalisme magique de cet auteur s’étend même dans la couleur, avec l’aspect réel de villes avenirs : le gris de la pollution et les couleurs vives et irréelles des cheveux, des lèvres, des seins et des larmes bleus de Jill Bioscop.

- Ses personnages ont des sourires à peine esquissés, une certaine tristesse sentie comme une tragédie qui n’est pas à venir mais qui est déjà présente et ne fait plus peur. On sent que les protagonistes de toutes les séries sont déjà face à un certain désespoir.

- Une forte présence des animaux, notamment les lézards que l’on retrouve souvent sur des murs fissurés, bombardés, en arrière-plan dans les cases, mais aussi des chats, qui vont du noir au rayé vert et blanc, et qui possèdent le don de télépathie. On retrouve aussi les dieux égyptiens, à têtes de chien, chat, serpent. Enki Bilal montre bien que les animaux font partie d’un devenir-humain incertain et menacé. Dans Froid Equateur, on retrouvera même des animaux prenant
, de façon tout à fait normale, le train en Afrique où ils passent ensuite des contrôles biologiques.

bilal5-siecledamour.jpg    Les seuls symboles d’espoir dans ses livres, à la fois romans de fiction, policiers, et « traités de savoir-voir à l’usage des générations », selon Yan Moulier Boutang, sont les femmes. D’ailleurs, il a consacré tout un livre à ce sujet : Un Siècle d’Amour, co-écrit avec Dan Franck. Les femmes de Bilal affrontent en effet plus facilement les angoisses des hommes. Enki Bilal est un des auteurs qui auront le plus marqué la bande dessinée francophone depuis les années 1970 et jusqu’à nos jours.

Sarah, Ed.-Lib. 2ème année

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