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27 décembre 2007 4 27 /12 /décembre /2007 20:18
Tabucchi-couverture-copie-1.jpg
AntonioTABUCCHI
Petits malentendus sans importance, 1987.
Titre original : Piccoli equivoci senza importanza.
Nouvelle traduction de l’italien par Bernard Comment :
Petites équivoques sans importance
,
Editions Gallimard, coll. Folio, 2006, 235pages.





Nouvelle traduction :

    La première parution en France de Piccoli equivoci senza importanza s'est faite sous le titre Petits malentendus sans importance, en 1987, chez l’éditeur Christian Bourgois. Cependant, Antonio Tabucchi a voulu une nouvelle traduction avec un plus grand respect de l’expression linguistique originale. C’est dans cette optique que la nouvelle traduction sous le titre Petites équivoques sans importance a été publiée en 2006 chez Gallimard. La nuance entre les deux titres est quasi imperceptible, sauf lorsque l’on lit les deux définitions.
Equivoque : ce qui peut être interprété en différents sens.
Malentendu : divergence d’interprétation entre personnes qui croyaient s’être bien entendues. Synonyme : quiproquo.
    Ce désir de traduction plus fidèle montre l’importance qu’attache Tabucchi à chaque mot.

Biographie :
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    Tabucchi est né en 1943 à Pise en Italie. Il est l’auteur d’une vingtaine de livres (romans et récits) traduits dans le monde entier et qui ont reçu plusieurs récompenses internationales (prix Médicis, prix européen Jean Moulin…). Philologue, il a été professeur à l’université de Sienne en Toscane et professeur invité au Bard College de New York et au Collège de France. Il a collaboré au Monde, au Corriere della Sera et à El País, et a publié de nombreux textes dans la Nouvelle Revue Française.
    Son parcours personnel empli de voyages se ressent dans son recueil de nouvelles, Petites équivoques sans importance.
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Recueil :

    Il est composé de 13 nouvelles mais seules trois seront brièvement présentées dans le but de capter en quelques lignes l’univers de l’auteur.
    « Chambres » : une femme s’occupe de son frère, un écrivain, qui est en fin de vie. Il est difficile pour elle, voire impossible, de le voir dans cet état, elle décide donc de le soulager. Pour ce faire, elle s’approche de lui avec une seringue et on comprend alors qu’elle va l’euthanasier. Se pose ici le problème des choix difficiles, douloureux ainsi que du tabou de l’euthanasie. La question du déterminisme est également abordée. Si elle l’avait fait plus tôt aurait-ce été légitime ? Cette légitimité existe-t-elle à ce moment donné ? Qu’adviendra t-il de cette sœur courageuse ? Parviendra t-elle à s’en remettre ? Des multitudes de questions traversent l’esprit. De plus, connaissant Antonio Tabucchi, on sait qu’il y aura obligatoirement des conséquences, positives ou non, car chaque acte entraîne une conséquence. C’est le principe du déterminisme que l’on peut déchiffrer à travers cette nouvelle.

    « Les trains qui vont à Madras » : un homme part pour Madras, une ville d’Inde, en train (il y a une petite digression sur le choix du moyen de locomotion, celui-ci modifiera le voyage : question du déterminisme). Il rencontre un autre homme et tous deux sympathisent. Il met du temps à savoir ce que cet homme vient faire à Madras. Finalement ce dernier lui dit qu’il vient pour voir une statue bouddhiste. Le lendemain il lit dans le journal un article en rapport avec la statue et comprend par la même occasion la véritable raison de sa visite…

    « Petites équivoques sans importance » : c’est la nouvelle éponyme. Un homme assiste au procès d’un de ses meilleurs amis, et en profite pour se remémorer les moments de leur jeunesse. Il y a dans cette nouvelle beaucoup de retours en arrière sous forme de digressions. Parfois on ne sait plus où l’on est, au procès ou dans sa jeunesse : le passé et le présent se rencontrent. Tous ses souvenirs sont semblables à des fantômes figés dans sa mémoire, la nostalgie parcourt le narrateur et par la même occasion, nous, lecteurs.

Thèmes récurrents :

    Des thèmes récurrents apparaissent en filigrane au fil du recueil.
Le rêve : Pour Tabucchi, la solution se trouve parfois dans le rêve, seule échappatoire à une vie ratée ou à un destin brisé. Ses personnages ont pour la plupart des problèmes qu’ils fuient grâce au rêve. L’onirisme est donc présent tout au long du recueil. Par exemple dans « En attendant l’hiver » la veuve rêve de son mari nu sur la plage. Dans « Rébus », la nouvelle débute par la phrase « Cette nuit j’ai rêvé de Myriam », peut-être une référence au poème « Mon rêve familier » de Verlaine ?
La mort : thème très récurrent, quasiment toujours présent tel un leitmotiv, un écho entre les nouvelles. Soit la mort plane, tentative de meurtre (« Rébus ») ou veuvage (« Les sorts », « En attendant l’hiver », « Iles »). Soit elle est concrètement là, avec l’euthanasie dans « Chambres » ou avec des meurtres (« Les trains qui vont à Madras » et « La main passe »).
Présence autobiographique : on sait qu’Antonio Tabucchi a énormément voyagé et cela se ressent au travers de ce recueil. On ne traverse pas moins de sept pays au total (l’Italie, pays d’origine de l’auteur, la France et les Etats-Unis, pays dans lesquels il a vécu, le Portugal, l’Angleterre et l’Inde). La nouvelle qui illustre le mieux ce thème du voyage est, selon moi, « Rébus ». Elle raconte un rallye de voitures qui partent de Paris et arrivent à Irun. On traverse donc la France depuis Paris, sa banlieue (Porte Saint Denis, Ivry), en passant par Limoges, Rodez, Toulouse, Pau, Bidart, Saint Jean de Luz, Biarritz. On passe ensuite en Espagne dans les villes de Saint Sébastien et Irun. Au fil des récits, on voit les différents paysages défiler sous nos yeux grâce à de très bonnes et fidèles descriptions, au travers desquelles se dessine une partie de la vie de Tabucchi.
    Le déterminisme : (rappel : causes qui entraînent des effets). Certains détails, quiproquos, hasards, équivoques ont changé le destin des personnages de ce recueil. Par exemple, dans la nouvelle « Petites équivoques sans importance » il y a une erreur dans le dossier de Federico qui se retrouve en Droit au lieu de Lettres. Au final, le jeune homme se passionne pour le Droit et « en une heure avait compris certains problèmes qui lui avaient toujours échappé ». Cette « équivoque sans solution » change tout son avenir. Ce passage incontournable tiré de « Rébus », résume en quelques lignes toute la philosophie de Tabucchi : « La vie est un rendez-vous, j’ai bien conscience de dire une banalité, monsieur, sauf que nous ne connaissons jamais le quand, le qui, le comment, le où. Alors on se dit : si j’avais répondu ceci au lieu de cela, si je m’étais levé tard au lieu de tôt, ou tôt au lieu de tard, je serais aujourd’hui imperceptiblement différent, et peut-être le monde entier serait-il imperceptiblement différent. Ou il serait le même, et je ne pourrais le savoir… »

Petits avis personnels :

    J’ai plus qu’apprécié, pour ne pas dire adoré, l’écriture très travaillée, très élaborée d’ Antonio Tabucchi. Malgré le côté très littéraire apparent, je trouve que ce recueil se lit relativement facilement, même si je n’ai pas la prétention d’être certaine d’avoir tout compris. Je trouve très intéressant, même si pas toujours aisé, qu’il faille lire entre les lignes. De plus, ces différents moments de la vie quotidienne nous renvoient obligatoirement à nos propres décisions. Aurais-je agi de cette façon-là ? Ai-je bien fait de prendre cette décision ? Cependant une fois le livre fermé, ces récits s’évaporaient tels certains personnages du recueil. Une question persiste : m’a-t-il vraiment marquée ?

Marlène DAVEZAC, 1ère année Edition-Librairie

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Published by pier - dans Nouvelle
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