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7 janvier 2008 1 07 /01 /janvier /2008 22:04
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Hubert LAMPO

Retour en Atlantide (Terugkeer naar Atlantis)
Traduit du néerlandais et postfacé par Xavier HANOTTE
Belfond, 1997 pour la traduction française
192 pages



Biographie
    Hubert Lampo est né à Anvers en 1920 et serait mort à Essen en 2006. Journaliste, enseignant, critique littéraire et essayiste, il a commencé sa carrière littéraire en 1943 avec un court roman Don Juan et la dernière nymphe. Il a écrit une trentaine de romans, recueils et essais, dont le plus connu est La Venue de Joachim Stiller publié en 1960. Docteur honoris causa de l'université de Grenoble, il est considéré comme un des maîtres du réalisme magique flamand.

Résumé et thèmes récurrents
    Le narrateur, Christian Dewandelaer, mène une vie tranquille dans une banlieue ouvrière d'Anvers. Il se définit comme un « médecin des pauvres » et s'occupe de sa mère. Tout est bousculé par la mort de celle-ci. Il apprend que son père, qu'il croyait mort depuis son enfance, a en fait mystérieusement disparu. Il rencontre l'inspecteur qui s'était chargé de l'enquête et qui n'a pu trouver aucune explication plausible. Celui-ci lui raconte d'autres histoires de disparitions mystérieuses, jamais élucidées, ce qui donne une dimension fantastique au récit. Christian trouve ensuite dans le grenier plusieurs livres sur l'Atlantide ayant appartenu à son père. Jonas, un ami de son père, lui apprend que celui-ci était fasciné par l'Atlantide.

    A la fin du roman, lors d'une discussion Jonas répète à Christian des propos que lui a tenus le père. Ceux-ci illustrent bien le réalisme magique de l'oeuvre :
« Parfois l'idée m'obsède qu'il existe un autre monde que celui où nous vivons, un pays que nous aurions habité lors d'une vie antérieure... C'est quelque chose comme le ciel : ni au-dessus, ni en-dessous, ni sur terre, mais ailleurs encore, sans que la mort ait quoi que ce soit à voir là-dedans. C'est un pays proche, parce qu'en partie du moins nous le portons en nous ; mais c'est aussi un pays lointain, plus éloigné que la plus lointaine des étoiles du firmament, celles dont on peut lire qu'il faut des milliers de millions d'années avant que leur lumière nous parvienne. Tout gosse, Jonas, j'avais déjà deviné qu'un tel pays devait exister. Pour cette raison, continuer à croire en son existence peut sembler puéril. Mais c'est comme une nostalgie presque intraduisible en mots, une nostalgie dont on ne guérit jamais et qui, parfois, vire soudain à l'étrange certitude qu'existe bel et bien un chemin menant à l'Atlantide, un chemin qu'on peut découvrir, pour peu qu'on ait le courage de le chercher de toutes ses forces... » (p. 176-177).

    Tout au long du récit les temps sont mêlés. Le narrateur décrit sa vie quotidienne avec de multiples détails réalistes mais la maladie et la mort de sa mère ainsi que de nombreux souvenirs du passé viennent se mêler à la narration de sa vie actuelle. On passe sans cesse d'un temps à un autre. La confusion entre passé et présent est marquée par deux figures féminines, en dehors du personnage de la mère :
        Lors d'une soirée chez le procureur Hermann Andersen, Christian rencontre la femme de celui-ci. Il reconnaît alors une jeune fille qu'il avait rencontrée et repoussée lors d'une soirée de « bizutage » pendant ses études. Celle-ci va encore une fois tenter de le séduire et viendra lui demander de l'aide, étant enceinte d'un enfant qu'elle ne veut pas garder. Le narrateur va refuser et l'encourager à assumer sa grossesse, ce qu'elle fera.
    Quand il se remémore les souvenirs de son enfance, Christian évoque souvent Eveline, une jeune fille de douze ans qu'il a aimée et qui a brusquement déménagé avec sa mère, disparaissant ainsi sans explication. Christian va sauver et installer chez lui, après la mort de sa mère, une jeune femme amnésique qui a sans doute tenté de se noyer. Elle se rétablit mais ne se souvient de rien. Un soir, Jonas vient chez Christian pour lui parler de la convalescente. Il est certain qu'il s'agit d'Eveline, dont la mère était détestée des femmes de la cité à cause de son comportement avec les hommes. Jonas lui raconte l'histoire de la mère d'Eveline et lui apprend que son père l'a sauvée de la fureur des autres femmes. Quand elle a accouché d'Eveline, des rumeurs se sont répandues selon lesquelles le père de Jonas serait aussi celui d'Eveline. A la fin du récit de Jonas, la jeune femme amnésique, qui a tout entendu, se sauve...
Cette figure féminine représente beaucoup pour Christian : son amour d'enfance, la femme qu'il aurait pu aimer et, peut-être, sa demi-soeur.

    A la fin du roman, l'auteur ne nous livre aucune explication concrète. Le lecteur est toujours partagé en ce qui concerne la raison de la disparition du père, la personnalité de la jeune femme amnésique, l'histoire de narrateur. Celui-ci songe à tous ces temps qui se mélangent : la mort, la disparition mais aussi la vie à venir avec la naissance d'un enfant qui s'annonce, le personnage d'Eveline qui représente désormais « l'aimée inaccessible ». Le narrateur est encore dans l'attente d'un « appel » :
« Mais pourtant je savais qu'en moi, inévitablement, un jour l'appel retentirait, cet appel auquel mon père, il y a si longtemps et si peu de temps à la fois, avait répondu. Et j'irai, comme il est allé, car rien ne pourra me retenir. Même si, pour moi, l'heure n'est pas encore venue de savoir où mènera le chemin » (p. 178).

    Le réalisme magique de Hubert Lampo réside dans l'idée, à la fois déterminée et imprécise, d'un ailleurs mystérieusement accessible à partir de la vie quotidienne, peuplée de multiples détails réalistes.




Maud, AS Edition-librairie

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