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20 février 2008 3 20 /02 /février /2008 09:36

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Francis SCOTT FITZGERALD

May Day, , " Le Premier Mai ", 1920

GF-Flammarion, édition bilingue, 1992

Traduit de l’américain par M.-P. Castlenau et B. Willerval 





1. Fiche de Lila

Francis Scott Fitzgerald nomme la période qui s’étendit de 1919 à 1929, que les historiens, eux, appelleront " les années folles ", l’Âge du Jazz car cette musique acquiert une notoriété remarquable au sein de plusieurs couches de la société américaine (et européenne grâce à la présence américaine dans les territoires alliés) durant ces dix années d’après-guerre. L’auteur date la naissance de cette ère du 1er mai 1919. En effet, l’Armistice signé, les soldats américains sont démobilisés, rentrent au pays en masse et se retrouvent pour la plupart au chômage. La peur du communisme est déjà bien présente sur le territoire américain, et les groupements sociaux qui condamnent cette situation sont souvent de gauche, voire d’extrême gauche. Ainsi, le 1er mai 1919, plusieurs milliers de personnes défileront à Cleveland. Un lieutenant de l’armée interrompt le défilé et demande que les drapeaux brandis par les manifestants, rouges, disparaissent. Devant le refus, il fait charger la foule par ses hommes… un mort, de nombreux blessés. " May Day " est écrite et publiée dans un recueil, Tales of Jazz Age dans l’année qui suit l’affaire.

L’histoire se déroule dans la soirée du May Day, et si elle ne traite pas directement de la manifestation de l’après-midi, elle n’en est pas moins révélatrice des revendications sociales des opprimés de Cleveland. Elle démarre sur la description d’une Amérique victorieuse, érigeant des arcs de triomphe à sa propre gloire, et ce prologue se termine sur cette phrase : " Alors, au cours de ce printemps glorieux, bien des aventures virent le jour dans la grande ville. Quelques unes d’entre elles, ou peut-être une seulement, sont ici racontées. " Dès lors, c’est dans les coulisses de cette gloire que nous entraîne Fitzgerald, où il nous dépeint le mépris d’une société qui cache les miséreux aux yeux des riches, et la souffrance de ceux qui n’ont pas droit aux festivités. Les personnages sont nombreux ; ils se croisent ou se sont déjà croisés, leurs destins sont liés car ils évoluent dans la même jungle urbaine.

C’est un itinéraire bien précis que Fitzgerald nous fait suivre dans les rues de New-York, alors que ses personnages, eux, se perdent. Pourtant, le personnage principal, Gordon Sterett, arrive en ville avec un objectif bien précis : il veut emprunter de l’argent à un vieux camarade de Yale, Philip Dean. Dean a réussi, et n’a aucune envie de voir ses vacances compromises par l’épave qu’est devenu Gordon. Il lui propose une soirée organisée par un réseau d’anciens élèves, afin de ne pas se laisser engluer par la tristesse de l’autre. Cette peur de l’autre est récurrente dans les trois autres nouvelles du recueil GF-Flammarion, qui semblent se situer à trois étapes différentes de la vie humaine. " Absolution ", la première nouvelle, raconte la vie d’avant la guerre en mettant en scène un enfant tyrannisé par l’image qu’il se fait de la religion. Il est confronté à un prêtre qui lui, est terrifié par un tout autre genre de lumières : celles de la fête foraine. Deux lumières pour deux hantises. Les personnages de " May Day " et " Babylon Revisited ", la dernière nouvelle, pourraient être les mêmes à deux époques différentes : l’univers de " May Day " est celui d’Américains festoyant pour célébrer la médaille dorée gagnée par leur pays -ou se saoulant encore plus pour en oublier le revers, et " Babylon Revisited " montre le dur combat d’un fantôme du Jazz Age pour récupérer sa fille, enlevée pour son bien des mains d’un père alcoolique.

L’alcool est omniprésent dans May Day (un an avant la Prohibition), l’ambiance est glauque. Les personnages hésitent entre se battre pour sortir du gouffre et se laisser simplement sombrer. La nouvelle entière repose sur cette hésitation, le lecteur se demande vraiment quel sera le dénouement. J’ai bien aimé ce balancement constant, que Fitzgerald sait maîtriser, et je recommande vivement ce recueil (car les trois nouvelles sont entièrement complémentaires.)

Lila, Bib. 1A

 

2. Fiche d’Emmanuelle

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¤ Le contexte historique de la nouvelle :

L’action de la nouvelle " May Day " se déroule à une date bien précise : du 1er au 2 Mai 1919 ; et il est fondamental de l’associer aux événements correspondants pour planter le décor politique, économique et social nécessaire à sa lecture.

Après la signature de l’Armistice, des millions de soldats furent démobilisés, se retrouvèrent à la recherche d’un emploi et la production liée à la guerre cessa. De plus, les mesures de sauvegarde concernant les salaires et les prix furent abolies par le gouvernement deux jours après l’Armistice, ce qui engendra une sévère inflation.

Par ailleurs, une sorte de chasse aux sorcières est alors entamée contre les socialistes, les communistes, les anarchistes, les pro-allemands, les juifs ou encore les bolcheviks qui seront tous, sans distinction, perçus comme des ennemis de l’ordre. C’est donc dans un climat de spéculation et de haine que s’inscrit " May Day ".

¤ FITZGERALD et " May Day " :
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Le personnage principal : Gordon Sterrett, avec qui la nouvelle commence et s’achève, présente un certain nombre de similitudes avec l’auteur qui semble retracer à travers lui un passé proche assez douloureux. En effet, les mois qui précèdent la parution de " May Day " furent faits d’échecs et de déceptions pour l’écrivain.

Tout d’abord Gordon a étudié à Yale et l’auteur à Princeton ; puis Fitzgerald fut un soldat qui rêvait d’héroïsme sur les champs de bataille français et l’Armistice fut une sorte de déception pour lui ; le personnage aussi devient soldat après ses études.

Après avoir été démobilisé, Fitzgerald voit son manuscrit, The Romantic Egoist, refusé par l’éditeur Scribner, puis arrive à New York où il est dans l’obligation financière de vivre dans un quartier du Bronx. Tout comme Gordon Sterrett, il va devoir renoncer à la situation confortable de ses années étudiantes et comme le héros, il continue à côtoyer des amis fortunés qui mènent un train de vie agréable. La soirée d’anciens élèves dont il est question dans la nouvelle a d’ailleurs été vécue par l’auteur , précisément dans le même restaurant : le Delmonico.

Alors que le personnage tente d’exploiter ses qualités artistiques, sans succès, Fitzgerald, lui, collectionnait les refus des journaux auxquels il envoyait ses nouvelles.

Ce n’est qu’après s’être perdu dans l’alcool qu’il retourne chez ses parents et réécrira son roman qui sera rapidement accepté par le même éditeur, Scribner, et publié sous le titre This Side of Paradise. Il commencera alors à vivre de sa plume.

¤ La nouvelle :

La nouvelle débute au matin du 1er mai ; Gordon Sterrett, qui vient d’être démobilisé, rend visite à Philip Dean, de passage à New York à l’occasion du bal des Gamma Psi, réunissant les anciens élèves de Yale. Ce n’est pas une visite de courtoisie car Gordon a besoin d’argent ; il sollicite son ancien camarade de promotion et, pour plus de crédit, afin de mettre toutes les chances de son côté, il fait le récit de ses ennuis d’argent, de ses déboires amoureux avec une jeune femme qui le fait chanter, ainsi que de ses échecs professionnels : il parvient pas à vendre ses dessins aux journaux.

Ce personnage semble, au début de l’histoire, quelque peu exaspérant : il s’apitoie sans cesse sur son sort ; il est dépourvu de toute combativité et de la moindre once de fierté.

Quant à Philip, il est agacé par les ennuis de Gordon, ne demeure préoccupé que par son séjour à New York et craint que Gordon ne gâche ses projets. En aucun cas il n’est sensible à sa détresse et c’est au premier abord un personnage léger, superficiel et égoïste.

Dès le troisième chapitre, Fitzgerald nous éloigne du récit initial pour nous présenter deux nouveaux personnages fondamentalement différents des premiers : Gus Rose et Caroll Key. Ce sont deux soldats un peu bourrus qui errent sans but dans les rues de New York, ou plutôt si : il cherchent de l’alcool.

Puis, de fil en aiguille, le lecteur passe d’histoire en histoire et découvre de nouveaux personnages, en abondance, en apprenant davantage sur les précédents, ce qui lui permet de les aborder sous des angles différents, les rendant tantôt touchants, troublants, insignifiants, amusants, pathétiques ou ridicules. Ainsi, au fil de la lecture, celle-ci offre une vision de plus en plus complète jusqu’à ce que tous les personnages deviennent finalement liés les uns aux autres de façon cohérente mais totalement inattendue, comme les morceaux d’un puzzle que l’on reconstitue petit à petit, pour former un ensemble où tout est irrémédiablement lié, de manière directe ou indirecte.

La trame narrative suit la temporalité de personnages en personnages et la progression de l’histoire respecte une certaine logique ; de cette manière, les différents épisodes se complètent du début à la fin de la nouvelle.

¤ Conclusion :

" Les évènements de 1919 nous laissèrent moins révolutionnaires que désabusés (…) c’est une des caractéristiques de l’Age du Jazz que de ne pas s’intéresser le moins du monde à la politique. "

Cette citation de Francis Scott Fitzgerald illustre un aspect fondamental de " May Day " car tous ses personnages, dont les destins se croisent et s’entremêlent, semblent complètement dépassés par les événements, ne sachant pas de quoi il retourne et ne comprenant pas le climat de tension qui règne en cette soirée du 1er au 2 Mai. Les préoccupations des personnages sont principalement nombrilistes et c’est ce qui les rend finalement incroyablement humains.

Mais ce qui selon moi donne autant de vie à cette nouvelle est la multitude de personnages, qui tous à leur façon ont leur part dramatique dans cette recherche perpétuelle d’un but, et l’unité vers laquelle cette pluralité tend comme pour mettre chacun sur un pied d’égalité face à une réalité commune à tous.

Emmanuelle, Ed. Lib. 1A 

 

 

 

 

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Published by Lila, Emmanuelle - dans Nouvelle
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commentaires

Lila 22/02/2008 16:48

Emmanuelle, tu as noté que le début de la nouvelle se situait au matin du 1er mai. Ah bon ?

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