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22 février 2008 5 22 /02 /février /2008 21:44

 

L’Afrique, ou plus particulièrement l’Afrique noire, a beaucoup été représentée par les Occidentaux. Des représentations parfois justes, parfois dures, parfois erronées. A travers le support de la bande dessinée, il était important de mettre en évidence certains auteurs qui ont touché à leur manière et du bout des doigts ce continent. Chaque planche invite au voyage, notamment avec les œuvres classiques de la bande dessinée, aborde avec des auteurs d’aujourd’hui la découverte du pays et de soi, les symboles d’une grande souffrance et imagine ce lieu de vie comme un lieu universel…

 

1 - L’Afrique vue à travers les classiques de la bande dessinée franco-belge

 

ETHIOPIE : Hugo Pratt, Les Ethiopiques, Casterman. 

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Corto Maltese arrive en 1918 en Afrique, lors de la Première Guerre mondiale. Il se retrouve plus exactement en Ethiopie pour arriver en Afrique orientale allemande. Hugo Pratt relate ici un long parcours qui va s’accorder à toute une série de petites histoires avec les personnages rencontrés. Avec Corto, nous traversons donc l'Afrique en guerre, au fil de rencontres marquantes tant pour lui que pour nous. Ainsi Cush, le fier guerrier bénin, se montre fidèle à une loi, celle du Coran, et se bat exclusivement pour la libération de son peuple ; Shamaël, grand sorcier abyssin, fils du diable et de la mort mais aussi le capitaine Bradt vont devenir une galerie de personnages propre à l’auteur. Ce souci de précision historique lui permet de mettre en évidence la dimension magique de Corto Maltese.

  

CONGO : Hergé, Tintin au Congo, Casterman.

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Une des aventures du petit reporter le plus célèbre de la bande dessinée se situe au cœur du Congo. Cet album est publié en noir et blanc de 1930 à 1931 dans la revue "Le Petit Vingtième". Tintin toujours accompagné de son fidèle Milou part en paquebot pour ce pays qui était une des colonies belges. Il devient le sorcier du royaume des Babaoro'm, va rencontrer des gangsters proches d’Al Capone.

Récemment on a beaucoup entendu parler de cet album d’Hergé, qui a provoqué de vives contestations de la part d’associations de lutte contre le racisme. Il faut aussi remettre cette écriture dans son contexte, puisqu’en 1930 la Belgique colonisait le Congo. Ce livre publié il y a donc 70 ans, n’avait jamais suscité jusqu’alors autant de réactions et d’accusations de racisme. Malgré quelques préjugés, Hergé présente ici des fait assez réels, avec ces hommes blancs venant en Afrique dans le but de contrôler la production de diamants au Congo.

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AFRIQUE DU NORD :
Franquin, Les aventures de Spirou et Fantasio, Dupuis.

- La corne du rhinocéros , T.6.
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Spirou et Fantasio, a la recherche d’un certain Martin, vont partir dans cette aventure en Afrique du Nord, dans une tribu autochtone, et découvrir que le micro-film qu’ils cherchaient se trouve dans la fameuse corne d’un rhinocéros. Mais lequel ?



- Le gorille a bonne mine, T.11

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Dans cette autre histoire, les deux héros s’attaquent à un reportage sur les gorilles. Comme on peut le voir dans Tintin au Tibet, lorsque le héros est abandonné par son équipe dans sa recherche du Yéti, ici Spirou et Fantasio vont ressentir cette menace du mystérieux en pleine brousse. Tous les personnages croisés leur déconseillent d’aller plus loin. Lorsqu’ils découvrent enfin ces fameux gorilles, ils se rendent compte que la nature est contrariée par un gros trafic d’or dans les mines alentour.

On retrouve donc chez Franquin une certaine réflexion morale sur la colonisation, proche de celle d’Hergé lorsqu’il évoque le trafic de diamants. Sur un fond d’aventure, de découverte du pays et de dépaysement face à cette culture, les auteurs mettent en avant un viol des richesses africaines par les Occidentaux.

 

2 - La découverte d’un continent et une quête intérieure

 

MALI et MAURITANIE : Dabitch et Pendanx, Abdallahi, 2 tomes, Futuropolis.

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Cette histoire en deux parties retrace l’histoire vraie de René Caillé et son récit de voyage. Il va être le premier Européen à toucher le sol de Tombouctou, ville interdite aux Blancs et d’où jusqu’alors personne n’était sorti vivant. Deux siècles après, ces deux auteurs bordelais ont souhaité adapter sous forme de planches la vie peu connue de ce jeune explorateur.

René Caillé, en 1824 souhaite découvrir les terres intérieures de l’Afrique. Ne recevant aucune aide de la part des Occidentaux, il va peu à peu s’immiscer dans la culture du pays, et se forger un personnage : il devient Abdallahi (le serviteur de Dieu), souhaite se convertir à l’Islam chez les Braknas, une tribu de Mauritanie ; il est de plus en plus dérangé par son identité, ne sait plus vraiment comment se positionner, et va faire à pied en compagnie d’un esclave noir affranchi un voyage de 4500 km, jusqu’à Tombouctou. Grâce à de nombreuses recherches et beaucoup de visites du pays, Dabitch et Pendanx sont arrivés à capter une certaine atmosphère et à adapter cette aventure où René Caillé devait jouer sur son identité, afin de ne pas trouver la mort.

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ETHIOPIE :
Dabitch et Flao, La ligne de fuite, Futuropolis.

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Toujours avec Christophe Dabitch au scénario, La ligne de fuite retrace au XIXème siècle l’histoire d’Adrien, jeune poète du journal littéraire Le Décadent. On va le pousser à écrire des faux de Rimbaud, ce dernier ayant disparu mystérieusement depuis douze ans. Après être passé pour un faussaire et avoir subi les injures de Paul Verlaine, le jeune Adrien, en quête d’identité, quitte Paris et sa sœur souffrante pour partir à la recherche de Rimbaud, à Charleville, Marseille puis sur les terres africaines, à Aden et Harrar.

Tout comme Abdallahi, Adrien devient un grand solitaire qui va se découvrir lui-même à travers ce voyage.

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DILUVIE
(pays imaginaire) : Luis Duran, L’illusion d’Overlain, Rackham.

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Autre quête initiatique, mais cette fois-ci totalement axée sur une Afrique imaginaire. En mêlant aventure, philosophie et poésie, l’auteur fait voyager une famille d’Occidentaux avec un but, la Diluvie, sorte de pays intouchable constitué de souvenirs de l’Afrique ancestrale…

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3 - L’Afrique, terre de souffrances

 

CONGO : Loustal et Paringaux, Kid Congo, Casterman.

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Afrique, début XXème siècle, dans une colonie française. Joseph, jeune serviteur noir, devient l’amant de Madame Rose. Leur vie bascule lorsque le mari les surprend faisant l’amour dans la couche conjugale.

Au départ, Kid Congo était un synopsis de film écrit par Paringaux. Loustal, par son trait stylisé et ses couleurs offre ici des impressions aussi brutales que l’angoisse, la pâleur, la nausée, la décrépitude et le dégoût. Le texte disparaît peu à peu, au profit des silences qui en disent long.

L’histoire mise en scène est individuelle mais révèle les douleurs collectives d’une époque : l’Afrique colonisée, dans un état très proche de l’esclavage, l’Europe en guerre, la misère et les disparités… Kid Congo marque profondément le lecteur par sa tristesse, voire par son caractère tragique. Une belle réussite récompensée à Angoulême en 1998 par l’Alph Art du meilleur scénario.

 

RWANDA : Stassen, Déogratias, coll. Aire Libre, Dupuis.

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Habillé de vêtements en lambeaux, les yeux injectés de sang, Déogratias est un jeune Hutu qui erre dans les rues de Butare, au Rwanda. Il est devenu en quelques mois le pauvre fou du village et frappe à toutes les portes car il a besoin d'urwagwa, toujours plus d'urwagwa, la bière de banane du pays. Pour oublier. Pour oublier qu'il n'est plus qu'un chien terrorisé par la nuit. Il va même jusqu’à se transformer véritablement en chien. Pour oublier les cauchemars qui le hantent. Pour oublier que lui, le Hutu, a lâchement assassiné ses deux jeunes amies tutsi qu'il aimait.

Avec un style graphique très atypique et fait de gros cernes noirs et d’aplats, Stassen traite du génocide du Rwanda avec une grande force. C’est un style qui se rapproche des peintures murales du pays. Le scénario de Stassen est à la fois simple et évident, sans aucun pathos, il nous ouvre simplement les yeux, nous présente, comme Loustal, une histoire individuelle qui est aussi collective.

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[Autre livre excellent de l’auteur : Le Bar du vieux Français : Célestin n’a pas d’avenir parmi sa tribu alors que la ville au nord est plein de promesses, Leila étouffe en Europe et souhaite retrouver ses racines au sud ; la fuite semble être la meilleure, la seule solution pour tous deux.]



4 - Un lieu de vie comme les autres

COTE D’IVOIRE : Marguerite Abouet et Clément Oubrerie, Aya de Yopougon, 3 tomes, coll. Bayou, Gallimard.

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Pour finir ce tour des terres africaines, voici sans aucun doute l’une des plus belles découvertes dans le genre.

Premier album de la collection "Bayou " dirigée par Joan Sfar chez Gallimard Jeunesse, Aya de Yopougon est née de l’imagination de Marguerite Abouet, une scénariste franco-Ivoirienne, et de Clément Oubrerie, jeune auteur jeunesse.
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Lire Aya de Yopougon, c’est lire le quotidien à la fois drôle et émouvant de la jeunesse africaine, c’est se débarrasser de toutes les images sombres du pays, c’est s’imaginer des vies comme tant d’autres. Cette trilogie africaine se situe en Côte d’ivoire, à la fin des années 70 ; on découvre Aya, une jeune fille de 19 ans, qui vit dans le quartier Yop City d’Abidjan et non Yopougon, parce que " ça fait moins américain ". Une histoire qui aborde avant tout le passage à l’âge adulte avec une grande fraîcheur. Au fil des pages, Binetou et Adjoua, les deux copines d’Aya, nous entraînent dans les maquis lors de leur fêtes nocturnes, où il faut bien entendu remuer son " pétou " pour attirer les " Génitos ", au bar Ça va chauffer ! Et pour mieux comprendre ces petites expressions du pays, il faut ouvrir, feuilleter et lire ce livre, agrémenté d’un lexique très drôle à la fin. On vous invite à entrer encore plus dans les coutumes locales avec le " bonus ivoirien " en fin d’ouvrage, qui vous présente quelques recettes, vous apprend à rouler des fesses et vous explique comment porter le pagne. Alors quoi de mieux pour démarrer un voyage en Afrique ?12bis-aya.jpg

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Sarah, Ed. Lib. 2ème année

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