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23 février 2008 6 23 /02 /février /2008 20:17

Introduction :

Les organismes :

Deux organismes réunissent des traducteurs en France : d’une part, la SFT (Société Française des Traducteurs), d’autre part, l’ATLF (Association des Traducteurs Littéraires de France).


Définition et présentation de la traduction littéraire :

L’ATLF explique que la notion de traducteur dit " littéraire " ne prend pas en compte le contenu des traductions, mais le fait que ce traducteur soit soumis aux dispositions relatives à la propriété intellectuelle, ce qui est le cas de tout traducteur travaillant pour des éditeurs. Les ouvrages traduits par des traducteurs littéraires peuvent donc être une encyclopédie, un document ou encore un guide pratique, aussi bien qu’un texte littéraire au sens strict. On peut aussi parler dans ce cas de traduction d’édition.

L’autre type de traduction est la traduction pragmatique, à savoir la traduction technique (informatique, électronique, mécanique), scientifique, financière, administrative.

Le traducteur doit posséder une connaissance très sûre de la langue à partir de laquelle il traduit (dite : langue de départ) et de la langue dans laquelle il s’exprime (dite : langue d’arrivée). Cette dernière doit être sa langue maternelle ou une langue qu’il possède au même degré que sa langue maternelle.

Les problèmes de la traduction littéraire sont immenses. Il serait à peine exagéré de dire que la traduction est faite entièrement de problèmes et qu’ils sont par essence insolubles. L’exercice de la traduction est un effort pour tenter d’approcher d’une solution, qui restera toujours inaccessible. Pourquoi cela? Parce qu’il s’agit de faire passer un texte littéraire d’une langue dans une autre et que la différence entre deux langues élève une barrière entre le texte écrit et le lecteur qui pense et lit dans l’autre.


I) Difficultés liées à la profession :


1) Difficulté à se faire reconnaître :

Les traducteurs littéraires souffrent d’un manque de considération à plusieurs niveaux qu’ils soient administratif, financier ou littéraire. Ils connaissent une complète invisibilité. Le traducteur est souvent oublié. Ainsi, il ne figure que rarement en page de couverture avec le nom de l’auteur. Ce n’est d’ailleurs pas obligatoire comme le montre le Code des usages pour la traduction d’une œuvre de littérature générale (signé en mars 1993 entre la Société des Gens de lettres de France, l’ATLF et la SFT d’une part, et le Syndicat National de l’Edition d’autre part). Le nom doit figurer sur la page de titre et sur la première page de couverture du livre ou à défaut sur la quatrième page de couverture. C’est la solution le plus souvent utilisée.


2) Difficultés matérielles :

Le traducteur est considéré comme un créateur à part entière, dans le Code de la Propriété Intellectuelle. Il déclare ses revenus en " droits d’auteur " et il est assujetti sur le plan fiscal aux mêmes contraintes qu’un écrivain.

Mais la rémunération que lui verse l’éditeur ne correspond nullement à l’ampleur du travail et du temps qu’il doit consacrer à un texte pour transposer dans la langue-cible toutes les qualités de l’œuvre originale.

L’éditeur verse un " à-valoir ", un tarif à la page dactylographiée, plus cher si la langue est rare. Mais cela représente à peine le tiers, voire le quart de ce qui est payé pour un texte technique ou dans les domaines financier et juridique.

De plus, un auteur touche aussi un pourcentage pour chaque exemplaire vendu (environ 2% du prix public hors taxe). Il n’y a pas de pourcentage sur les ventes pour le traducteur, ou dans le meilleur des cas, pas avant que l’ouvrage se soit écoulé à plus de 30 000 exemplaires.

Le métier de traducteur littéraire n’est pas rémunérateur, on vit difficilement en tant que traducteur littéraire, à moins de travailler extrêmement vite, ce qui nuit forcément à la qualité. Par rapport aux traductions techniques, la traduction littéraire est payée deux fois moins, et en général, il faut deux fois plus de temps pour faire une page, donc on peut affirmer que celle-ci est payée un quart de la traduction technique.

Les raisons de cet état de fait ? Le métier de traducteur n’a aucun statut officiel. En effet, n’importe qui peut se déclarer traducteur.

Et pourtant, sans traducteur, on ne pourrait pas connaître les grandes œuvres des autres pays. Il faudrait reconnaître son rôle essentiel de " passeur de voix "


II. Les difficultés de la traduction propre.


1) Apprécier le style ; s’affranchir des contraintes.

D’une langue à l’autre, les concepts ne se recouvrent jamais tout à fait, ce qui suffit à faire de la traduction, à l’échelle de chaque mot, une tâche difficile. Par exemple, le mot " pain " en français n’est pas un équivalent exact, mais approximatif du mot chleb en tchèque. Il est pourtant le plus proche, et, dans la plupart des cas, sera approprié pour le traduire (chleb désigne le même aliment, mais n’englobe pas le pain blanc, pourtant le plus répandu en France). En somme, les dictionnaires, bien qu’ils soient des outils indispensables, ne servent jamais que de source d’inspiration.

A l’échelle de la phrase, le casse-tête se complique encore. Si l’on enlève le fait qu’il faille trouver des équivalents pour chaque élément qui la compose, il s’agit de restituer son rythme général, son souffle, sa respiration, ses teintes et ses sonorités : son style. Donc si traduire, c’est donner à lire une œuvre dans une autre langue, il devient nécessaire de reproduire ce style, non à l’identique, mais de les transposer.


2) Les temps

On trouve chez bon nombre d’auteurs, des tournures qui interdisent, purement et simplement, l’emploi du passé simple ou de certaines formes lexicales trop soutenues.

Enfin, le problème du choix entre passé composé et passé simple est sans doute le plus épineux qui soit. De plus, la valeur de ces deux temps en français n’est pas exactement la même. On pourrait dire du passé composé qu’il est un temps paradoxal, puisqu’il est lié au présent par l’actualité même du résultat de l’action qu’il évoque (tandis que l’imparfait est détaché du présent par l’ancienneté du processus qu’il décrit). Il n’est pas du même registre que le passé simple, puisque ce dernier a entièrement disparu de l’usage oral, et son utilisation abondante, entre autres, dans la littérature existentialiste, lui donne une autre couleur qu’au passé simple. Mais surtout, le passé simple et l’imparfait évoquent le même résultat. En revanche, le passé simple brise quant à lui tout lien avec le présent, pour situer ce résultat dans un passé définitivement achevé, ce qui fait de lui le passé narratif par excellence. De sorte que si l’on doit choisir entre ces deux temps, on doit choisir non seulement entre deux styles, mais aussi entre deux contenus informatifs différents.


3) Le problème de la double traduction.

Une difficulté bien connue des traducteurs, et dont on a peu conscience en dehors d'eux, est le fait que le texte à traduire est parfois déjà une traduction, pas nécessairement fidèle, et qu'il faut dans la mesure du possible essayer de la dépasser pour remonter à l'original. L'exemple classique est constitué par les Évangiles, qui nous rapportent en grec des propos tenus en araméen et comme les originaux semblent perdus, il en résulte d’interminables querelles d'érudits. De nos jours cependant le phénomène s'est amplifié et se présente sous des formes diverses.


III) Difficultés liées à la traduction en elle-même :


1) La traduction technique :

Les éléments propres à la traduction littéraire sont la manière de résoudre des problèmes culturels, de traduire l’humour, l’approximation. Mais dans les romans il y a également de la traduction technique : des voitures, des maladies, de l’architecture, de l’histoire, de la zoologie, etc. Le traducteur doit sans cesse résoudre des problèmes, trouver des équivalences aux jeux de mots. Pour les différences culturelles, le traducteur fait de l’adaptation : le lecteur français ne doit pas réaliser qu’il s’agit d’une traduction, le traducteur s’écarte du texte dès lors qu’il s’agit d’une notion étrangère à la réalité française.


2) Le respect du texte :

Le grand principe qui régit la traduction littéraire est le respect du texte : pas d’omissions, pas d’ajouts. Ce principe est loin d’avoir été toujours respecté. Au XIXe siècle, les traducteurs français de littérature anglaise ne se gênaient pas pour laisser de côté ce qu’ils ne comprenaient pas ou ce qu’ils n’approuvaient pas dans les textes de leurs auteurs, non plus que pour introduire leurs réflexions personnelles et divers enjolivements.

Cette pratique a été très répandue dans la littérature pour l’enfance et la jeunesse, car il y avait des impératifs éducatifs moraux et religieux, à savoir ce qui est bon pour les enfants.


Conclusion :

Le traducteur doit s’effacer derrière son ouvrage. Les deux écueils majeurs sont les excès du littéralisme et ceux de l’infidélité. Il y a des traducteurs préoccupés de rester proches du texte originel, d’autres soucieux du produit de leur propre travail.

Dans le cas de très grandes œuvres littéraires, comme celle de Shakespeare, il n’y a pas de traduction définitive. Les traductions vieillissent et sont à revoir au bout de quelques années. 

Lorraine et Benoît, Bib. 2ème année.

 

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Published by Lorraine et Benoît - dans traduction
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commentaires

Traduction à paris 30/09/2013 15:34

Bonjour,

votre article m'a beaucoup plu et comme j'écris aussi des posts sur le métier de la traduction je souhaiterais avoir votre avis. Venez les lire sur : http://blog.traductionaparis.fr et donnez votre
avis.

Bien cordialement,

l'équipe Traduction à Paris

Annie Rault 01/07/2013 02:54

Il ne fait aucun doute que pour être ou devenir traducteur littéraire de talent comme A. Bensoussan, il faut être soi-même écrivain. Je suis traductrice professionnelle depuis plus de 10 ans, mais
loin de moi l'idée de m'aventurer dans le domaine littéraire. Il faut une connaissance intime et parfaite non seulement des deux langues mais de la culture qui accompagne chacune d'elles (LO y LT)

Nahia 19/06/2013 19:06

Bon article pour une "profession" qu'on oublie et qu'on ne valorise pas assez souvent..!

Anne Delcourt 01/02/2013 11:35

Bonjour, Je suis très étonnée par les informations que vous fournissez sur les conditions de rémunération des traducteurs littéraires. Un auteur touche entre 8 et 10% sur le prix de vente HT des
ouvrages vendus, et un traducteur entre 1 et 2%. Un contrat de traduction sans droits sur un "ouvrage littéraire" (au sens large, selon la définition de l'ATLF que vous reprenez) n'est pas légal.
Certes, encore faut-il que les ventes couvrent l'avance payée par l'éditeur au moment de la traduction ; c'est loin d'être systématique, mais ce n'est pas exceptionnel. Que les traducteurs
débutants se le disent !

candice 14/03/2011 09:09


bonjour je suis candice, 24 ans, et souhaiterai devenir traducteur littéraire. je savais que c'était difficile et peu rémunérateur mais mtn que j'ai lu votre publication(très intéressante) je suis
complètement désespérée! si je comprend bien, on ne peu pas vivre de ce métier.. comment font les traducteurs littéraire actuels? faut-ils cumuler 2 métiers?


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