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24 février 2008 7 24 /02 /février /2008 10:18
James Ellroy
Le Dahlia noir et Ma part d’ombre
Fiches de Margaux, Marion, Sandrine

1. Le Dahlia noir

dahlia-01.jpg
ELLROY James
Le Dahlia Noir ( The Black Dahlia)
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Freddy Michalski pour Rivages,
Editeur : Editions Payot & Rivages
Collection : Rivages/noir dirigée par François Guérif
Date de parution : 1987
504 pages
ISBN 978-2-86930-391-1
  • Fiche de Margaux

    Biographie :
     
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    L’écrivain américain Lee Earl Ellroy est né en 1948 à Los Angeles. Le meurtre de sa mère en 1958, alors qu’il n’a que 10 ans, va profondément influencer ses écrits. 

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    Plusieurs années plus tard, il sombrera dans la drogue et l’alcool. A partir de 1975, Ellroy se met à écrire et connait son premier succès avec le Dahlia Noir en 1987. Ce roman sera d’ailleurs adapté au cinéma par Brian de Palma en 2006 et fera partie de la sélection officielle du festival de Venise en 2006 et du festival de Deauville, la même année.
    Le Dahlia noir est le premier tome de ce que James Ellroy appelle le quatuor de Los Angeles. Ce sont quatre romans où l’action se déroule dans cette ville américaine.
    Citation : ''Par nature, je suis un écrivain obsessionnel''

    Œuvres d’Ellroy :
     
    1981 : Brown's Requiem
     1982 : Clandestin (Clandestine)
     1984 : Lune sanglante (Blood on the Moon) [Trilogie Lloyd Hopkins, I]
     1984 : À cause de la nuit (Because the Night) [Trilogie Lloyd Hopkins, II]
     1986 : La Colline aux suicidés (Suicide Hill) [Trilogie Lloyd Hopkins, III]
     1986 : Un tueur sur la route (Killer on the Road ou Silent Terror)
     1987 : Le Dahlia noir (The Black Dahlia) [Quatuor de Los Angeles, I]
     1988 : Le Grand Nulle part (The Big Nowhere) [Quatuor de Los Angeles, II]
     1990 : L.A. Confidential [Quatuor de Los Angeles, III]
     1992 : White Jazz [Quatuor de Los Angeles, IV]
     1994 : Dick Contino's Blues (Hollywood Nocturnes) [nouvelles]
     1995 : American Tabloïd [Underworld U.S.A., I]
     1996 : Ma part d'ombre (My Dark Places)
     1999 : Crimes en série (Crime Wave) [articles et nouvelles]
     2001 : American Death Trip (The Cold Six Thousand) [Underworld U.S.A., II]
     2004 : Destination morgue (Destination: Morgue!) [articles et nouvelles]
     2007 : Tijuana mon amour [articles et nouvelles] (issus d'œuvres non publiées dans les versions françaises de Hollywood Nocturnes, Crime Wave et Destination: Morgue!)

    Résumé :
     
    Dans les années 40, deux ex-boxeurs sont amenés à travailler ensemble en tant que policiers sur une terrible affaire de meurtre. Sur un terrain vague de Los Angeles, une jeune femme d’une vingtaine d’années, Betty Short, est retrouvée coupée en deux au niveau du tronc, éviscérée, mutilée mais aussi, entièrement nettoyée. Elle sera appelée le Dahlia Noir par des journalistes à cause de ses cheveux noirs et des robes noires qu’elle portait. L’enquête mène Lee Blanchard et Bucky Bleichert de Boston à Tijuana, toujours dans des lieux pauvres et violents. L’identité du meurtrier surprend le lecteur, qui ne la découvre que dans les dernières pages du livre.

    Analyse :

    Les lieux :
    la majeure part du roman se déroule dans la ville de Los Angeles et ses quartiers défavorisés. A chaque instant, Ellroy nous dépeint les traits d’une ville anéantie par la corruption (le procureur Ellis Loew qui veut cacher des preuves dans le but d’accéder à un poste plus élevé), la drogue (même un des personnages principaux, Lee Blanchard, en use), l’alcool (les personnages se rendent dans des bars à la première occasion). La confrontation entre ce monde et celui des plus riches (avec la maîtresse de Bleichert, Madeleine Sprague) est frappante. Lorsque l’action se déplace à Tijuana, au Mexique, c’est toujours dans ce contexte de quartiers populaires, où l’on retrouve des prostitués et des clochards. Dans l’ensemble, l’action se passe dans les rues glauques de Los Angeles.

     Les personnages principaux : 
    ils ont tous un problème psychologique.

    Bucky Bleichert : ex champion de boxe, il est appelé par les journalistes Mr Glace. C’est le narrateur. Dès le début, on découvre que ce personnage a un père qui perd la raison, ce qui le place dans une situation de victime pour nous lecteurs. Ce personnage est humain, il commet des fautes, a des pulsions et un sens de l’amitié certain. Au fur et à mesure que l’on avance dans le livre, on s’aperçoit qu’il sombre dans la folie, puisqu’il tombe amoureux du Dahlia et est obsédé par celle-ci.
    "Pour moi, elle était le centre de l’enquête criminelle la plus énigmatique que le service ait jamais connue. C’était elle qui avait brisé la plupart des vies qui m’étaient proches, c’était elle cette énigme faite femme dont je voulais tout découvrir. C’était là mon but ultime, enfoui si profond que je le sentais ancré dans ma chair."

    Lee Blanchard :
    lui aussi ex champion de boxe, il est appelé Mr Feu. Il est le collègue de Bleichert et aussi son ami. Impulsif et raciste (il quitte une réunion sur un coup de tête ; il abat deux noirs au cours d’une interpellation), c’est également un cambrioleur et maître chanteur. Sa vraie personnalité apparaît au lecteur petit à petit. Sa sœur a été kidnappée quand il était petit et il s’en est toujours voulu.
    Kay Lake : elle vit avec Blanchard depuis plusieurs années, mais leur relation est platonique. Lorsque Bleichert vient s’installer chez eux, elle tombe amoureuse de lui. Leur relation sera complexe jusqu’à la mort de Lee. C’est elle qui révèle à Bleichert la face cachée de la personnalité de Lee. Auparavant, elle vivait avec un gangster qui la maltraitait.

    Madeleine Sprague :
    fille d’Emmet Sprague, un des grands magnats immobiliers de Los Angeles, elle ressemble fortement au Dahlia Noir. Elle rencontre Bleichert au cours de l’enquête et couche avec lui. Une relation malsaine s’installe entre eux, puisque Madeleine accepte de faire l’amour avec Bleichert sous les traits d’Elizabeth Short.

    Elizabeth Short :
    elle est rapidement surnommée le Dahlia Noir par la presse. Avant de mourir, elle est connu pour être une fille facile, attirée par les hommes en uniforme et rêvant de faire carrière à Hollywood.
     
     Les liens avec le réel : deux éléments abondent dans ce sens :

    1- Tout d’abord, la mort de la mère de James Ellroy a fortement influencé ce récit. Il le dédicace à cette dernière qui, comme Elizabeth Short, est retrouvée morte, abandonnée dans un buisson. Le meurtre de Jean Ellroy reste par ailleurs à ce jour non élucidé. Plus qu'une affaire, Le Dahlia Noir est, dans le cas présent, un prétexte. Le but de James Ellroy n’est finalement pas de percer le mystère du meurtre de la jeune femme, même s’il prend un malin plaisir à brouiller les pistes et à livrer au voyeurisme du lecteur un coupable inattendu. Cet ouvrage constitue avant tout pour lui une manière d’exorciser le souvenir du meurtre de sa propre mère, alors qu’il était encore enfant. Ellroy y dévoile des sentiments à l’égard de sa génitrice qui flirtent avec le fétichisme et les désirs incestueux (voir Ma part d’ombre).

    2- Ensuite, cette histoire du Dahlia Noir a réellement existé. En effet, le 15 Janvier 1947, dans un terrain vague de Los Angeles, est découvert le corps nu et mutilé, sectionné en deux au niveau de la taille, d'une jeune fille de vingt-deux ans : Betty Short, surnommée le Dahlia Noir. Jusqu’à une date récente, on n’avait aucun indice quant à l’identité du meurtrier.
    Le Dahlia Noir n'avait cependant pas fini de faire parler de lui. En 2001, un dénommé Steve Hodel, détective privé et ancien policier du LAPD, propose un dénouement pour le moins pimenté à l'affaire : l'assassin ne serait personne d'autre que son père, le Docteur George Hodel.

    Avis personnel :

    Il s’agit d’un livre où le suspense nous tient en haleine, mais de façon inégale. En effet, certaines scènes restent très longues. Par ailleurs, il y a beaucoup trop de personnages, et il est donc impossible de se rappeler " qui est qui ". Heureusement, la fin vaut largement ces petits désagréments, car particulièrement inattendue.

    Margaux, Ed-Lib 1A

     
    • Fiche de Marion
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      Il est des romans qui se dévorent fiévreusement puis s’oublient et d’autres dont on se débarrasse puis qui vous hantent… Le Dahlia noir est de ceux-là : 500 pages marécageuses dont on ne ressort pourtant pas sans questions. Il n’est pas étonnant que l’œuvre d’Ellroy ait provoqué un tel foisonnement littéraire. Beaucoup d’écrits, d’interviews, d’articles, quelques thèses… et toujours autant de mystère. Car James Ellroy ne laisse voir de son histoire que ce qu’il désire. Ne l’appelle-t-on pas le " pape du roman noir " ? Mais une personnalité ne se forme qu’autour d’une mythologie première. Et Lee Earle Ellroy, le gamin voyeur et voyou, est arrivé à faire de sa propre histoire une vraie construction littéraire…

      Sa propre créature

      Jugeons-en plutôt : natif d’El Monte près de Los Angeles, le petit James vit un drame familial alors qu’il n’a que 10 ans. Sa mère meurt assassinée dans de troubles circonstances. Elevé par un père laxiste, il traîne dans la rue et goûte à la drogue, l’alcool et les filles. Orphelin à 19 ans, il vit en SDF jusqu’en 1978, date à laquelle il rédige son premier roman, Requiem Blues. Itinéraire personnel agité, personnalité complexe… Ellroy aurait pu rester toute sa vie un marginal. Mais…
      La clé du Dahlia noir ne résiderait-elle justement pas dans ce " mais "... Malgré ce lourd passé, la rédemption a été possible car l’auteur est arrivé à canaliser le " wild " qui était en lui. Son récit est d’ailleurs quasi cathartique. Ainsi dit-il lui-même qu’il s’est passionné pour le meurtre d’Elisabeth Short, alias le Dahlia noir, pour ses ressemblances avec le propre assassinat de sa mère : " A l’époque de sa mort, je haïssais ma mère. Je la haïssais et je la désirais violemment. Très tôt, j’ai appris et transformé la mort de ma mère en quelque chose d’utile et d’utilisable ". (Petite mécanique de James Ellroy, collectif).
      La trame primaire du Dahlia Noir est relativement simple : deux policiers, Lee Blanchard et Dwight " Bucky " Bleichert, boxeurs à leurs heures, vont être amenés à faire équipe à l’issue d’un match de boxe. Duo de choc du service des Mandats et Enquêtes de la division de Central de Los Angeles, ils vont enquêter sur le meurtre d’Elisabeth Short, alias le Dahlia noir, retrouvée morte dans un terrain vague. L’atrocité du crime va entraîner Blanchard et Bleichert dans une descente aux enfers, sondant les bas-fonds de Los Angeles comme les noirceurs de l’âme humaine. A première vue, l’intrigue semble classique ; mais Ellroy, l’écrivain autodidacte, a réellement renouvelé le roman policier grâce à son écriture de la perversion.

      Los Angeles, jungle urbaine

      Si on est ici bien loin des vertes pelouses anglaises et des tea-time d’Agatha Christie, Ellroy ne peut nier un certain héritage. En effet quoi de plus séduisant que de jouer du contraste pour révéler le wild ? Ce n’est donc pas seulement pour retrouver le Los Angeles de son enfance que l’auteur situe l’action au cœur des années 50, mais plutôt pour convoquer une certaine Amérique. 1950, âge d’or de la mythologie des Etats-Unis, où tout paraissait plus simple et moins dangereux… Mais soulevez le coin du rideau et apparaissent les coulisses… Au fur et à mesure de l’avancée de l’enquête, nos deux policiers, Lee Blanchard et Dwight / Bucky Bleichert, emmènent le lecteur vers les bas-fonds de Los Angeles. Los Angeles… Ville du cinéma, ville lumière où des actrices-papillons viennent se brûler les ailes ; le choix de Los Angeles n’est donc pas anodin mais résulte d’une volonté délibérée de l’auteur : " Le territoire cinématographique du film noir c’est Los Angeles, parce qu’en raison de l’importance des studios cinématographiques le prix de revient des films noirs était le plus bas " (Petite mécanique de James Ellroy,collectif).

      La destruction du mythe américain : Hollywood et le cinéma

      Los Angeles, c’est aussi et avant tout Hollywood, le rêve américain personnifié. Mythe qu’Ellroy s’amuse à tourner en dérision : le seul film que le Dahlia tournera jamais sera un mauvais film pornographique. L’écriture d’Ellroy est également très cinématographique ; les descriptions sont ciselées, les effets de focus, de ralentis, de cadres sont privilégiés. Cet esthéthisme de la violence est servie par une écriture hyper-réaliste. Ellroy utilise beaucoup d’expressions argotiques, de nombreux dialogues, de phrases nominales courtes dont l’impact est plus violent qu’un uppercut et laisse le lecteur K.O., le souffle court… Peut-être peut-on y voir des réminiscences de son passé trouble ? Toujours est-il que cette violence, rendue supportable, policée par les mots, est réellement mise en scène.

      Pulsions et maîtrise : le part de sauvage chez l’homme

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      Film de Brian de Palma

      En effet, la scène de boxe Blanchard / Bleichert qui ouvre le roman peut être perçue comme une métaphore du combat contre soi. Au fond, on peut se demander pourquoi le match de boxe entre les deux policiers occupe tant de place. Il ne semble pas que ce soit un moyen de démontrer la virilité des personnages (on verra plus tard qu’Ellroy n’établit pas de frontières nettes dans la sexualité de ses personnages) ; on peut prêter à cet épisode une signification plus profonde : le combat le plus dur n’est pas contre l’Autre mais contre soi-même pour maîtriser son wild. D’ailleurs on peut remarquer que les personnages ont des passés difficiles : Bleichert a un père qui a été nazi, Blanchard a perdu sa sœur, Elisabeth Short est en rupture avec sa famille… L’histoire personnelle de chacun des personnages conditionne sa part sauvage. Ainsi, Blanchard est en lutte permanente contre lui-même, contre ses instincts, ses obsessions tout au long du texte.
      Mais plus généralement, l’expression de l’instinct chez les personnages d’Ellroyl passe par la sexualité. En effet en 500 pages, l’auteur aborde tous les types de sexualités, des plus banales aux plus pathologiques : inceste, pédophilie, pornographie, prostitution, homosexualité, bisexualité, nymphomanie, triolisme, abstinence complète, mariage… Peut-être ce motif est-il choisi parce que la sexualité est par excellence le lieu de l’animalité, de l’absence de contrôle. Les personnages qui évoluent dans le Dahlia noir sont d’ailleurs tous borderline ; il n’y a pas d’archétype du bien et du mal ; au contraire les frontières sont très floues, flottantes, relatives même (Ellroy réaffirme ici son lignage avec Hammett et Chandler) ; ainsi Blanchard s’avérera être bien loin de ce qu’il représente.
      Mais s’ils sont ambivalents, en revanche les personnages du Dahlia noir n’ont que deux issues offertes : soit la chute, soit la rédemption. Cette thématique du salut parcours l’œuvre. Ainsi, d’abord simple corps désarticulé, Elisabeth Short est ensuite dématérialisée, élevée en sainte patronne des policiers.

      La femme dans l’œuvre d’Ellroy : l’ange noir
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      Scarlet Johansson dans le film de Brian de Palma

      Cette derrière image illustre tout à fait la question qui subsiste après 500 pages : au fond, qui est le Dahlia noir ? Toute l’enquête tourne autour d’elle mais elle reste impalpable, irréelle, image se pliant aux fantasmes. D’ailleurs la confession de Bucky Bleichert s’ouvre par ces phrases : " Vivante je ne l’ai pas connue, des choses de sa vie je n’ai rien partagé. Elle n’existe pour moi qu’au travers des autres, tant sa mort suscita de réactions transparaissant dans le moindre de leurs actes. En remontant dans le passé, ne cherchant que les faits, je l’ai reconstruite, petite fille triste et putain, au mieux quelqu’un qui aurait pu être " (Le Dahlia noir, James Ellroy). Fille mystérieuse, drapée de noir, prostituée à ses heures, actrice dans ses vœux, mignonne petite chose écervelée, Elisabeth semble être le réceptacle des fantasmes de chacun. Peut-être est-ce cette capacité à se fondre qui la rend si obsédante… 

      Stérile, elle incarne également l’échec de la société, l’impossibilité de perpétuer la vie.
      Tout comme Elisabeth Short est retrouvée coupée en deux, Marguerite Sprague est duelle. En effet, sa tendance schizophrénique se manifeste par son identification au Dahlia. Bisexuelle, elle incarne la femme vénéneuse et castratrice. A l’opposé, Kay Lake, la fiancée platonique des deux policiers, fait office sinon de mère, du moins de femme forte, qui fait de l’homme UN homme. Tailladée par son ancien petit ami, elle garde elle aussi des stigmates de la violence masculine. Mais elle est aussi celle par qui arrive la rédemption puisque elle portera la vie.
       
      Mouvement d’une partition jazzy intitulée " le Quatuor de Los Angeles ", Le Dahlia noir est, pour Ellroy, son dernier livre de jeunesse, celui avec lequel il entérine un épisode de sa vie personnelle. Pourtant, ce récit ne cesse d’inspirer de nouvelles réflexions, et a même été adapté au cinéma par Brian de Palma en 2006 (avec dans les rôles principaux Josh Harnett dans le rôle de Bleichert, Scarlett Johansson dans le rôle de Kay Lake, Hilary Swank dans le rôle de Margueritte Sprague et Aaron Eckart dans le rôle de Lee Blanchard). En fait d’adaptation il vaudrait mieux parler d’un film " inspiré de " ; en effet, comment rendre en à peine deux heures la profondeur d’un roman aussi dense ? Néanmoins cela peut constituer une entrée en matière à un livre complexe, parfois difficile, tellement ambivalent qu’il m’est même impossible de dire si je l’ai aimé ou non. Ce qui est sûr c’est qu’il ne m’a pas laissée indifférente, tantôt captivée, tantôt ennuyée, voire agacée. Un livre à lire comme un plongeon dans un univers, une véritable expérience…
       
      Marion, BIB 1ère année
       
      Bibliographie :EllroyrevuePolar-JPEG.jpg
      - L’encyclopédie universalis, articles roman policier et James Ellroy
      - Revue POLAR spécial James Ellroy, collectif, rivages/noir, 1992
      - Petite mécanique de James Ellroy, collectif, l’œil d’or, 2006
      - James Ellroy : La corruption du roman noirEssai sur le quatuor de Los Angeles, Natacha Lallemand, L’Harmattan, 2006
      - Sur l’affaire Elisabeth Short : http://www.dahlianoir.fr/
      2. Ma part d’ombre  

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    •  
      • Fiche de Sandrine
         
      C'est une oeuvre autobiographique. Cet auteur est obsédé par Los Angeles et ses crimes, surtout ceux ayant eu lieu dans les années 50, dont l'assassinat du Dahlia Noir et plus particulièrement, le meurtre de sa mère. Ma part d'ombre s'inscrit dans la mthématique de la modernité urbaine parce que le récit se situe à Los Angeles. L'auteur ne décrit pas physiquement la ville mais donne quelques bribes d'informations sur l'un des quartiers où il a vécu, El Monte. Ce livre s'inscrit dans la quête du " wild " et de la sauvagerie urbaine. Les meurtres ont eu lieu en ville, le corps du Dahlia Noir a été retrouvé dans un terrain vague à Los Angeles. Ce meurtre a été d'une telle violence qu'il a marqué les esprits mais on peut se poser la question de savoir si cette brutalité ne vient pas de la ville elle-même. Cet auteur n'écrit, pour l'instant, que sur cette ville, celle de son enfance, de son adolescence difficile. Ce récit policier reprend tous les ingrédients du genre, un meurtre, une enquête, des indices, des suspects ; pourtant ce n'est pas un roman ; James Ellroy a écrit une autobiographie sur l'événement qui a bouleversé sa vie et c'est peut-être ce qui l'a dirigé vers des lectures de romans policiers et l’a amené plus tard à en écrire. Rédiger ce livre a été un exutoire pour lui.
      Cet auteur n'est pas commun, la mort dramatique et tragique de sa mère a conditionné sa vie ; ce livre était peut-être une façon d'exorciser le mal, la douleur de perdre ses repères, ses souvenirs d'une mère " rêvée " et fantasmée.
       
      Son récit commence par la découverte du corps de sa mère, le 22 juin 1958 ; cela ne l'a pas particulièrement ému mais plutôt soulagé, pourquoi? Peut-être son père, qui en faisait une description peu élogieuse, lui a-t-il transmis sa haine contre sa mère ? Les êtres sont complexes, on ne trouve pas toujours de réponses à nos questions. Dans cette partie, l'enquête sur cet assassinat va évoluer en interrogatoires multiples, concernant des suspects éventuels mais pas de coupable. Après plusieurs recoupements les inspecteurs trouveront des suspects qui seraient un " basané "  et une " blonde " mais qu'ils ne réussissent pas à identifier ni à retrouver. En 1958 James avait 10 ans et cet événement va bouleverser sa vie.
      Par la suite l'auteur se raconte, il traite de la vie de ses parents, de sa garde attribuée à sa mère malgré son témoignage face au juge pour rester avec son père. Après le décès de sa mère, James va vivre avec son père. Il décrit sa vie, son adolescence, entre drogues et cambriolages. Il trouve une justification à ses cambriolages, celle de subtiliser de la lingerie aux jeunes filles qui occupaient ses pensées et d'assouvir ses fantasmes. Il n'a jamais volé d'autres objets, il voulait se procurer des sensations fortes sans pour autant se faire prendre.
      Sa jeunesse ne sera que déchéance ; il va se droguer, se fera réformer de l'armée et après le décès de son père, à 17ans, il deviendra SDF. Il ne vivra que de petits boulots occasionnels et encaissera, pendant un temps la pension de sécurité sociale de son père. Cette vie dissolue durera une dizaine d'années, jusqu'à ce qu'un abcès au poumon le fasse renoncer aux abus de toxiques en 1975. Ensuite il travaillera comme caddy. Pendant toutes ces années James Ellroy sera obsédé sexuellement par sa mère et le Dalhia Noir.
      Ensuite nous découvrons le parcours professionnel et personnel de Bill Stoner qui intervient dans la dernière partie du livre consacrée à l'enquête que mènent James Ellroy et Bill Stoner sur le meurtre de la mère du premier. Enfin, 35 ans après la perte de sa mère, James décide de reprendre l'enquête ; pour cela, il rencontre les anciens collègues de travail et les voisins de sa mère. Des appels à témoins sont lancés dans différents journaux mais toujours pas d'indices concernant le " basané " et la " blonde " .

      A la suite de l'enquête et des différents témoignages récoltés, James Ellroy va apprendre à connaître sa mère, son obsession pour elle ne cessera pas. Dans un court extrait, il tente de comprendre sa mère, pourquoi elle a fui Los Angeles pour un quartier populaire (El Monte) :
      " Je l'ai surprise au lit avec un homme. J'ai vu une bouteille et un cendrier sur la table de nuit. Elle nous a fait partir pour El Monte. J'ai vu une pute en cavale. Elle s'est peut-être enfuie pour créer un espace entre ces deux mondes. Elle a dit que nous partions pour mon bien et ma sécurité. Elle a couru trop vite et s'est trompée dans sa lecture d'El Monte. Elle l'avait vu comme une zone tampon. Un bon endroit pour faire la fête le week-end. Un bon endroit pour élever un petit garçon. "
      Puis l'auteur se dévoile, il imagine ce que sa mère lui a enseigné, ce qu'il n'avait peut-être pas réalisé avant cette enquête :
      " Elle a essayé de m'enseigner des choses. Je les ai apprises, tardivement. Je suis devenu discipliné, diligent, déterminé, bien plus qu'elle ne l'aurait espéré. J'ai dépassé tous ses rêves de succès. Je n'ai pas pu lui offrir une maison et une Cadillac et lui exprimer ma gratitude à la manière d'un nouveau riche. "

      Avis personnel : 
    • Ce livre présente sa mère avec une description qui est spontanée : sa vie, ses amours, quelques moments avant son décès et sa fuite vers El Monte. Mais fuir qui et pourquoi? L'auteur échafaude une théorie : sa mère voulait une autre vie pour elle et son fils. Ellroy l'a très peu connue, il ne connaissait que la description peu élogieuse qu'en faisait son père. L'enquête va permettre à l'auteur de découvrir sa mère avec les différents témoignages recueillis auprès de personnes qui la côtoyaient comme ses anciens collèges de travail, le témoignage de sa cousine au travers des souvenirs racontés par sa mère (soeur de Jean Ellroy) et des amis de sa mère. Ce roman est une quête de soi, de son identité, une recherche d'amour qu'il n'a pas pu ou su offrir à sa mère. James Ellroy se raconte et se révèle avec une impudeur extrême, dévoilant tout ce qu'il y a de plus trouble en lui. Je conseille cette lecture à toute personne qui aime les histoires pas comme les autres; vous serez peut-être choqué par certaines périodes de la vie de l'auteur mais ne soyez pas effrayé par ses 488 pages car cet ouvrage se lit très facilement. Ce roman vous permettra de comprendre le parcours de l'auteur, et comment celui-ci, par l'écriture, a réussi à exorciser sa part d'ombre.

      Sandrine D., 1ère année Bib.


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Published by Margaux, Marion, Sandrine - dans polar - thriller
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