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25 février 2008 1 25 /02 /février /2008 09:52

 

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Collectif,
JAPON
Casterman-Ecritures, 2007,
254 pages









L’ouvrage Japon est un projet initié par l’institut franco-japonais de Tokyo et c’est Frédéric Boilet qui a été à l’origine de son édition. Le projet est original : dix-sept auteurs (neuf Français ou francophones, huit Japonais ou résidents au Japon) ont été réunis dans un même ouvrage pour parler du Japon. Les Français, invités chacun dans une ville différente par les instituts franco-japonaises et alliances françaises de l’Archipel - Joann Sfar à Tôkyô, Emmanuel Guibert à Kyôto, Nicolas de Crécy à Nagoya... - réalisent une histoire autour de leur ville ou de leur région d’accueil. Les Japonais nous parlent du pays où ils vivent ou de celui où ils sont nés : Kazuichi Hanawa, Sapporo ; Jirô Taniguchi, Tottori ; Daisuké Igarashi, Iwaté... Au départ, il n’était pas envisagé d’édition professionnelle de ces travaux et c’est donc Frédéric Boilet qui a apporté cette idée et son propre réseau : ce sont les éditeurs de ses albums dans le monde et qui suivent ses activités autour de la Nouvelle Manga, qui vont publier l’album.

QUI EST FREDERIC BOILET ?
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Frédéric Boilet est un auteur de bandes dessinées français né le 16 janvier 1960 à Épinal, vivant et travaillant au Japon. Il est à l’origine du mouvement de la nouvelle manga (oui je dis bien " la " car pour Frédéric Boilet le terme manga est féminin en raison de son histoire).

En 1978, il entre à l'École nationale des Beaux-arts de Nancy dont il suivra l'enseignement jusqu'en 1983, date de la sortie de son premier album de BD, la Nuit des Archées (Bayard-Presse), réalisé avec la collaboration de Guy Deffeyes. Il va ensuite publier plusieurs BD.
En 1989, grâce à l'entreprise Shoei et au Centre National des Lettres, qui lui octroient une bourse, Frédéric Boilet part pour le Japon. De ce voyage naîtra Love Hotel qui raconte l'odyssée tragi-comique d'un Français au Japon ; l'album sort en 1993 et sera sélectionné pour l'Alph' art du meilleur album au salon d'Angoulême en 1994.
En 1993, il est le premier auteur occidental à recevoir la bourse internationale de création de l'éditeur japonais Kôdansha et séjourne une année à Tôkyô. Boilet entame Tôkyô est mon jardin, une suite de Love Hotel. Ici, le regard de l'auteur, tout comme celui de son héros, a changé : moins perdu, il s'accommode des - relatives - bizarreries du Japon.
En 1997, il retourne au Japon dans l'intention de s'y établir. Là-bas, il publie une adaptation japonaise de Tokyô est mon jardin, ainsi que des œuvres destinées au seul public japonais comme le récit Une belle manga d'amour. Les tirages de ces œuvres sont souvent extraordinaires et Boilet en obtient une grande notoriété.
En 2001, avec l'aide de Mariko Konno et d'Issei Miki, il organise l'Événement Nouvelle Manga qui se déroule en octobre dans les vieux quartiers de Tôkyô. Il fête à cette occasion la publication simultanée en France (Ego comme X) et au Japon (éditions Ohta) de la version intégrale en un album de l'Épinard de Yukiko une de ses plus célèbres séries.
D'avril à juillet 2002, il réalise la traduction et l'adaptation graphique du premier volume de Harukana Machi e (Quartier lointain), de Jirô Taniguchi, qui paraît en France en septembre 2002 chez Casterman. L'album reçoit l'Alph-Art du Meilleur Scénario et le Prix des libraires Canal BD au festival d'Angoulême en janvier 2003.
Entre septembre 2002 et septembre 2003, il réalise les traductions et adaptations graphiques du second volume de Quartier lointain, paru chez Casterman en mai 2003, et de Munô no Hito (l'Homme sans talent) de Yoshiharu Tsuge.
Tout en continuant au Japon sa série d'illustrations pour le grand quotidien Asahi Shimbun, il dirige depuis janvier 2004, pour Casterman, la nouvelle collection de manga d'auteur Sakka, dont les premiers volumes paraissent à l'automne 2004. Aux côtés d'auteurs déjà publiés en France, comme Kazuichi Hanawa, Kan Takahama, Kenji Tsuruta ou Hideji Oda, la collection présente pour la première fois en Occident les ouvrages de quelques-uns des meilleurs auteurs de la bande dessinée japonaise adulte..
En 2005, il dirige avec Masanao Amano le Terrain vague de Hideji Oda et le collectif Japon, ouvrages qui paraîtront en 2005 et 2006 dans la collection internationale Nouvelle Manga, simultanément en français (Casterman), en japonais (Asukashinsha) et en quatre autres langues. Pour Japon, il réalise également l'histoire courte " Dans la ruelle Amour ".
Le 16 janvier 2006, Frédéric Boilet a 46 ans et publie en France l'Apprenti Japonais aux Impressions Nouvelles. L'ouvrage rassemble 12 années de textes, dessins et photographies sur le Japon...
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LA NOUVELLE MANGA SELON FREDERIC BOILET

La bande dessinée japonaise accorde une importance particulière à l'histoire (ampleur des récits, variété des thèmes) et surtout à la narration (sa fluidité, sa technique pour suggérer les sensations, les sentiments). Au Japon, devient mangaka celui qui, avant tout, a envie de raconter des histoires, au contraire de la France où les auteurs de BD viennent à ce métier le plus souvent par goût du dessin.
À l'opposé de la BD franco-belge, qui jusqu'aux années 1990, se contentait de ressasser les mêmes univers de SF, historiques ou d'aventure, la manga a toujours privilégié le quotidien. Cet attachement au quotidien est la principale raison de son succès auprès d'un large éventail de lecteurs : tandis que les univers de SF ou d'action des bandes dessinées franco-belge et américaine ne ciblent quasiment que les adolescents masculins, les histoires au quotidien de la manga touchent, au Japon, aussi bien les hommes que les femmes, autant les adolescents que les adultes. Un paradoxe est que ce quotidien, thème de prédilection du cinéma français dont les Japonais sont friands, et plus généralement européen (par rapport notamment au cinéma d'Hollywood), a pendant longtemps été absent de la BD, alors qu'il est depuis toujours le fleuron de la manga...
De plus, l'essentiel de la manga traduite en France depuis plus de dix ans est une manga commerciale pour adolescents, dans le prolongement des dessins animés qui les ont précédés sur les petits écrans français.
La manga au quotidien qui semble pouvoir toucher en France un public plus large que celui des seuls otaku (entendre par là " fan de la manga ") est une manga plus adulte, au quotidien sans emphase ni stéréotype, une manga à ce jour pourtant pratiquement ignorée des lecteurs francophones, à part la récente traduction du Journal de mon père de Jirô Taniguchi, ou de l'Homme qui marche il y a quelques années.

Avec des éditeurs comme l'Association ou Ego comme X, un mouvement est né en France au début des années 1990, précisément en réaction aux BD "SF/héros/action" pour ados des années 1980. En proposant des histoires souvent fondées sur le quotidien, autobiographique ou imaginaire, en sortant les albums du cadre strict du 46 pages couleurs à suivre, ces éditeurs et leurs auteurs ont ouvert la BD à un nouveau lectorat.
L'impact de cette "nouvelle BD" a rapidement dépassé les frontières de la France, nombre d'auteurs révélés par l'Association et Ego comme X sont aujourd'hui traduits dans le reste de l'Europe, leurs albums sont distribués aux États-Unis, alors que la plupart de leurs confrères réputés plus "commerciaux" ne parviennent pas à quitter le marché franco-belge.
Quand elle parle de quotidien, la BD devient non seulement plus universelle, " l'universalité est le plus souvent dans sa cuisine ou au fond du jardin, et beaucoup plus occasionnellement sur Mars ou Alpha du Centaure ", elle devient aussi, aux yeux des lecteurs étrangers, plus "française". C'est aussi en retrouvant une "touche française" que des amateurs de cinéma et de romans français peuvent devenir amateur de BD...

L’OUVRAGE 
JAPON 

Pour Frédéric Boilet, les auteurs de Japon sont représentatifs de cette Nouvelle Manga. Les auteurs français de ce livre sont des auteurs à vocation universelle. Côté japonais, ce ne sont pas forcément des auteurs pour " fans " français de mangas ; de même, les auteurs français choisis ne sont pas destinés à la poignée d’" otaku " japonais de bande dessinée franco-belge. 
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Kan Takahama "Au bord de la mer"

Chacun des auteurs de Japon peut être lu par tout le monde : il n’y a pas besoin d’être fan de manga pour apprécier les histoires de Taniguchi, et les lecteurs japonais peu habitués aux codes de la BD peuvent apprécier les histoires de Davodeau.
Japonplanchedavodeau-sapporo-fiction-copie-1.jpegEtienne Davodeau, "Sapporo Fiction"

Frédéric Boilet a donc été le responsable du choix des auteurs français de Japon, mais aussi de la plupart des auteurs japonais. Il a choisi des auteurs dont les œuvres semblent avant tout universelles. Il en a aussi profité pour ouvrir une porte à quelques auteurs peut-être moins connus, comme David Prudhomme ou encore Aurélia Aurita.
Dans cet album, il n’y a pas une histoire qui se ressemble, même s’il y a une certaine unité de temps entre les différents récits qui se situent fin 2004. L’auteur présente le projet au début du livre, par un mail adressé à Etienne Davodeau, et on entre ensuite directement dans les différentes BD. Chacune est précédée d’une page où figure la carte du Japon avec un point représentant le lieu où se trouve l’auteur et, en seconde partie, on peut lire une petite biographie de l’auteur en question. On notera une grande différence de trait d’une planche à une autre, comme entre " Ciel d’été " de Jirô Taniguchi et " Je peux mourir, maintenant ! " de Aurélia Aurita, sans que ce soit dérangeant pour la lecture. Les histoires n’ont pas forcément de sens (entendre par là, début, péripéties et fin) : on est dans le quotidien ou la description de ce pays ou encore les légendes japonaises.
auritajepeuxmourirmaintenant.jpegAurelia Aurita, "Je peux mourir, maintenant"

On s’éloigne effectivement de la BD classique franco-belge ou du manga " grande vente " édité en France. C’est un assemblage d’humour, de poésie, d’exotisme, d’anecdotes qui varient selon les regards portés par les différents auteurs. Ce projet me semble très intéressant et je pense que ce type d’échange entre pays pourrait être renouvelé, on en voit déjà le début avec le collectif Corée, chez Casterman Ecriture encore une fois, qui paraît-il est lui aussi captivant.

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 Interview Fabrice Neaud Site Arte
 
 





Fanny, 2ème année Ed.-Lib.

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Published by fanny - dans bande dessinée
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commentaires

Lacarrière Julie 25/05/2010 22:24


S'il a choisi d'intégrer Aurélia Aurita à ce projet, ne serait-ce pas parce que cette scénariste et illustratrice de bande dessinée est aussi sa femme...?


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