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27 février 2008 3 27 /02 /février /2008 10:54

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John Dos Passos / 1896-1970
Manhattan Transfer / 1925
Gallimard, Collection Folio
Traduit de l'américain par
Maurice-Edgard Coindreau

 







Né à Chicago, issu d'une famille aisée, Dos Passos fréquente les meilleures écoles des Etats-Unis et parcourt avec un tuteur l'Europe ou il découvre la peinture, dospassos.jpegl'architecture, la littérature. Il finit sa scolarité à Harvard. En Europe, lors de la Première Guerre mondiale, il rencontre Hemingway, la belle vie d'après-guerre et une conscience politique révolutionnaire. De retour aux Etats-Unis, il s'affirme en écrivain engagé, en intellectuel révolutionnaire. Roman anti belliciste, prise de position pour Sacco et Vanzetti, contre la peine de mort, soutien aux syndicats, au candidat communiste en 1932. La guerre d'Espagne marquera un tournant idéologique et politique à droite, traduit par la dénonciation du communisme et du stalinisme, qui lui vaudra par la suite un certain ostracisme de la part du monde littéraire.


Après les écrivains réalistes socialistes de la fin du XIXe siècle/début XXe, Dos Passos fait partie avec ceux que l'on a appelés la "génération perdue" (Hemingway, Scott Fitzerald, T.S. Elliot, Gertrude Stein) des fondateurs du roman moderne, urbain, du modernisme dans la littérature américaine. Le mythe américain des espaces sauvages, du wilderness se transpose dans le monde urbain. Dos Passos est un de ceux qui ont le plus innové dans le domaine de la technique romanesque. Il introduit une nouvelle façon d'écrire (nouveau style, procédés expérimentaux, une qualité de mouvement inspirée du cinéma), il reprend en la perfectionnant l'idée de Sherwood Andersson du roman collectif (le brassage des personnages, le mouvement) par l'interpénétration dans ses livres de récits, de chansons, de biographies d'hommes célèbres, de souvenirs d'enfance. Enfin, Dos Passos utilise la technique dite du courant de conscience ou monologue intérieur, où le processus de pensée du locuteur est le plus souvent décrite comme entendue ou adressée à soi-même en lieu et place d'une tierce personne.


Manhattan Transfer
  est un magnifique livre sur New York, métropole en pleine mutation suite au traité d'expansion signé par le maire de New York, ville dans laquelle Dos Passos nous fait découvrir la vie , les histoires, l'espoir et le désespoir d'une multitude de personnages que le destin va faire se rencontrer, se croiser dans une grande fresque humaniste mais très réaliste. La description de la ville est très précise, poétique et remplit le livre d'une présence incontournable, étouffante. Les nombreux personnages, de classes sociales différentes (riche famille, artistes, migrants, avocats, hommes d'affaires, ouvriers) sont comme obnubilés, hypnotisés par la volonté de réussir, d'arriver, de faire leur trou dans cette ville où misère et opulence se côtoient, dans le même espoir d'être New Yorkais. La seule issue pour échapper à cette situation sera la fuite.


Quelques personnages importants que l'on retrouve tout au long du livre permettent de suivre et de relier une multitude d'histoires.


Ellen Tatcher est l'héroïne du livre. D'origine modeste, artiste de théâtre, objet de toute les attentions de la part des hommes (elle se marie plusieurs fois), elle est étonnamment "moderne" : libre, indépendante, un peu femme fatale ; sa quête de réussite et de reconnaissance dans le théâtre guident sa vie, laissant peu de place aux sentiments.


Gus Mc Neil, livreur de lait qui pense que" New York est foutue" et qui veut partir, et Georges Baldwin, avocat sans travail, vont se rencontrer lors de l'accident de Mc Neil, renversé par un tramway. Baldwin saisit l'occasion, s'occupe du cas Mc Neil et de sa femme par la même occasion, gagne le procès intenté contre la ville (12000 dollars). Cette affaire et cette rencontre vont transformer la vie des deux hommes : grâce à cet argent Mc Neil va se lancer dans la politique et finir député ; Baldwin, lui, va devenir un avocat coté et rejoindra Mc Neil en politique.


Emile et Congo, deux marins français déçus par leur travail sur le bateau et par la vie en Europe profitent d'une escale à New York pour débarquer clandestinement, persuadés de trouver dans cette ville une vie meilleure, de faire leur trou, de gagner de l'argent. Trouvant en Marco, un anarchiste italien, un compagnon d'infortune, ils se rendent vite compte que cette ville est sans foi ni loi, sinon celle de l'argent et des affaires véreuses. Emile va se fondre dans l'anonymat de la ville ; Congo, lui, va monter dans l'échelle sociale, finir millionnaire, changer de nom pour échapper à la police, tout cela grâce à la prohibition, à la contrebande.


Enfin, la famille Herf à travers les éléments qui la composent est un peu une synthèse des différentes histoires qui traversent le livre. Famille aisée et qui a réussi dans le commerce, elle fait partie de la haute société new-yorkaise. La famille est composée de James et Emily Herf, de leurs deux enfants James et Maisie, de leur cousin Jimmy Herf dont la mère Lily est morte peu après leur retour d'Europe et du cousin d’Emily et de Lily, Joe Hartland. Le fils, James, suivra le chemin tracé par son père, et après être revenu décoré de la guerre en Europe finira Président de la Bank and Trust Compagny avec comme philosophie de la vie une triple fidélité à sa mère, à sa femme, à son drapeau. Maisie suivra elle aussi le chemin tracé par ses parents à savoir un mariage arrangé satisfaisant les deux parties. Joe Hartland, lui, est le mouton noir de la famille. Ex-roi de la finance et du marché, il a fait faillite et est maintenant rejeté par la famille, ruiné, désoeuvré ; il finit par trouver du travail comme veilleur de nuit sur les chantiers. Jimmy, lui, est le personnage le plus complexe et le plus intéressant du livre. A la mort de sa mère, son avenir semble tout tracé. Son oncle a pour lui les plus grandes ambitions, grandes écoles et avenir assuré dans son commerce. Mais Jimmy, influencé par l'éducation de sa mère rêve d'une autre vie et quitte la famille Herf. Il s'ensuit pour Jimmy une longue quête d'identité, une recherche du sens de la vie. Il deviendra finalement journaliste, sera bolchéviste, pacifiste, membre de l'Internationale des Travailleurs, se liera d'amitié avec Congo, se mariera avec Ellen puis se séparera, fréquentera beaucoup de monde de tous les milieux sans jamais donner l'impression d'être à sa place dans cette ville et dans cette société. Le livre se termine par le départ de Jimmy au petit matin. Il prend le bac, heureux, libéré, comme soulagé d'avoir survécu à l'enfer.


Ce livre est un grand livre et, s'il est difficile à résumer simplement; il est d'une lecture captivante et passionnante.

Jean-Pierre, 1ère année Bib.

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