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28 février 2008 4 28 /02 /février /2008 19:38

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Jules Verne : Le Village aérien, 1901
in Les mondes perdus
Omnibus, 1993
ISBN 2-258-03732-8



Illustration : couverture Petite Bibliothèque Ombres





Biographie :

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Le 24 mars 1905 disparaissait Jules Verne, écrivain déjà mondialement connu, sinon reconnu par ses pairs. Jules Verne est né à Nantes le 8 février 1828. Il s'installe à Paris en 1848 pour y étudier le droit et songe alors à une carrière littéraire.


Ses véritables débuts littéraires se font dans des revues et des journaux. Il fréquente ainsi les cercles littéraires du milieu du XIXème siècle et fait la connaissance d’Alexandre Dumas qui l’introduit dans le milieu dramatique. Il publie rapidement ses premières nouvelles. Puis il écrit des récits plus consistants tel Martin Paz qui révèle déjà sa passion pour l’histoire et la géographie.


En 1863, l'éditeur Hetzel est séduit par le manuscrit de Cinq semaines en ballon et s'attache Jules Verne pour vingt ans. L’éditeur crée bientôt une collection qui lui est entièrement consacrée et qu’il nomme " Voyages extraordinaires ". Puis les romans se succèdent rapidement : Voyage au centre de la Terre (1864), De la Terre à la Lune (1865), Les Enfants du capitaine Grant (1867-1868), Vingt mille lieues sous les mers (1870), Le Tour du monde en quatre-vingts jours (1873), etc. Ce roman, ainsi que Michel Strogoff, fit la fortune de Jules Verne.


La plupart de ses romans, à son époque, sont appelés romans d’anticipation. Il dira à la fin de sa vie : " A vingt ans, mon idéal était de voyager. Cet idéal, n’ayant pu le réaliser qu’incomplètement, je me suis mis à voyager en imagination, et à la suite de Philéas Fogg, qui fit le tour du monde en quatre-vingts jours, je ne tarderais pas à l’avoir fait en quatre-vingts romans ". Cette phrase symbolique mêle concret et imaginaire, réel et littérature.


Jules Verne laisse derrière lui une œuvre riche d’une extraordinaire créativité. C’est l’un des premiers auteurs à mêler avec autant de succès science-fiction, aventure et fantastique. Son intérêt pour la science et le fait qu’il aborde dans ses romans des thèmes qui se concrétiseront dans le courant du 20ème siècle (voyage sur la lune, sous-marin, etc.) lui confèrent le statut de visionnaire. Ses romans seront fréquemment adaptés au cinéma, leur récit à grand spectacle se prêtant parfaitement aux productions hollywoodiennes. Ses personnages sont des icônes de l’imaginaire populaire (tels Phileas Fogg, le capitaine Nemo ou Michel Strogoff).


Les mondes perdus


Si l’on retient la période 1864 à 1933 on peut discerner trois phases : une première période soumise au triomphe de la science, de la colonisation et de l’utopie avec entre autres : Jules Verne, Voyage au Centre de La Terre (1894) et Wells.. Une deuxième phase transitoire entre le primitif et le civilisé : Le monde perdu de Conan Doyle (1912)… et la phase finale (1918-1933) : la revanche des mondes perdus et le retour du fantastique avec les œuvres de Merritt qui préfigurent l’héroic fantasy en mêlant les éléments habituels du " lots-race tale " au fantastique le plus échevelé.


Le Village aérien
:

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Le Village aérien
  l’un des derniers écrits de Jules Verne est un roman d’aventure de 1896, publié en 1901 sous le titre de la Grande Forêt. L’action se situe en Afrique équatoriale et conte l’expédition de deux amis explorateurs en quête d’aventures et d’imprévus : l’Américain John Cort et le Français Max Huber. Un Camerounais qualifié de ferloper (guide) nommé Khamis les accompagne ainsi qu’un enfant du pays, Llanga, un petit indigène enlevé à sa tribu et élevé par des missionnaires


Partis trois mois plus tôt visiter la région de l’est du Congo français et du Cameroun, après s’être joints à une caravane, il leur tarde de rejoindre Libreville pour retrouver leurs factoreries. Le Français Max Huber, contrairement à son ami John Cort, trouve que " cette expédition n’a pas donné tout ce qu’il attendait "…. (page 328, chapitre 1).

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Arrivés à l’orée de la Grande forêt, ils décident de la traverser en suivant un cours d’eau en direction du sud-ouest. Là commence un voyage où nos explorateurs vont vivre des aventures telles que même Max Huber qui se lamentait du manque d’imprévu, d’extraordinaire ne devait pas s’y attendre.. Ils vont faire des découvertes étonnantes.


Tout d’abord, un cri au milieu la nuit, ngora, entendu par John Cort alors que les autres se reposent, puis un radeau vieux de quelques années près d’une rivière, un cadenas de fer rongé par la rouille et enfin une cage vide contenant des objets (casseroles, lunettes…) et un carnet portant le nom du Docteur Johausen. La stupéfaction leur coupe la parole. C’est une révélation : " Lui, enfin s’écria l’un, lui dont on n’avait plus aucune nouvelle….. ", (page 386, chapitre 8). Lui, pour nos deux explorateurs c’est le docteur Johausen, parti dans cette région d’Afrique afin d’étudier les singes et de poursuivre le projet abandonné par le professeur Garner. Il avait disparu mystérieusement.

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Ils s’interrogent : " Mais pourquoi la cage était-elle vide ? pourquoi ses hôtes l’avaient-ils quittée ?…Combien de mois, de semaines, de jours fut-elle occupée ? Etait-ce volontairement qu’ils étaient partis ?…. Enfin le docteur Johaussen et l’indigène vivaient-ils encore….. " (chapitre 8 page 390).


Ils ouvrent le carnet qu’ils ont trouvé dans une boite en fer blanc.


Dans ses dernières notes, le Docteur Johausen fait référence aux expérimentations du professeur Garner. Il était convaincu que les quadrumanes parlaient, qu’ils se comprenaient et employaient le langage articulé.


Ici commence l’aventure extraordinaire des deux explorateurs qui vont s’enfoncer dans la forêt et rencontrer l’étrange tribu des Wagddis.

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ANALYSE DE L’ŒUVRE


Le
Darwinisme réfuté par Jules Verne


Jules Verne dans ce roman extraordinaire, atypique, cite plusieurs fois la théorie de Darwin. Même s’il en reconnaît la logique, il y est hostile. Il pose la question de l’homme primitif à travers la description de cette peuplade inconnue d’Afrique, les Wagddis sorte de chaînon manquant " pour rattacher le règne animal au règne hommal " (page 440, chapitre IV). En s’opposant à l’idée d’origine simienne de l’homme, réfutant l’idée de variabilité des espèces " que l’homme soit un singe perfectionné ou le singe un homme en " dégénérescence " (chapitre 4, page 440). Il insiste sur le fait que les hommes-singes sont bimanes (deux mains comme l’homme) et non quadrumanes comme les singes (quatre mains). Jules Verne se prononce pour un être intermédiaire entre l’homme et le singe en l’occurrence : un microcéphale.


Il est demeuré un cuviériste convaincu. Sa seule modernité, il l’emprunte à l’anthropologiste, M. de Quatrefages, son maître à penser, qui admettait que les espèces avaient varié au cours des âges, mais non qu’elles avaient pu se transformer. C’est cette idée, appliquée à l’homme, qu’illustre Le Village aérien.


Jules Verne à la fin du roman rappelle par les paroles des deux explorateurs que le peuple Wagddis ne peut pas être admis dans les rangs de l’humanité : c’est parce qu’il manque d’une conception qui est propre à tout homme, celle de la religiosité qui se retrouve chez les plus sauvages tribus (page 452, chapitre15). Est-ce un préjugé religieux de l’auteur ? il est difficile de le dire.


Point de vue ethnologique


Verne décrit les danses des Wagddis : " ils se faisaient plus de grimaces que de contorsions, et aussi de culbutes " ; il décrit " ces attitudes chorégraphiques [où] l’on retrouvait moins l’homme que le singe. Et que l’on entende bien, non point le singe éduqué pour les exhibitions de la foire, non…le singe livré à ses instincts naturels " (chapitre 4, page 458/459).


Point de vue géographique et historique


Ces deux disciplines sont indissociables de l’œuvre de Jules Verne. Il a eu envie de faire connaître les découvertes et les interrogations des hommes de son époque et de partager une certaine fascination que ce continent exerçait sur les hommes. Il est d’ailleurs l’auteur d’une Géographie illustrée de la France et de ses colonies (1868). Une partie des fictions de Jules Verne (cinq en tout dont Le Village aérien) se situent donc sur ce continent. Au 19ème siècle, après l’abolition de l’esclavage, la plupart des états européens dont la France se lancent à la conquête de l’Afrique et en colonisent une grande partie. Il y est fait allusion dans ce roman entre autres au chapitre 1 et dans la dernière phrase : " cette peuplade de primitifs ne passera pas un jour sous le protectorat de l’Empire d’Allemagne ? Cependant, il serait possible que l’Angleterre…"


La question du racisme dans ce roman ?


Ce roman s’inscrit dans le contexte de la colonisation ; même s’il faut replacer cela dans son époque, lorsque Jules Verne compare l’intelligence d’un noir adulte à celle d’un enfant blanc de six ans, le propos est indéniablement raciste.


Le fantastique et l’extraordinaire dans le Village aérien


Le Village aérien
n’est pas le roman de Jules Verne où le fantastique est le plus présent. Cependant on y trouve diverses scènes qui relèvent de l’extraordinaire : torches " qui après avoir brillé au niveau de la plaine, jetaient alors de plus vifs éclats entre cinquante et cent pieds au dessus du sol " ou " comme si un vent de flamme eût traversé cette épaisse frondaison " (page 342/343) mais aussi page 345 : " c’était comme une énorme vague dont les volutes échevelées se fussent déroulées avec fracas ", puis : " des souffles stridents, des éclats cuivrés s’échappaient de ces centaines de trompes - autant de clairons sonnés à pleine bouche " …


Mon avis sur ce roman


Le Village aérien
est un peu moins connu que d’autres romans de Jules Verne. Nos héros, sont plutôt spectateurs des événements qui s’y déroulent.. J’ai bien aimé ce roman car le style est fluide, même si l’aspect scientifique peut être rebutant dans un premier temps. Il est facile à lire et à la portée des enfants : en effet, tout au long du roman on a l’impression que se déroule un jeu de piste qui relie les épisodes entre eux.


Christophe, A.S.Bib


Liens :

Texte du Village aérien en PDF

 le Centre International Jules Verne

35 illustrations de l’édition originale peuvent être consultées sur

The Illustrated Jules Verne

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Published by CHRISTOPHE - dans Mondes perdus
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