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1 mars 2008 6 01 /03 /mars /2008 08:55

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Henry Rider Haggard
Le peuple du brouillard (The People of the Mist), 1894.
Editions françaises : Tallandier, Voyages Lointains, Aventures étranges, 1928; Tallandier, Bibliothèque des Grandes Aventures, 1937; 
Tallandier, univers aventures, 1951; 
NéO, 1982; 10/18, 1991; 
Le peuple du brouillard, dans Les mondes perdus, Omnibus, 1993.

 

  

L’auteur

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Henry Rider Haggard est un auteur anglais, né en 1856.

Fervent colonialiste, il participe à la politique impériale anglaise, entre autres en étant secrétaire de Henry Bulwer-Lytton, gouverneur colonial du Natal, qui est aujourd’hui une province d’Afrique du Sud (Le peuple du brouillard commence un peu au nord du Natal). Il se marie en Angleterre pour retourner en Afrique jusqu’à la révolte des Zoulous et des Boers.


Il retourne alors en Angleterre où il apprend le droit et devient avocat, mais passe plus de temps à écrire et à se battre contre la reproduction illégale de ses livres aux Etats-Unis.


Il écrit d’abord des essais sur l’Afrique (Cetywoo and his white neighbours), des récits de voyages et des fictions. Il est anobli pour ses travaux sur l’agriculture. Il meurt à Londres en 1925.

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Ses œuvres les plus connues sont deux séries qui ont connu un grand succès : celle qui suit le héros Allan Quartermain, dont la saga commence par le titre Les Mines du roi Salomon, souvent adapté à l’écran ; la deuxième est le cycle d’Ayesha, une reine devenue immortelle, que Sigmund Freud (L'Interprétation des rêves) et Carl Gustav Jung ont citée comme archétype féminin.


" Haggard a aussi exercé une influence dans les domaines de la science-fiction et de la littérature de " fantasy ", notamment à travers Edgar Rice Burroughs créateur de Tarzan. Allan Quatermain, le héros des Mines du Roi Salomon, a été identifié comme l’un des modèles au personnage d’Indiana Jones dans les films (de Steven Spielberg et George Lucas). "


" Henry Miller le comptait comme l’une des influences littéraires les plus importantes de sa vie, et il fut le grand rival autant que l’ami proche de Rudyard Kipling… sir Henry Rider Haggard (1856-1925) reste en Angleterre un indéboulonnable classique, l’équivalent pour nous d’un Alexandre Dumas. " (Raphaëlle Leyris, Les Inrockuptibles, 10/16 avril 2007)


" Fasciné par les sagas islandaises, qu’il a lues et après un voyage en Islande, Rider Haggard, en 1891, se lance. Tout en restant fidèle à l’esprit du genre (les exploits guerriers, la vengeance) il le réinvente en y introduisant de nouveaux éléments, la passion amoureuse et le genre héroïque (on peut penser que Conan le Barbare est tout droit sorti d’Éric aux yeux brillants), tout comme il fait revivre le " merveilleux magique " cher à Breton. On s’étonne moins dès lors que sir Henry Rider Haggard ait pu fasciner des personnalités aussi différentes que Stevenson, Jung, Kipling ou Henry Miller. "*

 

 Le roman

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Le Peuple du brouillard commence en Afrique du Sud, où deux frères anglais se sont faits chercheurs d’or dans le but de retrouver leur richesse et ainsi racheter le château familial perdu à la mort de leur père. L’aîné, à l’agonie, prononce une prophétie : son frère Léonard parviendra à tenir sa promesse et retrouvera sa terre, avec l’aide d’une femme


Une femme répondant au nom de Soa arrive, et promet, en échange de la libération de sa maîtresse Juanna enlevée par un marchand d’esclaves, de l’emmener au pays du brouillard, où rubis et saphirs sont régulièrement offerts aux dieux locaux.


Avec un serviteur nain noir surnommé " La Loutre ", Léonard délivre Juanna qu’il est forcé d’épouser.


Au pays du brouillard, Juanna et la Loutre se font passer pour des dieux pour que personne ne les tue ou les chasse, mais la vérité éclate, et ils s’enfuient grâce au roi du peuple du brouillard.


Avec l’aide d’un autre Anglais, il verra la prophétie s’accomplir, mais de quelle manière ?

 

Les idéologies


Les premiers engagements de Haggard ne cachent pas ses idées colonialistes, et certains extraits peuvent effectivement témoigner des pensées de l’époque. On voit certains clichés sur la supériorité non pas raciale mais culturelle des Européens (" je suis le chef sauvage d’une tribu sauvage, et je possède par conséquent peu de sagesse ; néanmoins, l’on m’a inculqué divers principes. "), et une certaine panoplie de critères accordée aux populations dites " sauvages " comme le fait de voir dans la nuit, de ne pas être digne d’une grande confiance, ou encore d’être fortes au point de se battre favorablement contre un crocodile géant. Les idées reçues sont valables tant pour les femmes que pour les noirs. La Loutre est effectivement confronté au choix de rester dans son pays, se marier, vivre sa vie, ou de rester aux côtés de son maître dans un pays où il sera déprécié, et considéré éternellement comme différent. Aucune hésitation pourtant : s’il n’avait pu l’accompagner, il se serait pendu à un arbre. Quand à la femme, elle est plus ou moins décrite comme faible et naturellement cupide.


Cependant, Haggard a une certaine sympathie pour les populations locales, bien qu’il maintienne que leurs mœurs soient violentes, il admire leur énergie et leur force physique. Il est connu pour les avoir mises en avant et opposées au pâle flegme des Anglais. Cette idée rend ses héros africains indispensables pour les scènes d’action du roman. Il est à noter que lors d’un passage, Léonard confie à La Loutre que de tous les Blancs et les Noirs qu’il a rencontrés, il reste le meilleur ami qu’il ait jamais eu.

 

L’image de l’étranger


Au début de l’aventure, aucun personnage n’est vraiment " étranger ". Léonard Outram est en Afrique depuis plusieurs années. Dans un lieu assez hostile car loin de la civilisation, des gens de couleurs différentes cohabitent de façon hiérarchisée sans que leur couleur définisse leur caractère.


Le lieu de départ comme la maison de Juanna se situent en territoire portugais où les règles coloniales s’appliquent.


Au repaire du marchand d’esclave, un Portugais surnommé le " Diable Jaune ", on trouve des personnages de toutes les origines. Sur les routes, les " étrangers " sont les " sauvages ", ceux qui, aux même titre qu’un ravin ou une tempête, représentent un danger sur le trajet. Ils sont généralement cannibales et lancent des traits empoisonnés.


Le pays du brouillard est un monde perdu. La physionomie de son peuple est différente de toute autre : géants, athlétiques, la peau " olivâtre ", ils vivent dans des maisons en pierres au toit gazonné, parlent leur propre dialecte et ont leur propre religion. Ils sacrifient tout étranger qui s’introduirait dans leur territoire. Cette autarcie participe à l’intrigue : les habitants ne connaissent pas les armes à feu ni d’autre physionomie que la leur, ce qui contribue à leur faire prendre les arrivants pour leurs dieux.


Après cet épisode au pays du brouillard, les Anglais Léonard et son sauveteur explorateur sont clairement définis comme les " étranger[s] " en Afrique.


Ensuite, la situation se renverse alors que les personnages débarquent en Angleterre, où La Loutre se trouve à son tour dans la position d’étranger, tant pour ses manières que pour ses particularités physiques qui en font un héros à part, hors temps et hors de tout pays puisqu’il faut signaler que s’il n’avait pas été difforme, il serait à la tête de sa tribu par sa naissance.


Il faut également aborder la problématique des multiples langages qu’on rencontre au travers du déroulement du roman : on parle le hollandais, le portugais, l’anglais et le dialecte sisutu, un mélange arabo-portugais au camp du marchand d’esclave, puis le langage du peuple du brouillard, que les héros apprennent au cours du récit. Ils sont seulement indiqués et n’apparaissent pas textuellement, mais servent l’action car les héros jouent de ces langues différentes pour communiquer sans être compris de leurs ennemis, ou pour se faire passer pour d’autres.

 

 

Un roman d’aventures


" Sir Henry renouvelle complètement le genre du roman d’aventure avec sa capacité d’inventer des histoires élémentaires (C.G. Jung comprit que le romancier avait réussi à atteindre le nœud éternel des archétypes humains) tout en réactivant des genres existants (merveilleux, fantastique, science-fiction, etc.). "*


La seule part de surnaturel dans Le Peuple du brouillard est la prophétie du frère mourant en début de roman, ce qui diffère un peu des sagas de Haggard. Le reste de l’action est vu d’un point de vue assez rationnel. L’intrigue peut avoir pour nous un côté facilement décelable, peut-être pour avoir trop été habitués à ce genre : une série de caractéristiques des personnages ou d’événements de leur passé nous amène parfois à savoir avant les héros ce qu’ils devront faire. Une série de coïncidences font sourire, telles que la modélisation très significative de l’environnement et ses passages ou parois naturelles, l’évasion antérieure de La Loutre du camp d’esclaves ce qui lui permet de connaître le chemin qui y mène, ou encore la ressemblance heureuse de Juanna et La Loutre pour les dieux du peuple du brouillard.


Cependant la lecture reste agréable, et c’est sans doute ce procédé indices-action, sans extrapolation littéraire ou historique, avec la réutilisation possible de toutes les informations, qui crée le roman d’aventures.

 Flavie, A.S. Ed.-Lib.

 

Quelques liens :

* http://www.roman-daventures.com/auteurs/angleterre/haggard/Haggard.html

.http://www.jose-corti.fr/titresmerveilleux/ericyeuxbrillants.html

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Published by flavie - dans Mondes perdus
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