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2 mars 2008 7 02 /03 /mars /2008 07:10

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Thomas KELLY
Le Ventre de New York
Traduit de l’anglais (américain)
par Danièle et Pierre Bondil,
Payot & Rivages, 1998.
ISBN 2-7436-0789-0

 

    

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Thomas Kelly est né en 1961 de parents américains d’origine irlandaise. Il a grandi dans le Bronx. Afin de financer ses six années d’études supérieures, il enchaîne les emplois, notamment sur les chantiers de New York, manœuvre de nuit dans les tunnels entre autres, et à cette occasion comme pour le reste de sa vie, il s’investit dans les syndicats. Ces quelques éléments biographiques pourraient résumer Le Ventre de New York. En effet ce roman est l’occasion pour l’auteur de parler de son vécu et de dépeindre le Bronx et la ville dans laquelle il a passé la plus grande partie de sa vie, sans enjolivement, sans fausse nostalgie, mais dans la dureté et le labeur des ouvriers, dans la violence et les trafics des gangs. 

 

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Le roman n’est pas composé de chapitres mais de la succession des points de vue d’une multitude de personnages de milieux et statuts différents dont les vies s’entrecroisent dans les rues de New York. Le fil d’Ariane dans ce dédale d’expériences : la vie des deux frères Adare. Fils d’immigrés Irlandais et vivant dans le Bronx, ils évoluent pourtant dans deux sphères différentes. Le premier, Paddy, est un ancien boxeur, homme de main d’un chef de gang Irlandais, le second, Billy, travaille comme ouvrier, afin de financer ses études à l’université, au creusement des tunnels qui alimenteront New York en eau.


En effet le cadre général du récit est l’Amérique de Reagan de la fin des années 80. A cette époque, New York est en reconstruction, son visage moderne de hauts gratte-ciel émerge des chantiers. Le roman en évoque la face cachée, car, sources de profits, ils attirent les convoitises et génèrent divers trafics de la part de riches industriels et des mafias locales. L’autre aspect de la ville qui sert de contexte au récit, concerne les difficultés de cohabitation des différentes communautés ethniques issues des vagues d’immigration successives. Chaque groupe, les Italiens, les Irlandais, ont une mafia, ou un gang, qui lutte contre les autres ou forme des alliances pour asseoir sa domination sur un secteur géographique.


Le personnage principal, Billy, est presque un autoportrait de l’auteur. Au travers de ses vacances universitaires, où il travaille au milieu des ouvriers, Thomas Kelly décrit avec force détails la vie de ces gens, le danger omniprésent dans les tunnels, l’atmosphère particulière du fond de la terre, la pénibilité des tâches qui usent les hommes. Et pourtant, l’apaisement que l’on peut trouver loin sous terre, le bien-être qui suit l’épuisement physique sont aussi évoqués. Tout au long du roman, Billy est déchiré entre son milieu social, ses amis, son frère, et la vie à laquelle il aspire, l’université, le désir de s’échapper. Il ne se sent plus tout à fait à sa place dans le Bronx et ses tunnels. Lorsque le syndicat qui se bat pour garantir un dernier espace de sécurité aux ouvriers déclare la grève, il se sent comme un observateur presque extérieur, a du mal à s’impliquer dans la lutte. A l’inverse, l’université l’accueille, mais il ne trouve pas sa place auprès des étudiants qui ne le reconnaissent pas comme un des leurs. Billy montre la difficulté d’échapper à son milieu social d’origine, malgré les principes d’égalité des chances véhiculés par l’école.


Paddy représente plutôt le côté violent du Bronx. Presque tous les aspects de sa vie sont entachés par ces pressions physiques et verbales qu’il exerce et reçoit. Son frère et sa femme semblent les deux seuls îlots de paix dans sa vie. Dans les retours sur son enfance, la violence est conjugale, maculée d’alcool. Par la suite, la boxe, puis le monde des mafias les accueillent, lui et cette rage qui semble ne pas pouvoir s’exprimer autrement que par les coups. Au début il espérait effectuer quelques travaux pour le gang irlandais, puis tirer un trait sur ces activités et reprendre une vie normale. Le Ventre de New York dépeint avec Paddy l’impossibilité de quitter ce milieu autrement que les pieds devant. Chantages et passages à tabac se succèdent mais l’auteur propose une explication à cette folie meurtrière qui s’empare des hommes : pour le chef du gang irlandais par exemple, la guerre du Viêtnam est un élément de compréhension, comme si les hommes en revenaient transformés en machines à tuer.


Tous les personnages ont une profondeur, une part d’ombre et, toujours, on entrevoit pour eux une échappatoire, une porte vers une sorte de rédemption. Très loin de toute forme de manichéisme, Thomas Kelly partage les fautes et, peut-être, le seul personnage qui en semble exempt, Mary More, le policier qui essaie de démanteler les réseaux des gangs, ne sera pas épargnée par la culpabilité lorsque son indic se fera abattre pas la mafia italienne. Ce personnage est aussi la femme qui a le plus d’importance dans le roman. Elle est elle-même en lutte au sein de la police pour faire reconnaître ses capacités dans une profession où machisme et misogynie sont ancrés dans les mentalités.


Pour résumer, Le Ventre de New York fait découvrir la ville du dessous, celle des tunnels, des minorités, des grèves, des gangs et la violence du Bronx des années 80, au travers de portraits, de tranches de vies, formant une mosaïque pleine de tolérance. La précision des descriptions pose des ambiances pleines du réalisme du vécu, et si l’auteur parle de la ville, on peut dire qu’il parle aussi de lui. Le titre anglais,  Payback, tourne autour de notions de vengeance, de remboursement. Le titre français choisit met davantage l’accent sur l’aspect dénonciateur et engagé, soulevant les problèmes des minorités, en écho au Ventre de Paris, de Zola.


Le livre se lit facilement, descriptions et actions m’ont semblé assez équilibrées pour dresser de beaux décors sans pour autant rester dans la peinture figée d’une ville dont le mouvement, le bruit et les hommes font partie intégrante.


Manon, 1A Ed-Lib.

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