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8 mars 2008 6 08 /03 /mars /2008 21:33
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James Ellroy
Ma part d’ombre
Collection : Rivages/Noir, 1999
Traduit de l'américain par Freddy Michalski
608 pages










 

     Dans Ma part d’ombre, publié en 1996, James Ellroy signe une autobiographie relatant les différentes étapes de sa vie, marquée par l’assassinat de sa mère le 22 juin 1958 ; cet événement occupe en effet l’ensemble du livre, divisé en quatre parties.


I- La Rouquine

    
      Tout commence par la découverte du cadavre d’une femme, Jean Ellroy (dont la photographie se trouve en début de chapitre), décrit dans ses moindres détails : " Sa robe était en désordre. Des morsures d’insectes lui couvraient les bras. Son visage était meurtri et sa langue sortait de sa bouche. Son soutien-gorge était défait et remonté au-dessus des seins. "

    
      Cette première partie semble particulièrement déconcertante par sa froideur et la distance qui sépare l’auteur de son récit. En effet, elle est écrite à la troisième personne et marquée par une absence d’affectivité. Ellroy parle de lui-même comme d’un personnage d’arrière-plan, d’un étranger : " Elle vivait avec son fils de dix ans dans la petite maison en pierre, de plain-pied, dans l’arrière-cour des Krycki. "

     
     Par conséquent, il est davantage question ici de rapport d’enquête et de reportage sur le travail de la police criminelle que d’un récit personnel. On a donc un aperçu de ce que peuvent être les difficultés de la police pour enquêter dans des banlieues reculées voire isolées. Ce chapitre nous emmène au cœur d’une enquête qui piétine, tourne en rond, et dans laquelle le moindre témoignage paraît dérisoire
.


II- Le môme sur la photo


     C’est ce second chapitre qui fait véritablement plonger le lecteur dans l’intimité de James Ellroy puisque on y retrouve la structure caractéristique de l’autobiographie : une écriture à la première personne et un récit organisé de manière chronologique. L’histoire débute quelques années avant la mort de Jean Ellroy, permettant ainsi au lecteur d’en savoir plus sur les rapports mère-fils. On constate une certaine hostilité de l’enfant envers celle-ci. En effet, il reproche à sa mère d’avoir été la cause du divorce de ses parents. Le lecteur assiste donc à ce conflit jusqu’au meurtre de Jean Ellroy le 22 juin 1958. James Ellroy est alors âgé de 10 ans.


     Durant la procédure d’enquête qui s’ensuit, certaines scènes déjà évoquées dans la première partie sont cette fois racontées d’un point de vue particulièrement personnel. Le décès brutal de sa mère va littéralement bouleverser la vie de James Ellroy puisque derrière la haine se cache en réalité un fort sentiment de désir.


     Ce complexe d’Œdipe avait en fait débuté avant le décès de Jean Ellroy, d’abord caractérisé par une forme de curiosité malsaine : " Je passais des heures dans la salle de bains, feignant de l’intérêt pour un petit sous-marin. J’ai vu ma mère à moitié nue, nue, ou simplement vêtue de sa combinaison ". C’est le début d’une obsession qui le suivra tout au long de sa vie.


     C’est par ailleurs dans ce chapitre que James Ellroy traite de la rencontre qui va être capitale dans sa vie d’homme et dans sa vie d’auteur. C’est au début de son adolescence qu’il va rencontrer le personnage du " Dahlia Noir ". C’est dans un livre que son père lui a offert qu’il se prend de passion pour cette sombre affaire de meurtre qui le fascinera tout au long de sa vie. Il la présente comme une sorte d’apparition divine : " Elle est venue à moi…. ". C’est à travers ce personnage qu’il va reporter le désir qu’il éprouve pour sa mère et faire du Dahlia Noir un substitut de cette dernière. De ces deux affaires de meurtres non élucidés va naître en lui une obsession pour la figure symbolique de la femme morte, associant le crime à une forme d’érotisme.


     C’est dans les bas-fonds de Los Angeles qu’Ellroy connaît les moments les plus noirs de sa vie, partagés entre l’alcool, la drogue et la prison. Son style d’écriture assez cru, parfois violent, s’avère particulièrement poignant dans l’évocation de cette misère extérieure qui contraste pourtant avec la richesse des fantasmes et du monde intérieur d’Ellroy.


     Cet univers marque un premier pas vers une démarche créatrice et une vocation d’auteur qui commence dès ses premières lectures avec des auteurs de polar tels Raymond Chandler ou encore Dashiell Hammett.

 

III- Stoner


     Dans cette partie, Ellroy retrace la vie et le parcours de Bill Stoner, l’inspecteur qui l’a aidé à reprendre l’enquête du meurtre de sa mère vingt ans plus tard.

 

IV- Geneva Hilliker (véritable nom de Jean Ellroy)


     Dans cette partie finale, nous retrouvons James Ellroy, âgé de 46 ans, qui part rejoindre l’inspecteur Stoner pour reprendre l’enquête. C’est un sentiment de culpabilité qui règne dans ce chapitre. Il ne considère plus sa mère comme l’objet d’un désir malsain mais comme une incarnation de la féminité qu’il s’est permis d’offenser.


     En reprenant l’enquête et en voulant lui rendre justice, James Ellroy pousse ici et à travers ce roman un ultime cri d’amour. Volontairement, Ellroy refuse d’achever ce livre en refusant d’abandonner sa mère, de la faire mourir une seconde fois.


Julie, Ed.-Lib. 1A

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