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10 mars 2008 1 10 /03 /mars /2008 19:40

Fiches de Marianne et Anne-Claire

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Colum MCCANN
Les saisons de la nuit (This side of Brightness)
Traduit de l’anglais par Marie-Claude PEUGEOT
Editions Belfond, 1998
Editions 10/18, 2000











1. Fiche de Marianne

Quelques mots sur l’auteur : 

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Né en 1965 à Dublin, d’un père journaliste et d’une mère au foyer, Colum McCann a grandi avec ses frères et sœurs dans la capitale irlandaise où il a suivi des études catholiques. Alors que tout le prédisposait à suivre l’exemple de son père et devenir journaliste, Colum McCann décide de quitter l’Europe à 21 ans pour entreprendre un long voyage en Amérique. Après quoi, il goûte pendant quelques années à la vie au Japon, avant de s’installer définitivement aux Etats-Unis, où il entame sa carrière d’écrivain. Il est aujourd’hui l’auteur de six ouvrages, dont le dernier en date, Zoli est paru en France en 2007 aux éditions Belfond. Les saisons de la nuit est son deuxième roman.

 

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Le roman :

Dès les premières pages du roman, nous faisons la connaissance des deux personnages principaux : Treefrog et Nathan Walker. Même si on comprend rapidement qu’il y a un lien entre eux, ils sont au départ présentés distinctement dans des chapitres définis par des dates ou des périodes précises. Ainsi l’histoire de Treefrog se passe en 1991 tandis que celle de Nathan débute en 1916.

Treefrog, personnage solitaire et abandonné, vit depuis 4 ans dans un tunnel de New York. Il s’est construit là un véritable " petit nid " malgré le manque de lumière et de chaleur. Le tunnel ressemble à un petit village froid, où les habitants sont partagés entre violence et solidarité. Ils sont en effet environ une dizaine à y vivre mais sans présence féminine toutefois, et ce, jusqu’à l’arrivée d’Angela. Angela vivait dans un tunnel voisin, jusqu’à ce qu’elle soit violée, battue et laissée pour morte pendant de longs jours. Quand elle retrouve un semblant de force, elle va chercher de l’aide chez Elijah, un ami à elle qui vit ici. Et c’est ainsi qu’elle rencontre Treefrog.

Cette présence féminine réveille alors quelque peu l’esprit terni de Treefrog. Alors que nous ne connaissions rien de son passé, le voilà qui commence à le dévoiler, d’abord de manière confuse par le biais de ses interrogations, pensées et souvenirs, puis, au fil du roman, alors que nous avançons dans l’histoire, de manière plus précise lorsqu’il se confie à Angela.

Nathan Walker a tout juste 19 ans quand commence le récit. Il est bien bâti mais noir et subit chaque jour les injustices du racisme. Il travaille depuis quelque temps déjà à la construction d’un tunnel ferroviaire. Ce travail est dangereux et éprouvant, mais Nathan ne recule jamais et travaille chaque jour sans faiblir. Sa vigueur suscite l’admiration de ses collègues et c’est ainsi, sous terre, qu’il rencontre les amis qu’il gardera tout au long de sa vie.

L’histoire s’ouvre sur une journée apparemment semblable aux précédentes, mais l’équipe de Walker va avoir un accident, au cours duquel l’un d’eux, Con O’Leary, va laisser la vie. A la suite de quoi, la narration s’accélère. Des années plus tard, Nathan épouse une femme blanche, Eleanor, la fille de Con O’Leary. Malgré leur différence de couleur de peau et l’agressivité qu’ils vont subir, leur amour engendrera des enfants et des petits-enfants dont nous suivrons l’histoire, sans jamais toutefois quitter vraiment celle de Nathan.

C’est ainsi que peu à peu, les deux personnages, Nathan et Treefrog, se rapprochent. Les chapitres ne sont désormais plus séparés par leurs dates mais le passé s’articule avec le présent, le souvenir devient action. Même si le lien entre Treefrog et Nathan tarde à devenir évident, certains éléments nous mettent la puce à l’oreille et nous permettent d’imaginer et de comprendre sans toutefois tout expliquer. Nous comprenons en effet que Treefrog n’est autre que le petit-fils de Nathan Walker, sans savoir toutefois comment il a pu se retrouver dans ce tunnel, alors que Nathan se battait justement pour en sortir et pour faire vivre sa famille du mieux qu’il pouvait.

 

Les saisons de la nuit sont, en définitive, l’histoire de deux hommes qui se battent contre l’indifférence. Et ce combat n’est pas totalement vain, car malgré la violence, le racisme et l’injustice que Treefrog et Nathan subissent au quotidien, Les saisons de la nuit nous livrent une magnifique histoire d’amour et de tolérance. En effet, Eleanor n’a-t-elle pas épousé un homme noir, malgré les injures et les menaces, malgré la souffrance qu’elle allait imposer à leurs enfants ? Nathan a-t-il cessé d’aider sa famille malgré les trahisons, les pertes et la douleur ? Jusqu’au cœur du tunnel de Treefrog, où la moindre cigarette est un luxe que peu d’entre eux peuvent se permettre, on rencontre des individus au grand cœur, solidaires et généreux, tel Faraday qui risque sa vie pour détourner l’électricité du tunnel afin d’effectuer un branchement pour ses amis, ou encore Papa Love qui derrière son mutisme renferme un lot de sagesse et d’humanité. Paradoxalement, c’est la tristesse qui ressort le plus de ce roman, puisque, même s’il se termine sur une note d’espoir, la misère et l'accablement flottent continuellement au fil de l’histoire. Les saisons de la nuit sont l’un de ces romans qu’il faut laisser reposer quelque temps après la lecture pour se détacher de la douleur des personnages et percevoir ainsi la beauté de l’histoire.

McCann cultive le paradoxe jusque dans sa manière d’écrire. A la fois minimaliste et romancée, prosaïque et utopique, l’écriture de Colum McCann nous entraîne avec une fluidité appréciable dans un monde presque physique sinon visuel. Grâce à des descriptions précises et réalistes, certains passages se rapprochent énormément de l’écriture d’un scénario de film. Ainsi notre ouïe comme notre toucher et parfois même notre odorat sont sollicités pour une parfaite interprétation du texte. McCann insiste en effet sur l’aspect tactile du monde dans lequel évoluent les personnages, en particulier lorsqu’ils sont dans le tunnel. Faute de lumière, Treefrog se repère yeux fermés, mains en avant, inspectant toutes les cavités de la paroi du bout des doigts, et l’auteur transcrit cette exploration avec précision.

Il est donc facile de s’immerger rapidement dans l’univers et l’ambiance des Saisons de la nuit. Même si cet univers paraît misérable, on y adhère forcément et c’est avec attachement que l’on suit la famille de Nathan Walker au fil de notre lecture.

 

Marianne, Ed.-lib. 1A





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2. Fiche d’Anne-Claire



Bibliographie de Colum McCann :

Le chant du coyote, 1998
Les saisons de la nuit, 1999
La rivière de l’exil, recueil de nouvelles, 2001
Ailleurs en ce pays, recueil de nouvelles, 2003
Danseur, avec lequel il acquiert une renommée internationale, 2003
Z
oli, 2007







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Résumé de l’œuvre :

L’ouvrage présente 2 histoires parallèles qui s’entrecroisent et finissent par se rejoindre.

Le premier récit est celui de la vie de Nathan Walker, un jeune noir venu de Géorgie pour travailler à New York en 1916 en tant que " gadouilleur " : ouvrier chargé de construire les tunnels. Il survit miraculeusement à un éboulement alors qu’il creuse sous l’East River, mais il y perd son meilleur ami Con O’Leary, d’origine irlandaise, dont il épousera plus tard la fille Eleanor, qui décédera prématurément dans un accident de voiture causé par un chauffard. Ensemble ils auront 3 enfants, deux filles : Deidre et Maxine et un fils : Clarence, qui vengera sa mère mais sera tué par la police en laissant un orphelin : Clarence Nathan.

Sa vie est marquée par le racisme qu’il subit d’abord en Géorgie puis à New York, en particulier après son mariage avec une femme blanche et la naissance d’enfants métis.

Sa vieillesse, quant à elle, est marquée par la maladie : problèmes pulmonaires et rhumatismes dus à une vie de labeur dans les tunnels.

Le second récit se déroule en 1991, toujours à New York, où l’on suit Treefrog (grenouille rainette), un ancien bâtisseur de gratte-ciel, qui, devenu SDF, survit dans les tunnels. On ne sait quasiment rien de lui, si ce n’est que sa femme et sa fille sont parties. Il est un peu fou et maniaque : il fait tout deux fois de suite. Il vit avec d’autres SDF comme Angela, Elijah, Mister Love, Dean, Faraday.


Principaux thèmes :

La vie des " gadouilleurs " : ce sont les ouvriers qui creusent les tunnels afin de permettre le passage du métro, des voies ferrées… Il s’agit dans l’œuvre de Nathan Walker et de ses amis : Con O’Leary, Sean Power et Rhubarbe Vannucci. Les salaires sont très bas malgré les risques dus au travail sous air comprimé : éboulements et fuites d’air, problèmes pulmonaires, rhumatismes et le sentiment d’enfermement ressenti à force d’être sous terre. Face à cette vie de misère que tous acceptent car elle permet de nourrir sa famille, certains se noient dans l’alcool : Sean Power meurt d’une cirrhose du foie. " Il y a eu beaucoup de morts dans le tunnel, mais c’est une loi que ces hommes-là acceptent : Tant qu’on vit, on vit, et puis plus rien. "

La vie des bâtisseurs de gratte-ciel : antithèse des " gadouilleurs " même s’il existe des similitudes entre les deux métiers : salaires bas et risques nombreux : dans ce cas, risque de chute. Ici pas de sentiment d’enfermement mais au contraire de liberté totale avec notamment l’image de ces ouvriers qui dansent sur les poutrelles ; ils s’y sentent d’ailleurs plus à l’aise que sur la terre ferme. C’est le métier de Treefrog avant qu’il ne devienne SDF.

La vie des SDF : Colum McCann ne nous présente que ceux qui vivent dans les tunnels, il les qualifie à plusieurs reprises de " taupes " qui évoluent dans un univers aussi noir que les tunnels : pauvreté extrême, crasse, alcool, drogue, violence. Il faut aussi noter que le récit se déroule en plein hiver, dans le froid et la neige.

La vie des noirs : Nathan Walker vit dans un monde raciste et même ségrégationniste, à New York mais surtout en Géorgie, état sudiste : boutiques interdites aux noirs mais également à leurs femmes, même si elles sont blanches, hôtels réservés… " Walker plonge dans la chaleur, de son grand corps courbé, et le voilà devant une fontaine qui porte l’inscription "Gens de couleur", où il avale une gorgée d’eau. "

Le thème de la résurrection est un thème récurrent dans l’œuvre avec notamment la présence de la grue (l’oiseau), qui peut être considéré ici comme un symbole de liberté parfois malmenée. L’ouvrage commence par la description d’une grue blessée, prise au piège dans les eaux gelées de l’Hudson, que Treefrog tente de sauver en brisant la glace qui l’enferme. Ensuite nous assistons à la résurrection de Nathan qui survit miraculeusement à un éboulement dans le tunnel. C’est encore lui qui fait le plus référence aux grues, en évoquant l’image de son enfance dans les marais de Géorgie, de la grue qui danse, symbole de liberté totale. Presque tous les personnages du livre ressemblent à cette grue coincée dans la glace, incapable de voler ou de danser ; ils sont malmenés par la vie : la misère et la vie dehors pour Treefrog, la dureté du travail et le racisme qu’il subit pour Nathan mais aussi pour sa famille, l’alcoolisme, la violence, les peines de la vie… Si certains ne s’en sortiront pas comme Eleanor, Faraday, Clarence et Louisa, devenue junkie après la mort de ce dernier, certains personnages connaissent une résurrection ; c’est le cas tout d’abord de Nathan qui après avoir vécu difficilement connaîtra le bonheur auprès de ses petits et arrières petits-enfants, mais également de Treefrog qui réussit à se dégager de sa folie et, comme la grue, peut à nouveau danser. " A mi-chemin, le visage figé en un certain sourire, debout sur une jambe, tendant un bras, puis l’autre, changeant de pied, la tête rentrée dans l’épaule, il exécute la danse de la grue au royaume de l’ombre. "

 

Mon avis :

Un livre très noir sur la ville de New York, symbole de la richesse américaine, mais construite et peuplée par des gens qui connaissent mieux la misère que Wall Street. Des descriptions très réalistes, des personnages criants de vérité. Les récits principaux sont bien menés et on se demande jusqu’au bout quel est leur lien (j’ai essayé de ne pas en dire trop). Noir donc mais avec quand même de l’espoir.

 

 ACMT, Bib 1A

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Published by Marianne et Anne-Claire - dans roman urbain moderne et contemporain
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