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16 mars 2008 7 16 /03 /mars /2008 17:00

VERNE01.jpg





Jules VERNE,
Le Village aérien
in Mathias Sandorf, suivi du Village aérien
 et de
La Maison à vapeur 
Omnibus, 2005

 








1. BiographieVERNE02-copie-1.jpg

 

La biographie de Jules Verne peut se décliner en quatre axes principaux (il s’agira ici d’une biographie très courte ; seuls les passages de sa vie importants pour comprendre le livre seront cités).







1.1. Son enfance


     Jules Verne est né à Nantes le 8 février 1828, dans une famille qui cultive les arts ; musique, concours poétiques, comédies de salon occupent ses loisirs.


     L’activité portuaire qui entoure la maison familiale située sur une île de la Loire va très vite stimuler l’imagination de J. Verne qui se voit déjà capitaine d’un navire.


     Jeune, il lira Robinson Crusoé de Daniel Defoe, et bien d’autres romans d’aventure qui lui donneront l’envie d’en écrire à son tour.


1.2. Ses voyages


     Plus tard, il assouvira quelque peu son désir de voir le monde en effectuant trois voyages : excursion en Scandinavie en 1862, la traversée de l’Atlantique en 1867 et une croisière en Méditerranée en 1883.


     Mais ces voyages ne font pas l’objet de récits de voyage. En effet, J. Verne a tendance à faire fiction de tout, à tout " romanciser " selon son expression. Ces voyages serviront seulement de canevas à certains de ses romans.


1.3. Son écriture


     Ses premiers écrits ne le satisfont pas. Peu à peu se dessine la perspective d’une série de récits ancrés dans l’actualité et utilisant les découvertes de la science. J. Verne se plonge alors dans un travail encyclopédique important en 1852. Il écrit d’ailleurs à son père, dans une lettre de 1955 :

" Je m’emploie à enrichir mon vocabulaire et à n’user que de mots techniques, afin d’éviter les périphrases encombrantes. "


     Après plusieurs publications de romans, l’écrivain est bien conscient de ne pas encore avoir trouvé sa personnalité littéraire. Il recherche le " nouveau ".


     Il a le déclic en 1862, en découvrant les contes fantastiques d’Edgar Poe. Pour J. Verne, Edgar Poe " a inventé une forme nouvelle dans la littérature […]. Edgar Poe a créé un genre à part, ne procédant que de lui-même, et dont il me paraît avoir le secret […]. Il a reculé les limites de l’impossible ; il aura des imitateurs. "


     Jules Verne deviendra un de ces imitateurs. Il veut associer l’étrange à la rigueur scientifique.


1.4. Sa rencontre avec Hetzel


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édition originale Hetzel

     La chance de Jules Verne vient du fait que l’éditeur Hetzel cherche à constituer, à la même époque, une bibliothèque associant éducation et récréation. Il s’intéresse donc à son écriture et signe le premier contrat avec lui en 1862, pour Cinq semaines en ballon. Hetzel l’invite ainsi à poursuivre le genre du voyage imaginaire, en lui apportant une dimension épique où le merveilleux s’appuie sur les découvertes de l’époque. Aussi ce roman, Le Village aérien, est-il riche d’informations scientifiques.


Lien vers un site consacré aux éditions Hetzel.

Jules Verne mourra d’une crise de diabète en 1905.


2. Le Roman

    
      Le livre est écrit en 1896 et publié en feuilleton dans la revue " Magasin d’Education et de Récréation ", de janvier à juin 1901, puis édité chez Hetzel la même année. C’est un roman ethnographique qui se passe au centre de l’Afrique, au-dessus de l’Equateur, sur la rive droite du fleuve Congo.

 

2.1. Résumé

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     En 1899, Max Huber et John Cort ont entrepris une expédition au Congo avec l’aide du chasseur d’ivoire Urdax. Ce dernier est tué par une charge d’éléphants qui contraint les deux hommes à se réfugier dans une grande forêt. Ils adoptent un jeune noir, Llanga, et tentent d’atteindre le fleuve Oubangui. Au cours de ce voyage, ils retrouvent les restes de la case du docteur Johausen qui, 3 ans plus tôt, étudiait le langage des singes. En descendant un cours d’eau, Llanga sauve de la noyade Li-Maï, qui ressemble autant au singe qu’à l’homme. Ils arrivent ensuite à Ngala, un village construit sur une plateforme installée dans les arbres. Ses habitants sont les Wagddis, êtres intermédiaires entre le singe et l’homme. Leur monarque s’appelle Msélo-Tala-Tala et n’apparaît qu’une seule fois, au cours d’une fête. Il s’agit en fait du docteur Johausen qui, devenu fou, est maintenant le chef de la tribu…


2.2. Les personnages


 John Cort :
explorateur américain.


Max Huber : Explorateur français. Au début du livre, il se plaint que leur exploration de l’Afrique manque d’imprévu, alors que son ami n’aspire qu’à rentrer le plus vite possible à Libreville.


 Khamis :
le foreloper (celui qui dirige la caravane), toujours de très bon conseil.


 
Llanga : l’enfant noir adopté par les deux explorateurs ; il sauve l’enfant singe et le protège avec générosité.


 Msélo-Tala-Tala :
" le père miroir ", roi des Wagddis. Il se trouve qu’il s’agit du docteur Johausen. Au début de son exploration, il était déjà à moitié fou ; quand il est devenu roi, il a régressé dans la folie jusqu’à ne plus être qu’un légume.


2.3. Les thèmes


     La folie est un des thèmes favoris de Jules Verne et il est mis en valeur dans ce roman à travers le personnage du docteur Johausen.


" […] Max Hubert s’approcha, et, peu respectueux envers ce souverain de l’Afrique centrale, il le prit par les épaules et le secoua vigoureusement.

Sa majesté fit une grimace que n’eût pas désavouée le plus grimacier des mandrills de l’Oubangui.

Max Huber le secoua de nouveau.

Sa Majesté lui tira la langue.

" Est-ce qu’il est fou ?... dit John Cort.

- Tout ce qu’il y a de plus fou, pardieu !... fou à lier !... " déclara Max Huber.

Oui… le docteur Johausen était en absolue démence. "


     La religion, autre thème du roman, est tournée en dérision. Jules Verne est également assez critique sur la théorie de Darwin (pour lui, cette théorie est logique mais on ne trouvera jamais le chaînon manquant entre l’homme et le singe car il n’existe pas) ; ce qui ne l’empêche pas de parler avec respect des Wagddis. Même si les critiques ont relevé dans ce roman des propos racistes, (J. Verne compare l’intelligence d’un noir adulte à celle d’un enfant blanc de 6 ans par exemple), je l’ai trouvé aussi critique sur l’homme blanc : celui-ci peut régresser intellectuellement, la preuve en est le Dr Johausen, et les singes ont plutôt tendance à évoluer, à imiter les êtres humains.


Le voyage
est bien sûr le thème privilégié de J. Verne. Ici, il veut nous faire découvrir, au-delà de l’histoire, un lieu inconnu puisque l’Afrique centrale est encore méconnue à l’époque, mais aussi un peuple inconnu. Pour l’auteur, le mystère est indissociable du voyage et il est le point de départ de presque tous ses romans. Ici, le mystère est suscité par des torches qui brillent à la lisière de la forêt ; elles vont intriguer les explorateurs, et particulièrement Max Huber qui cherche de l’imprévu depuis le début de l’expédition.

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L’adoption
est présente à deux reprises dans ce roman ; lorsque les explorateurs qui recueillent Llanga, un enfant noir orphelin, mais aussi quand Llanga adopte en quelque sorte le petit Li-Maï qu’il sauve de la noyade et qu’il prend sous sa protection.

 

3. La démarche de l’auteur


3.1. Origine de l’œuvre


Le titre  

     Hetzel rebaptisait presque toujours les livres de son protégé. D’abord appelé La Grande Forêt, il est donc devenu Le Village aérien. C’est le 49ème titre de sa production romanesque.


Les sources d’inspiration

     Le roman s’appuie sur les travaux de l’Américain Garner, qui fut le premier à chercher si les singes avaient un langage. Ici, le problème débattu par l’écrivain est celui du langage chez les primitifs. Pour lui, si le chaînon manquant devait exister, il serait caractérisé par un langage rudimentaire et des sentiments humains.


Le but de Jules Verne


     Il écrit la série des " Voyages extraordinaires " dans le but de " faire connaître à ses lecteurs, sous la forme du roman, les diverses parties du monde ". Ce qui explique qu’il aime écrire sur l’Afrique centrale qui est méconnue à cette époque.


3.2. Un roman précurseur

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     Après lui, beaucoup d’écrivains ont abordé le thème du darwinisme ou plus largement celui du rapport de l’homme et du singe : on verra ainsi Balaoo de Gaston Leroux en 1911, la série des Tarzan qui commence en 1912, King-Kong en 1933, Les Animaux dénaturés de Vercors en 1952, ou encore La Planète des singes de Pierre Boulle en 1963.


4. Conclusion


     Ce roman est très facile à lire, et même si quelques passages peuvent être considérés comme racistes, je trouve l’auteur très juste dans ses descriptions et dans les critiques qu’il veut faire passer. Le côté scientifique du roman est très discret mais le rend d’autant plus intéressant. Ce n’est pas le roman le plus connu de Jules Verne, mais je trouve pourtant que c’est un très bon livre, et j’ai eu plus de facilité à lire celui-là que Voyage au centre de la Terre !

Livre numérisé sur http://jydupuis.apinc.org/vents/Verne-village.pdf

 

 

Sources (disponibles à la bibliothèque de Mériadeck) : 

-Jules Verne, parcours d’une œuvre, Compère, Daniel, éd. Encrage, 1996.

- Les Voyages extraordinaires de Jules Verne, Analyse de l’œuvre, Compère, Daniel, Pocket, 2005, collection " Les guides Pocket Classiques ".

- Les 60 Voyages extraordinaires de Jules Verne, Sadaune, Samuel, éd. Ouest-France, 2004.

 Stéphanie, 2A. Bib-Méd.

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Published by Stéphanie - dans Mondes perdus
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commentaires

kaleb 09/04/2009 12:10

Stéphane, je pense que L'INTEGRALITE de ce livre est raciste :)

Le fait même de situer le chainon manquant en Afrique, ou bien d'instaurer une relation privilégiée entre l'enfant noir et l'enfant singe, ou de décrire un blanc qui "régresse" jusqu'a vivre avec les "primitifs noirs", etc... est profondément raciste. On peut même difficilement faire pire.
L'histoire inventée par Jules Verne semble directement inspirée des thèses de Gobineau.

Tout cela n'est que fantasme et projection, incapacité à sortir de sa propre vision du monde, aussi bien dus à l'imaginaire propre à l'auteur qu'à la construction générale de la société de l'époque.

Je ne pense pas qu'il s'agisse d'un livre à censurer, bien au contraire ; c'est un témoignage important des fondements racistes de la pensée blanche, et il est important d'y avoir accès, de s'y confronter, de réfléchir aux échos que cela éveille dans notre imaginaire... et d'ouvrir notre définition de ce qu'est le racisme - quelque chose de bien plus diffus, vaste et complexe que de dire qu'un adulte noir a l'intelligence d'un enfant blanc de 6 ans.

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