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16 mars 2008 7 16 /03 /mars /2008 18:39

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Auteur : Jerome CHARYN 
Marilyn la dingue
Editeur : Gallimard
Date de publication : octobre 1998
Collection : folio policier
Première publication : 1974
Titre original : Marilyn the Wild
Traduit de l’anglais par Rosine Fitzgerald
Format et nombre de pages : 11cm*18cm ; 246 pages
ISBN : 2070406482




BIOGRAPHIE DE L’AUTEUR

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     Jerome Charyn est né en 1937, d’un père polonais et d’une mère russe émigrés à New York ; il a passé son enfance dans un quartier du Bronx, au sein d'une famille pauvre. Charyn est européen autant qu’américain. Depuis 1994, il vit à Paris et enseigne l'histoire du cinéma et les canons du roman policier à l'université américaine de Paris.


     Il a écrit près de 30 romans parmi lesquels la tétralogie de Isaac Sidel, ainsi que des récits, des essais, des contes pour enfants, des nouvelles et de nombreux scénarios de bandes dessinées.


     Il admire New York et a fait de cette ville le personnage central de son œuvre, que ce soit dans son cycle de romans policiers mettant en scène le commissaire Isaac Sidel ou dans ses textes documentaires sur l'histoire, la société et la culture new-yorkaises.


     Charyn admire Joyce et Faulkner, Flaubert (qui, à ses yeux, "commence le roman moderne") et Baudelaire.

     Pour son roman Darlin' Bill il a reçu le prix " Rosenthal " de l'Académie américaine des arts et des lettres. En 1996 il fut fait officier des Arts et des Lettres par le ministre français de la Culture.

     C’est Marcel Duhamel, célèbre fondateur de la série noire chez Gallimard, en 1945, qui a découvert Charyn et son irrésistible héros ; ce sera sa dernière trouvaille avant sa mort.


RÉSUMÉ ET ANALYSE DE MARILYN LA DINGUE

      C’est le premier volet d’une tétralogie. Il est rédigé après les autres mais relate des faits antérieurs. Cette série comprend également Zyeux bleus, Kermesse à Manhattan, et Isaac le mystérieux. Elle constitue le noyau d’une œuvre comprenant une quarantaine de livres.

     Sa série policière, mettant en scène le commissaire Isaac Sidel, brosse un portrait mythique de New York. C’est une saga irrésistible, à la fois cynique et drôle, un portrait de New York violent et pittoresque et un hommage à toute cette population d’immigrés Juifs.


     Nous suivons donc Isaac Sidel, le superinspecteur de New York, considéré par beaucoup comme le plus grand flic du monde ; appelé Isaac le Pur ou le Juste, Isaac Sidel est une grande figure de la police new-yorkaise.


     Dans ce roman il y a une foule grouillante de personnages ; on est face à un roman " choral ", plein de personnages secondaires qui gravitent autour des principaux, et qui ont chacun leur passé, leur histoire.


     L’intrigue de ce polar est fondée sur plusieurs histoires qui s’entrecroisent mais dans lesquelles Isaac est toujours central.


- D’un côté sa fille Marilyn, âgée de 25 ans, qui a des difficultés à rester fidèle à ses maris malgré le soin que prend son père de lui trouver des bons partis, toujours brillants et pleins aux as : dès le début du roman, on apprend qu’elle vient de fuir son troisième mari, et se réfugie chez Manfred Coen, dit Zyeux Bleus, l'assistant préféré d'Isaac, son nouvel amoureux. Ce qui ne va pas être du goût de son père, qui essaye toujours de la protéger. Ils se cachent tant qu’ils le peuvent et vivent cette histoire d’amour loin de tous. Quelle va être la réaction d’Isaac quand il l’apprendra ?


- De l’autre côté, un minigang de trois ados appelé " le gang des sucettes" terrorise les petits commerces. Ils attaquent une vingtaine de boutiques en une semaine, ils cognent sur les gens âgés, sont masqués et ne volent pas d’argent. Mais surtout ils s’en prennent aux proches d’Isaac, à sa fiancée, à son bistrot favori et à sa mère qui tient une boutique d’antiquité.

     
     Zyeux Bleus et Isaac Sidel traquent donc ce gang mystérieux des sucettes, en réelle compétition avec d’autres gars de la flicaille new-yorkaise et le FBI. Le but étant de découvrir qui ils sont et quelles sont leurs motivations.


     Pour le découvrir, Isaac va mener son enquête, va suspecter quelques familles de truands aussi terrifiantes que pittoresques, réputées dans la ville, dont les Garibaldi, mafieux siciliens qui contrôlent le quartier de Little Italy ; il va faire fausse route plusieurs fois.


     Mais grâce à son tact, à ses indics très bien renseignés et à son flair de superflic, il va découvrir ce qui se cache derrière les attaques des jeunes ados.


     Ces jeunes sont mus par la jalousie que leur inspire la réussite des autres, et c’est Isaac qui incarne le mieux l’ascension sociale d’un immigré. Il est le symbole du rêve américain, et les ados s’en prennent à lui et à ses proches pour exprimer l’injustice de leur condition difficile.

 

- J’ai constaté que Charyn n’avait pas choisi les prénoms de ses deux héros principaux au hasard, en effet le prénom de Isaac fait référence à Isaac Babel, écrivain que Charyn admire et à qui il a consacré une œuvre, Sténo sauvage, la vie et la mort d’Isaac Babel, paru au Mercure de France en 2007 .C’est également le cas pour le prénom de Marilyn qui est ici un hommage à Marilyn Monroe : Marilyn. La dernière déesse, livre paru chez Gallimard en 2007 ; Charyn retrace son destin à travers cet ouvrage.


RELATIONS PARENTS-ENFANTS : RAPPORT DIFFICILE ET CONFLICTUEL


     Dans ce roman, on constate que Charyn décrit les relations parents–enfants comme très difficiles, comme un éternel conflit, une incompréhension totale.


- Isaac et ses deux vieux amis d’école : Mordecai et Philip ont tous les trois des rapports conflictuels avec leurs enfants respectifs : Marilyn la dingue, Honey Shapiro la prostituée, et Ruppert (qui fait partie du clan des sucettes ; le fameux gang qui sévit dans les quartiers).


- Isaac lui-même est en conflit avec son père, qui a abandonné sa famille il y a longtemps pour s’adonner à sa passion : la peinture. Il va d’ailleurs le revoir au début du roman lors d’un déplacement professionnel à Paris, et va renouer le contact avec lui après plusieurs années d’éloignement. On sent que le temps efface parfois les malentendus et les oppositions ; ici Charyn évoque l’espoir que tout lien n’est pas perdu.


-     Léo, le frère d’Isaac qui est en prison pour défaut de paiement de pension alimentaire, est lui aussi en mauvais termes avec ses deux fils .Ils sont manipulés par leur mère et tiennent les mêmes propos haineux que cette dernière ; il n’a que des relations de rivalité avec eux. Lui-même n’a pas pardonné à son père de les avoir abandonnés, et ne comprend pas qu’Isaac ait pu reprendre contact avec lui.


L’AMBIANCE DE NEW YORK

Aquarelle de Fabrice Moireaucharynmoireau.jpg
Aquarelle de Fabrice Moireau

     Dans ce livre, Charyn ne fait pas vraiment une description de sa ville fétiche dans les détails, mais c’est plutôt une ambiance, une atmosphère qui en ressort.


     Ce n’est pas le New York chic, lumineux, luxueux et clinquant de Broadway qu’il nous décrit, mais plutôt le New York des " pauvres " et des bas-fonds, le New York des poivrots, des prostituées, des truands, des armes, des flics, et de la vie dure. Manhattan dans les mauvais quartiers chez les mauvais garçons.


     Toutes les origines d’immigrés s’y côtoient : les Portoricains, les Italiens, les Juifs, les Chinois, les Blacks…ce qui donne souvent lieu à des conflits . On est dans un New York des communautés qui s’affrontent.


     D’ailleurs dans le roman de Charyn on découvre les chefs de clans comme Amerigo Genussa, chef des Siciliens de Little Italy ou les Guzmann, Latino-Américains, bande de maquereaux qui sèment la terreur en embarquant des jeunes filles pour les faire travailler à leur compte.


LES RAPPORTS AVEC DES ŒUVRES CINÉMATOGRAPHIQUES


     L’univers de Charyn, son ambiance unique, ses personnages m’ont fait penser à certains films américains comme Il était une fois le Bronx, de et avec Robert De Niro ou Donnie Brasco de Mike Newell avec Al Pacino sur la mafia new-yorkaise des années 70 ou encore Il était une fois en Amérique le denier film de Sergio Leone qui traitent tous les trois des immigrés (juifs ou italiens) qui vivent à New York et plus particulièrement dans le Bronx.


     LE RYTHME


     C’est un roman au rythme très soutenu ; dès les premières pages, on entre dans la cadence effrénée de Charyn ; il n’y a pas de pause, et tous les événements s’enchaînent naturellement ; on se croit à certains moments face à un film au rythme endiablé.


     Dès les premières pages on entre dans le vif de l’action, on fait connaissance des personnages principaux, de plusieurs quartiers de la ville et on apprend très vite ce qui va être au centre des préoccupations de tous et surtout d’Isaac.


LES SURNOMS :


     Beaucoup de personnages ont des surnoms, c’est assez déstabilisant (au début), ils ne se contentent jamais de leur patronyme et tout le monde les affuble d'un surnom différent. C’est le cas pour Coen, appelé tour à tour Zyeux Bleus, Manfred, le bouffon d’Isaac.

    
      Ou encore pour Isaac, appelé Sidel, Isaac le pur ou Isaac le juste. Cela peut aussi parfois créer un effet poétique.


     Enfin j’ai remarqué, et ce n’est sûrement pas dû au hasard, mais à la volonté et au talent de Charyn, que le livre commence et termine par les mêmes mots, ou plutôt le même surnom prononcée par Marilyn, le nom de son amoureux : Zyeux Bleus.


     Ce qui laisse penser au lecteur que Charyn fonde son œuvre sur l’espoir, d’une manière poétique.


     Je conseille ce livre à tous ceux qui aiment les intrigues décalées, les personnages déjantés et une ambiance noire sur fond de mafieux, mais attention ce roman ne se prend jamais au sérieux, Charyn use toujours d’un ton drôle et cynique : très bon moment à passer en compagnie de notre cher Isaac et de tous ceux qui l’entourent.


Ségolène, 1ère année BIB-MED

 



    

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