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17 mars 2008 1 17 /03 /mars /2008 16:36

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Jérôme CHARYN
Rue du Petit-Ange
Traduit de l'américain 
par Marc Chénetier
Premiere édition : 1992 (Mercure de France)
400 p.



   






       Isaac Sidel vient d'être élu maire de New York. Dans un mois, il devra prendre ses fonctions. Mais en attendant, il compte bien profiter d'une vie d'anonyme. Pour ce faire, il se cache sous le pseudo de Geronimo Jones, un SDF discret qui dort dans un des refuges de la ville. Jusque là, on ne peut pas dire que les choses soient normales, néanmoins, rien ne semble fondamentalement gênant. Le jour où un Geronimo Jones est retrouvé mort dans cette même auberge, alors qu'Isaac Sidel est lui, toujours bien en vie, le problème devient plus inquiétant. De plus, ce n'est pas seulement un, mais plusieurs Geronimo qui vont être retrouvés morts.


     Les meurtres sont revendiqués par les "Knickerbocker boys", une soi-disant bande d'anciens joueurs de baseball. Tout New York s'agite. L'enquête est menée par le peu loquace commissaire Sweets et son "gangster" de lieutenant La Perruque.


     L'affaire est en réalité bien plus complexe qu'elle ne semble. Au fur et à mesure qu'on les découvre, les personnages se révèlent tous plus ou moins impliqués dans l'affaire : un clan de trois investisseurs immobiliers, le patron de la la plus fameuse boîte de strip-tease du quartier, le légendaire gang des Violets, le grand amour d'Isaac... C'est notamment cette dernière qui ramène Isaac à la rue du Petit-Ange. Cette mystérieuse femme élevée en Roumanie, devenue une sorte d'agent secret, apparaît aussi rapidement qu'elle disparaît, semant le trouble dans l'esprit du futur maire toujours amoureux.


     Les passages consacrés au baseball et au ping-pong donnent une couleur particulière à ce roman policier. On sent la propre passion de Jérôme Charyn dans la description des parties effrénées de ping-pong ; il transmet cet "amour de la balle" qu'il faut avoir pour gagner. Le monde du baseball est, lui, évoqué avec nostalgie, comme si l'on se retrouvait au milieu de vieux joueurs évoquant leurs souvenirs sportifs.


     Rue du Petit-Ange
prend les allures d'un roman policier très gentillet. Les protagonistes jouent les gros durs tout en nous laissant caresser leur cœur tendre. On ne sait jamais tout d'eux, mais l'auteur nous donne toujours l'essentiel, le moment marquant d'une vie, souvent ce qui les a en quelque sorte blessés. Les descriptions ne sont jamais superficielles, ce qui donne aux personnages une véritable présence. De plus, aucun manichéisme ne s'impose, malgré les penchants malsains de certains. On ne peut désigner de "méchant en chef" puisque tout est justifié. L'auteur nous donne à comprendre ce qui motive les actions des personnages, aussi horribles soient-elles parfois. Et même si des intérêts économiques ou politiques entrent en jeu, c'est surtout la psychologie qui est mise en avant. Ici, le facteur humain est véritablement la clé de l'enquête.


     Les uns après les autres, on apprend à connaître les personnages (et leurs mille et un surnoms) comme on découvrirait les visages de ses nouveaux voisins, et de page en page, les liens se tissent. Comme dans un petit village, tout le monde semble se connaître, savoir ce que font les autres et à qui s'adresser en cas de besoin… Du plus petit voyou embauché pour conduire une ambulance au mac' qui gère un réseau de trafics quasi tentaculaire, il y a une place, connue ou non, pour chacun dans cette affaire.


     Le récit forme une grosse pelote dont on tire les ficelles au fil du récit : les solutions se dévoilent d'elles-mêmes, on les devine. La lecture de ce nécessite donc l'implication du lecteur lui-même. De simple spectateur, on peut devenir figurant, tellement les lieux et les personnages semblent familiers, voire enquêteur, en trouvant soi-même les réponses aux énigmes.


     On comprendra donc que Rue du Petit-Ange n'est pas seulement un roman policier. En sachant que Charyn l'a écrit comme une distraction alors qu'il travaillait sur un ouvrage historique et qu'il s'est fortement inspiré de son vécu avec son frère dans la brigade criminelle de Brooklyn, on pourrait presque dire que l'enquête n'est pour Charyn qu'un prétexte pour parler de lui, de ses passions et surtout, de Son New York. En effet, on ne peut que souligner le caractère très humain des personnages et de la ville. Rien n'est matériel, tout est vivant.


     J'ajouterai pour conclure, que c'est cet aspect là, qui a énormément motivé ma lecture. Tout comme Daniel Pennac, il parle des quartiers de la ville comme on ne le fait plus aujourd'hui, c'est-à-dire d'un point de vue véritablement humain et non social.


Karen, 1A Éd.-Lib.

 

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