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21 mars 2008 5 21 /03 /mars /2008 22:20


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J. M.G. LE CLÉZIO
Onitsha
Gallimard (avril 1993)
Collection : Folio
ISBN : 2070387267
289 pages












Biographie :

Jean-Marie Gustave Le Clézio est né le 13 avril 1940 à Nice.LECLEZIO.jpg
Il a commencé à écrire à l'âge de sept-huit ans, un livre intitulé Un si long voyage (auquel il fait référence dans Onitsha). Son premier succès : le Procès verbal pour lequel il a reçu en 1963 le prix Renaudot. Aujourd'hui il a publié une trentaine d'ouvrages de tous genres : contes, romans, essais,...

Dans son œuvre, on peut distinguer assez nettement deux périodes.

De 1963 à 1975, il traite de la folie, de l'écriture, des écrivains de son époque, ...
De 1976 à nos jours, il traite de l'enfance, du voyage, de minorités ethniques ,...

En 1980, Le Clézio reçut le Prix Paul Morand, décerné par l'Académie française, pour son ouvrage Désert.

Onitsha a été publié en 1991


Les personnages

Fintan, un garçon de 12 ans.
Maou ou Maria Luisa, mère de Fintan et épouse de Geoffroy
Geoffroy : père de Fintan et mari de Maou


Le récit

     Il s'agit d'un récit de voyage entièrement romancé avec un fond de vérité, puisqu'on peut voir quelques similitudes entre Fintan et l'auteur.

 

 

     L'histoire se divise en quatre parties qui retraceront les quatre grandes étapes de ce voyage.

  • "Un si long voyage". L'histoire débute le 14 Mars 1948, lors du départ de Maou et Fintan, pour l'Afrique à bord du Surabaya. Tous deux vont rejoindre Geoffroy à Onitsha (au Niger). Fintan qui ne connaît pas son père ne voit pas ce voyage d'un très bon œil tandis que Maou qui n'a pas vu son mari depuis très longtemps trépigne d'impatience.

 

  • "Onitsha". Maou et Fintan doivent adopter les habitudes de vie du peuple nigérian mais aussi celles des colons anglais. Fintan s'adaptera très facilement. Il se liera d'amitié avec le jeune Bony, qui lui fera découvrir bien des choses. Quant à Maou, elle n'arrivera à s'intégrer ni chez les colons dont elle incrimine le train de vie bourgeois et le ton supérieur, ni chez les Africains qui se moquent de son accent et de son mode de vie. Elle se rend compte qu'elle a vécu d'illusions durant tout ce temps et que l'Afrique sauvage et accueillante qu'elle imaginait n'est pas celle où elle vit.

 

  • "Aro Chuku". Le traitement infligé aux Noirs par les colons est clairement décrit et Maou s'insurge contre ces pratiques. Les Anglais s'attendent à ce que Geoffroy la renvoie en France. En plus de la colonisation des Noirs on voit apparaître le racisme entre les Blancs. Maou a la peau trop foncée et l'accent de son Italie natale. Elle sait qu'elle et sa famille ne pourront pas rester à Onitsha et c'est en réalisant cela qu'elle s'aperçoit qu'elle a aimé cette ville et qu'elle ne veut pas en partir.

 

  • "Loin d'Onitsha". Maou, Fintan et Geoffroy repartent en Angleterre où Fintan est admis dans un collège anglais. Maou qui est enceinte d'une petite fille part avec son mari dans le sud de la France. Geoffroy tombe gravement malade et meurt peu avant la fin du roman.


Parallèlement à ce récit de voyage, la quête de Geoffroy, nous est racontée grâce à une mise en page différente.

 

 


Une histoire de l'illusion et de l'oubli

 


     Le récit débute lors du départ de Maou et Fintan pour l'Afrique à bord du Surabaya pour rejoindre Geoffroy qui travaille pour l'United Africa. Ce long voyage qui va durer un mois occupera toute la première partie du roman. Plusieurs fois dans le roman des noms de ports sont énoncés et souvent répétés si bien qu'on a l'impression que le voyage ne se terminera jamais et que l'Afrique restera un mystère.
«Les jours étaient si longs. C'était à cause de la lumière de l'été, peut-être, ou bien l'horizon si loin, sans rien qui accroche le regard. C'était comme d'attendre, heure après heure, et puis on ne sait plus très bien ce qu'on attend ».

     De plus les personnages au fil de ce voyage auront l'impression d'oublier leur vie antérieure.
« [...] c'était un mouvement qui vous prenait et vous emportait, un mouvement qui vous étreignait et vous faisait oublier »
     Cela représente la transition France-Afrique et le changement total de mode de vie, de comportement et de culture. Ce voyage va représenter un réel bouleversement pour Maou et Fintan.
     Maou rêvera d'une Afrique à la nature sauvage, idyllique et poétique. Fintan, lui, qui ne voulait pas partir de France, deviendra de plus en plus curieux de découvrir cette terre. Il finira par s'impatienter de la longueur du voyage.
     Les deux personnages découvrent l'Afrique à travers les fréquentes escales du Surabaya dans les différents ports de la côte africaine. Maou se rend compte que l'Afrique n'est pas aussi belle que ce qu'elle s'imaginait. Elle découvre un pays maîtrisé par les colons, une Afrique occidentalisée.

 

« Maou avait haï [Gorée] dès le premier instant. Regarde, Fintan, regarde ces gens ! Il y a des gendarmes partout !"»

     A son arrivée à Onistha, cette impression ne fait que se renforcer d'autant plus qu'elle ne retrouve pas Geoffroy, l'homme qu'elle a épousé en France, mais quelqu'un d'autre, un personnage transformé par la colonisation et le respect de la hiérarchie.

     La nostalgie des moments qu'elle a vécus en France refait surface et on en apprend un peu plus sur son passé puis elle se laisse envahir par l'Afrique comme si elle n'avait jamais eu d'autre vie.
« Il lui semblait alors qu'il n'y avait rien ailleurs, rien nulle part, qu'il n'y avait jamais eu rien d'autre que le fleuve, les cases aux toits de tôle, cette grande maison vide peuplée de scorpions et de margouillats, et l'immense étendue d'herbes où rôdaient les esprits de la nuit. »
     Dès le début de la troisième partie, Maou sent qu'elle ne pourra pas rester à Onitsha car elle et sa famille ne correspondent pas aux colons. Ils ont chacun un autre projet qui ne convient pas aux Anglais. Autre évolution, Maou s'aperçoit finalement que ce pays qu'elle avait tant détesté, elle a appris à l'apprécier.

« Elle se souvenait, au début elle était si impatiente. Elle croyait bien n'avoir jamais rien haï de plus que cette petite ville coloniale écrasée au soleil, dormant devant un fleuve boueux. [...] Maintenant, elle appartenait à ce fleuve, à cette ville. »

     Elle a fini par comprendre la façon de vivre de ce peuple et même par se faire des amis.

     Les trois caractéristiques principales du roman de voyage : le temps, l'espace et le souvenir sont présentes dans cette première partie.


Le roman d'une quête :

 

    
      Durant le récit on apprend que Geoffroy qui travaille pour les colons anglais, ne reste pas parce qu'il adhère à l'idéologie colonialiste mais se sert de son travail comme d'un prétexte pour suivre les traces de la dernière pharaonne noire Amanirenas morte pendant l'exode de son peuple vers Onitsha. Geoffroy est obsédé par ses recherches et essaye de trouver le moindre indice de ce voyage historique dans la culture, le mode de vie et même sur les tatouages du peuple d'Onitsha. Il croit d'ailleurs déceler chez la mystérieuse Oya des ressemblances avec la pharaonne Amanirenas. Oya est une femme dont personne ne sait rien, qui est arrivée un jour et s'est installée à Onitsha tout en restant à l'écart des autres.
    
     Dès la première page où cette quête est évoquée on apprend que Geoffroy que l'on pensait favorable à ce mode de vie, est en fait dégoûté par tout ce qu'il voit et qu'il ne reste à Onitsha avec sa femme et son fils que pour découvrir le fin mot de ses longues recherches. Le récit de cette quête est présenté comme le rêve de Geoffroy, comme si celui-ci le rêvait au moment présent.

     Outre les petits chapitres matérialisés comme la quête en elle-même, l'obsession de Geoffroy est évoquée plusieurs fois dans le récit ; elle est le noyau central de l'histoire, la raison de voyage.
« Et dans le bureau de Geoffroy, Fintan avait vu un grand dessin épinglé au mur, une carte, qui représentait le Nil et le Niger [...] Entre les fleuves était tracée au crayon rouge la route qu'avait suivie la reine de Méroé, quand elle était partie à la recherche d'un autre monde avec tout son peuple ».

     Geoffroy va même quitter Maou et Fintan durant plusieurs jours afin de se rendre à Aro Chuku une des villes où le cortège d'Amanirenas serait passé. Il ne vit plus que pour cette quête ; il tombera malade et devra rentrer en Europe sans avoir pu terminer ses recherches.


L'Autre

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     Dès le début le personnage de l'Autre est très présent avec la description des colons par Maou.

     Maou vit également l'altérité de près puisqu'elle est italienne ; elle a épousé un Anglais, a dû changer de nom durant la guerre ; elle parle italien, français et anglais et sa famille rejette entièrement Geoffroy parce qu'il est anglais.

« Grand-mère Aurélia ne parlait pas de Geoffroy Allen. Il était un Anglais, un ennemi. La tante Rosa était plus bavarde, elle aimait dire : Porco inglese. Elle s'amusait à le faire répéter par Fintan, quand il était petit. »


     Les Anglais se moquent du langage employé par les habitants d'Onitsha : le pidgin (Il s'agit d'une langue née du mélange des langues européennes et des langues d'Asie et d'Afrique, qui permet l'intercompréhension de diverses communautés).

 

« Il avait cueilli une fleur rouge sur la table, faisait mine de la lui offrir, et : "Spose Missus catch di grass, he die ".


     Les Noirs sont exhibés comme des machines de travail pendant que les colons participent à une réception.

 


     Il y a la colonisation des Noirs mais aussi du racisme entre Blancs : pour les Anglais, Maou a la peau trop foncée et ils attendent que Geoffroy se sépare de cette femme qui ne sait pas se tenir en société et qui parle une langue qui n'est pas la leur.

 


Conclusion

     « Un pays est une succession d'états d'âme » Nicolas Bouvier. Cette citation traduit bien l'Afrique vu par les trois personnages, de même que leur transformation liée à ce pays.


     Cette quête anéantira Geoffroy, laissera à Maou une idée amère du voyage, et chez Fintan une odeur d'inachevé. Ce roman est un périple au sens premier comme au sens figuré. Etymologiquement, « périple » vient du grec périploos qui signifie naviguer en revenant à son point de départ. L'altérité est très présente dans ce roman tant au niveau des relations avec les habitants à Onitsha qu'au niveau de Fintan, Maou et Geoffrey qui représentent eux-mêmes une image de l'Autre.

 


Marion, A .S. Éd.-Lib.

 


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