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23 mars 2008 7 23 /03 /mars /2008 09:17


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Hubert SELBY Jr
Last exit to Brooklyn, 1964
trad. de l'américain par J. Colza,
Albin-Michel, 1970
rééd. collection 10/18











     Last Exit to Brooklyn
est un recueil de six nouvelles de longueurs inégales. Le fil conducteur de ce recueil est le quartier de Brooklyn avec sa misère, son chômage et sa violence. Dans ces nouvelles, Hubert Selby Jr nous montre l’image de l’Amérique des bas quartiers : sexe, violence, drogue et alcool sont les maîtres mots. A l’instar de Louis Ferdinand Céline dans Voyage au bout de la nuit, il nous montre qu’il n’y a plus d’espoir pour les personnages qu’il met en scène de manière si réaliste.

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Un univers sans espoir


     Ce livre est un recueil de nouvelles indépendantes les unes des autres ; néanmoins il est nécessaire de lire l’ensemble de l’ouvrage pour comprendre, avec encore plus de force, l’horreur et la crudité de ces destinées. L’auteur reprend souvent les mêmes personnages, les mêmes prénoms, les mêmes lieux d’une nouvelle à l’autre afin de renforcer l’impression que tous ces destins sont similaires. Ainsi le personnage de Vinnie apparait dans la quasi-totalité des nouvelles : brute sans scrupule que le lecteur voit tour à tour poignarder un homosexuel, tabasser à mort un homme et enfin frapper et hurler continuellement contre sa femme. Le bar du Grec est un lieu récurrent où les hommes se saoulent, se battent ou cherchent une femme pour la nuit. Brooklyn pourrait être un quartier où règne l’entraide du fait que les personnes se fréquentent quotidiennement et sont dans la même situation mais c’est l’image inverse que nous propose l’auteur. La nouvelle " Coda " illustre bien ce phénomène. Elle raconte le destin croisé de différentes personnes habitant le même immeuble. Il n’existe aucune solidarité, aucun lien d’amitié entre les habitants qui pourtant connaissent tous la même situation sociale. Ainsi un groupe de jeunes femmes se retrouvent pour critiquer les autres habitants, regardant impassiblement et sans réaction un bébé en danger sur la terrasse d’un des appartements. De nombreux avis sont placardés car les personnes jettent leurs ordures chez leurs voisins ou encore mettent des excréments dans l’ascenseur. Tout sentiment positif tel que l’amour ou l’amitié a disparu de ce monde urbain où l’égoïsme et la violence règnent.


     Même les enfants, d’habitude porteurs d’espoir, sont dépeints comme des êtres mal élevés, ayant grandi au milieu des cris et des coups de leur parents et destinés au même avenir qu’eux. Les plus grands rackettent déjà les plus petits, leur vocabulaire est grossier et dans la nouvelle " La poursuite " deux jeunes garçons, en jouant, renversent un landau où se trouve un enfant mais aucun des deux ne prend le temps de regarder si le bébé va bien, aucun ne se rend compte de la gravité de la situation.


     Hubert Selby Jr écrit certains passages avec beaucoup de poésie, le lecteur croit ainsi par moments que le bonheur est peut-être possible dans cet univers sombre. Par exemple dans la nouvelle " Coda ", il écrit " L’air était calme et chaud. Elle sourit et regarda les arbres ; les vieux arbres, grands, hauts et forts ; les jeunes, petits, souples, chargés d’espoir ; le soleil éclairait les jeunes feuilles et les bourgeons. Même les petites feuilles sur les haies et la jeune herbe fine et les pousses de pissenlit étaient rendu vivantes par la chaleur du soleil. Oh, c’était si beau. Et Ada remercia Dieu, l’être et le créateur de l’univers qui faisait naître le printemps par la chaleur de son soleil. " Mais cet espoir est tout de suite éteint, renforçant le sentiment du lecteur qu’il ne sert à rien d’espérer, que ces destinées sont vouées à rester à Brooklyn dans la violence et l’alcool. Le passage se poursuit ainsi : " De cette fenêtre on ne pouvait pas voir les terrains vagues et les dépôts d’ordures ". Ada est en fait une vieille femme vivant seule suite à la mort de son mari et de son fils et se mutilant chaque jour.


     Avis personnel

     Last Exit to Brooklyn est un livre dur à lire par les thèmes qu’il aborde mais aussi par le style typographique qu’il propose. En effet aucune ponctuation de dialogue n’est présente, l’auteur emploie des capitales pour les répliques criées et il existe peu de paragraphes ; le livre forme ainsi un bloc où il n’est pas toujours facile de se repérer ni de deviner qui est en train de parler. Ensuite, par son ton cru et réaliste, le style de Hubert Selby Jr dérange. Aucune morale, aucun recul n’est proposé. L’auteur raconte les faits tels qu’ils sont sans chercher à distinguer le bien du mal ou à introduire son opinion. Le lecteur se sent comme un intrus dans la vie de ses personnages, pour qui il n’éprouve ni sympathie ni compassion. En effet, malgré la misère dans lequel ils vivent, par leurs actions (bagarre, meurtre, alcool), les personnages ne suscitent aucune sympathie chez le lecteur. Ainsi dans la nouvelle " Tralala ", une jeune fille de 15 ans que l’on peut qualifier de " facile " meurt d’une manière horrible : " ils aperçurent Tralala étendue nue couverte d’urine, de sang et de sperme ". Pourtant le lecteur n’arrive pas à être totalement horrifié de cette mort car Hubert Selby Jr, par son style, nous la propose comme presque évidente et allant de soi. De même, dans la nouvelle " La grève ", le lecteur voit évoluer le personnage de Harry, homosexuel refoulé qui ne supporte pas l’autorité. Il apparaît comme un personnage très énervant mais en même temps à la personnalité complexe. Aucune indication sur son passé, ses parents ne permettent de comprendre son caractère ni le fait qu’il ne supporte pas que sa femme le touche. Dans ce recueil, l’acte sexuel n’apparaît jamais comme un acte d’amour mais toujours comme un acte purement physique destiné à soulager une pulsion. L’auteur nous présente juste une tranche de vie prise à un moment donné, sans réflexion, ni éléments explicatifs qui pourraient amener le lecteur à compatir. Cette lecture ne laisse pas indifférent, abandonnant le lecteur à une réflexion sur la notion de moralité.


      Last Exit to Brooklyn est donc un livre à lire et qui ne laissera personne insensible. Loin du rêve américain habituellement décrit, ce recueil permet de découvrir une autre facette des Etats-Unis, une vision où le bonheur et l’amour sont absents, remplacés par la violence et l’alcool.


     "J'écoute le remuement sordide de la misère, j'entends la musique de la souffrance. J'entends ses cris, puis je la visualise, mes yeux l'enregistrent, et quand tous mes sens sont en alerte une formidable émotion me prend aux tripes et les mots s'écrivent d'eux-mêmes sur la machine ". Hubert Selby Jr

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Coralie, 1A Éd.-Lib.

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