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11 avril 2008 5 11 /04 /avril /2008 22:22

Paul AUSTER
La Nuit de l’oracle
Traduction de l’américain :
Christine LE BŒUF
ACTES SUD
Collection BABEL, 2004














Fiches de Sandrine et Caroline.



Fiche de Sandrine


1) RÉSUMÉ


Les personnages de Paul Auster

Sidney Orr personnage principal

Grace Tebbets femme de Sidney

John Trause oncle de Grace et ami de Sidney

Jacob Trause fils terrible de John


Les personnages de Sidney Orr

Nick Bowen éditeur

Eva Maxwell petite fille d'un écrivain

Rosa Bowen femme de Nick

    
     L’histoire est celle de Sidney Orr, un écrivain de 34 ans, qui sort d’une longue maladie et doit réapprendre à marcher. Au cours d’une de ses promenades rééducatives, il achète un carnet de notes dans une nouvelle papeterie tenue par un Chinois.

     Quand il rentre chez lui, Sidney se met à écrire ce que lui avait conseillé son ami l’écrivain John Trause : une reprise de l’histoire de Flitcraft (un personnage de Dashiell Hammett qui a décidé de tout quitter pour recommencer sa vie ailleurs juste après avoir échappé de justesse à la mort).

     Le héros de Sidney est un éditeur, Nick Bowen ; il est marié et quelques jour après avoir reçu un manuscrit de la main de la petite fille d’un auteur, il échappe in extremis à la mort. Après cet incident, il décide de ne pas rentrer chez lui et de recommencer une nouvelle vie. Il part donc à l’autre bout des États-Unis et se fait embaucher par un ancien chauffeur de taxi. Il travaille comme gérant d’une collection d’annuaires téléphoniques dans un bunker désaffecté. Mais il se retrouve accidentellement enfermé à l’intérieur d’une chambre forte.

     À ce moment-là, l’inspiration de Sidney cesse et les ennuis commencent. Les événements se succèdent à une vitesse folle. Sa femme lui apprend qu’elle est enceinte et quand Sidney l’annonce à son ami, celui-ci lui dit d’emblée qu’il faut qu’elle avorte. Puis John demande à Sidney d’aller rendre visite à son fils (drogué et violent) qui se trouve dans un centre de désintoxication. Cette rencontre se passe mal et Sidney, bouleversé, décide d’écrire sur les relations (supposées) de sa femme avec John Trause avant qu’il ne fasse leur connaissance. Cette relation incestueuse que Sidney a pourtant inventée semble tout à fait plausible et lui met sous les yeux l’évidence que sa femme n’est pas enceinte de lui, mais de son ami John (l’oncle de Grace)…

 

2) LE STYLE DE L’AUTEUR ET LES THÈMES ABORDÉS

   
  L’histoire est racontée à la première personne par Sidney Orr (le personnage de Paul Auster). À son récit, il ajoute des notes (parfois aussi volumineuses que le texte lui-même) au bas des pages pour apporter des précisions au lecteur.

     Sidney incorpore à son récit : le roman qu’il est un train d’écrire, l’histoire du manuscrit que son personnage (l’éditeur) reçoit, le passé de sa propre femme, celui de John Trause…etc.

     Les thèmes de l’écriture, de l’inspiration, de la frontière entre le réel et l’imaginaire sont extrêmement présents tout au long de l’histoire. Sidney se pose beaucoup de questions sur la nature de son inspiration et sur son mystérieux carnet de note. Il lui attribue un caractère plus ou moins " magique ", fantastique et quand l’inspiration cesse, l’écrivain est désarmé et se sent perdu.

     Jouant sur la frontière entre le réel et l’imaginaire, Paul Auster multiplie les coïncidences et les choix que font ses personnages. Par exemple :

  •  Sidney Orr, le personnage principal de Paul Auster, donne à la femme de son héros, Nick Bowen, les même traits physiques que sa femme à lui (Grace).
  • La maison du héros de Sidney est une copie de l’appartement de son ami l’écrivain John Trause.
  •  Ensuite, les choix que fait Sidney de mettre dans son roman des éléments directement tirés de la réalité l’amènent à devenir un peu schizophrène, à ne plus trop savoir s’il est en train de vivre l’histoire de son propre héros ou s’il est dans la réalité.
  •  Trause est un anagramme de Auster.
  • John Trause utilise les mêmes carnets " magiques " que Sidney.
  • Le manuscrit que reçoit Nick Bowen porte le même titre que le livre : La Nuit de l’oracle.


3) MON AVIS

 
     Ce livre est en tous points étrange. Il est assez complexe par toutes ses histoires enchâssées (l’histoire de Sidney Orr, celle de son personnage Nick Bowen, celle du manuscrit que Nick Bowen reçoit, l’histoire de tous les autres personnages du livre qui finissent toujours par se mêler, etc.). En revanche, il reste très accessible parce que Paul Auster a une écriture fluide et qu’il utilise un vocabulaire simple. De plus, il s’arrange pour toujours laisser un élément mystérieux, non expliqué et non élucidé.

     J’ai plus eu l’impression d’avoir été portée par l’histoire que d’en avoir compris toutes les subtilités. C’est sans doute pourquoi la fin est bouleversante : tout va très vite, les éléments s’enchaînent, on sent la fin approcher mais elle reste brutale.


Sandrine, 1ère année Bibliothèques-médiathèques

 






Fiche de Caroline

 

1) Résumé de La Nuit de l’oracle

    
     Ce roman comporte deux, voire trois histoires en une, ce qui le rend complexe mais pas incompréhensible pour autant.

     La trame principale concerne Sidney Orr, le narrateur. Sidney raconte à la première personne des événements qu’il a vécus environ vingt ans auparavant, en 1982. Cette année-là, il se relève d’une longue maladie et reprend peu à peu goût à la vie, entouré de sa femme Grace et de son ami John Trause. Sidney est écrivain, mais l’inspiration lui fait défaut. Un jour en se promenant dans Brooklyn, près de son quartier, il découvre une papeterie singulière, le Paper Palace. Elle est tenue par un Asiatique assez étrange, M. Chang. Sidney y achète un carnet bleu venant du Portugal ; il ressent alors " quelque chose de comparable à un plaisir physique, une bouffée de bien-être soudain et incompréhensible " (p.13). Sitôt rentré chez lui, il s’installe à sa table et se met à écrire...

     L’histoire que rédige Sidney constitue la trame secondaire du roman. C’est Trause qui lui en a donné l’idée : " il faisait allusion à l’histoire de Flitcraft dans le septième chapitre du Faucon maltais [de Dashiell Hammett], cette curieuse parabole que Sam Spade raconte à Brigid O’Shaughnessy, où il est question d’un homme qui sort de sa propre vie et disparaît " (p.20). Ce Flitcraft est un individu qui mène une vie tranquille et heureuse, jusqu’au jour où il manque de se faire écraser par une poutre tombée d’un immeuble en construction. Il se rend alors compte que le monde est régi par le hasard, et il décide de tout quitter en se soumettant à cette force qu’il considère toute-puissante.

     Sidney reprend cette idée en créant le personnage de Nick Bowen, un éditeur. Celui-ci prend un avion pour Kansas City, où il se retrouve employé par un certain Ed Victory, qui lui demande de l’aider à réorganiser le classement de sa collection d’annuaires du monde. Ce " Bureau de préservation historique " n’est pas un simple hobby : cette collection cachée dans un entrepôt souterrain représente toute une vie de travail pour Ed, qui l’a commencée en 1946 pour une raison bien particulière… " Cette pièce contient le monde, […] ou du moins une partie. Les noms des vivants et des morts. Le Bureau de préservation historique est une maison du souvenir, mais c’est aussi une châsse pour le temps présent. En rassemblant ces deux choses en un lieu, je me démontre que l’humanité n’est pas finie. […] J’ai vu la fin de toute chose […] Je suis descendu dans les entrailles de l’enfer, et j’ai vu la fin. Si vous revenez d’un voyage pareil, quel que soit le temps qu’il vous reste à vivre, une partie de vous sera morte à jamais. – Quand est-ce arrivé ? – Avril 1945. Mon unité se trouvait en Allemagne, et c’est nous qui avons libéré Dachau ".

     Nick Bowen finira enfermé dans la petite chambre attenante à cette étrange bibliothèque, coincé parce qu’il a oublié de garder les clés sur lui et parce que Ed est décédé à l’hôpital après un infarctus… Arrivé à ce point de son récit, Sydney ne sait plus comment sortir son personnage de cette impasse.

     La troisième histoire est un roman appelé La Nuit de l’oracle… Il s’agit d’un manuscrit confié à Nick Bowen par la petite-fille de Sylvia Maxwell, auteur fameux des années 1930. C’est l’histoire de Lemuel Flagg, un soldat anglais blessé pendant la Première Guerre mondiale ; il devient aveugle et acquiert dans le même temps la capacité de voir l’avenir. Ce don est pour lui une bénédiction, puisqu’il lui permet de vivre riche ; mais c’est aussi une malédiction, qui le conduira à se suicider la veille de son mariage, sachant que sa fiancée le trompera.

     À la fin du roman d’Auster, Sidney ajoute une dernière histoire dans le carnet bleu : il imagine ce qui s’est véritablement joué entre lui et Grace dans la tourmente des derniers jours. En réalité, il découvre ce qu’il savait déjà au plus profond de lui, ce qui bouleversait sa femme à ce point… En se débarrassant du carnet, il décide d’affronter le futur qu’il avait pressenti. La fin du roman est à la fois dramatique et porteuse d’espoir.


2) Les caractéristiques de ce roman


     Paul Auster est un auteur qui joue avec des thèmes récurrents. Il y a dans ses romans une part de hasard, de coïncidences que l’on n’attend pas dans la fiction, où l’on recherche habituellement la vraisemblance. C’est une construction esthétique caractéristique de la modernité en littérature.

     Dans La Nuit de l’oracle, Auster mène une réflexion sur le pouvoir des mots : sont-ils capables de prédire l’avenir ou même de le provoquer ? John Trause raconte à Sidney l’histoire d’un écrivain persuadé d’avoir provoqué la noyade de sa fille en écrivant un poème sur un sujet semblable. Sidney trouvait auparavant stupide que cet écrivain ait arrêté d’écrire, mais il a changé d’avis à la fin du roman. Il décide de déchirer le carnet bleu pour, en quelque sorte, conjurer le sort, et il se rappelle le discours de son ami : " Les pensées sont réelles, disait-il. Les mots sont réels. Tout ce qui est humain est réel et parfois nous savons certaines choses avant qu’elles ne se produisent, même si nous n’en avons pas conscience. Nous vivons dans le présent, mais l’avenir est en nous à tout moment. Peut-être est-ce pour cela qu’on écrit, Sid. Pas pour rapporter des événements du passé, mais pour en provoquer dans l’avenir " (p.217). Sidney réalise que son état de convalescent lui a permis de ressentir " les forces invisibles du monde ", les pensées et les sentiments des autres ; et que c’est ainsi qu’il a créé le personnage de Lemuel Flagg, le héros aveugle de La Nuit de l’oracle, " cet homme si sensible aux vibrations qui l’entouraient qu’il savait ce qui allait se passer avant que n’aient lieu les événements eux-mêmes " (p.218). Sidney ne sait pas si ses écrits ne sont que le reflet des choses à venir ou bien s’il les a déclenchées en écrivant, mais ce qu’il sait au moment de détruire le carnet, c’est que " le futur était déjà en [lui], et [qu’il se préparait] aux désastres à venir " (p.218).

     Auster s’intéresse ainsi au processus de la création littéraire : l’inspiration va et vient, les histoires terminent parfois dans des impasses… L’écrivain est-il l’esclave de son œuvre ? Dans ce cas précis, c’est une question très intéressante puisque Auster a eu l’idée de ce roman en 1990, soit treize ans avant sa publication. Il a dû revenir au manuscrit à de nombreuses reprises avant de le sentir achevé. L’histoire de l’écriture de La Nuit de l’oracle souligne une autre caractéristique des œuvres d’Auster, qui est le lien très fort entre la réalité et la fiction. Au départ, le réalisateur Wim Wenders a demandé à Auster d’écrire un scénario de film, qui se fonderait sur l’histoire du Flitcraft d’Hammett…Finalement le projet est tombé à l’eau, mais l’écrivain a gardé l’idée en tête, sans savoir quelle construction utiliser. En 1998, il trouve enfin la structure adéquate : pas de chapitres, et de longues notes de bas de page contenant des digressions qui permettent de mieux comprendre les personnages de la trame principale (Sidney, Grace, John…). Auster aime confondre le réel et la fiction, ce qui peut parfois être assez perturbant pour le lecteur. Ainsi, l’épouse du héros, Grace, ressemble énormément à Siri, la femme d’Auster ; " Trause " est l’anagramme d’Auster, et tout comme ce personnage, l’auteur a souffert d’une phlébite… Dans le roman, un réalisateur d’Hollywood commande à Sidney une adaptation de La Machine à explorer le temps de H.G. Wells ; finalement son scénario est refusé car " trop cérébral ", ce qui est vraiment arrivé à Auster dans la réalité. Les notes de bas de page sont écrites du point de vue de Sidney, mais il se confond avec Auster de manière troublante, notamment parce que la narration et l’écriture ont lieu en même temps (vers 2002). Aux pages 115 et 116, on peut voir la reproduction de la couverture et d’une page de l’annuaire 1937-1938 des téléphones de Varsovie. Dans une note, Sidney raconte qu’un ami le lui a offert, et que ses grands-parents y sont probablement mentionnés sous le nom d’Orlowsky ; il se trouve que la famille de Paul Auster est originaire d’Europe de l’Est, et qu’il possède réellement cet annuaire.

     Ce mélange entre le réel et la fiction est une des spécialités de Paul Auster. Il sème ainsi encore plus le doute sur la vraisemblance de ce qu’il écrit ; certaines choses sont vraies, d’autres à moitié, d’autres pas du tout… Mais le lecteur n’a aucun moyen de le savoir, et c’est aussi ce qui fait tout le charme de ces romans.

     Le titre lui-même, " La Nuit de l’oracle ", fait référence à l’histoire qui est au fond de toutes les boîtes composant le roman, la " plus petite des matriochkas " en quelque sorte. Cela signifie-t-il que le lecteur doit toujours chercher à voir plus loin pour mieux comprendre ce qui l’entoure ? Le mot " oracle " rappelle la thématique de la prédiction du futur. Auster écrit-il lui aussi pour conjurer le sort ?

     Je vous conseille vraiment ce roman magnifiquement écrit, beau et émouvant. Il parle tout simplement de ce que c’est que d’être humain. Brooklyn Follies est peut-être encore plus touchant de ce point de vue-là, et je vous le recommande aussi.


Caroline CHABOT, 1ère année ED.-LIB.

 

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Published by Sandrine et Caroline - dans roman urbain moderne et contemporain
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commentaires

Marion 02/11/2009 03:03


C'est faux, les personnages ne sont pas Eva Maxwell et Rosa Bowen, mais bien l'inverse!


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