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Biographie :
Pierre Loti est né le 14 janvier 1850 sous le nom de Julien Viaud dans une famille bourgeoise
protestante de Rochefort et mort en 1923. Il entre dans la marine à 17 ans, après avoir été reçu à l’Ecole Navale. Il fait son premier voyage en 1869 en Méditerranée, voyage qui sera suivi de
nombreux autres à travers le monde, comme en Egypte, Turquie, à Tahiti, Dakar, au Tonkin ou à Saïgon. A la suite de ces voyages, il écrit des articles pour les journaux de la métropole, avec des
dessins, mais aussi pour lui-même, sous la forme de journaux intimes comme il l’a toujours fait. Il prendra l’habitude de se rendre dans des salons parisiens et est élu membre de l’Académie
française en 1891. Son premier livre, Aziyadé, publié en 1879, est une aventure autobiographique. Loti est l’auteur de nombreux autres ouvrages comme Pêcheurs d’Islande ou
Ramuncho, qui connaissent un succès populaire dans une époque coloniale où la demande en récits de voyage est assez forte.
L'oeuvre :
Madame Chrysanthème est le récit autobiographique de Pierre Loti lors de son voyage au Japon à Nagasaki au
cours de l’été 1885 avec son frère Yves. Le livre est présenté sous la forme d’un journal intime, écrit au jour le jour, mais l’auteur l’a retravaillé et rédigé par la suite, et il sera publié en
1887, avec des illustrations.
Le récit débute par l’arrivée au Japon en bateau, au milieu de la nature sauvage, comme dans un rêve, entouré de fleurs, hauts rochers et chants d’oiseaux. Mais Loti est très vite désenchanté en voyant Nagasaki car il est déçu de la banalité de la ville qui ressemble à l’Amérique, et de ses habitants. Quand ils accostent enfin, ils sont aussitôt assaillis par la foule, avec les nombreux vendeurs, et la première impression du narrateur est assez mauvaise car il qualifiera tout ce monde de " laid " et " grotesque ". Ce n’est que lorsque la foule a disparu, que la nuit apparaît , que le Japon dévoile son côté merveilleux.
Pierre Loti ne perd pas son temps et dès le premier jour il se fait accompagner par un porteur à une maison de thé recommandée par des amis européens, pour trouver une femme. Il a en effet projeté de se marier, comme la plupart des Occidentaux débarquant dans le pays, chose courante et temporelle. Il se marie donc six jours plus tard après un rapide choix fait parmi les quelques jeunes femmes qu’il reste à sa disposition, présentées par un certain monsieur Kangourou. Ces femmes, sortes de geishas, sont éduquées pour le mariage et vendues pour un temps par leur famille, un peu comme une marchandise ou un jouet, comme un " petit chien savant " selon Loti. Il obtient la permission d’habiter une maison, avec sa femme nommée madame Chrysanthème, pendant la durée de son séjour au Japon. De ce mariage, Loti attendait le divertissement, mais le résultat est plutôt contraire car il s’ennuie et se sent seul, lassé de ce qui l’entoure. Il vit à la façon des Japonais, typiquement, en partageant les mœurs raffinées de ses hôtes, avec sa femme, ses amies et sa famille, sans histoire d’amour. Pourtant, malgré cette déception sentimentale et cet ennui, Loti s’amuse à observer les mœurs, habitudes et coutumes du pays, en passant tour à tour de la déception à l’enchantement, dans un monde qui lui semble artificiel, avec partout de la préciosité et du raffinement inutiles, où tout est petit, les femmes comme la vaisselle qui est comme de la dînette pour enfant, et la maison semblant pouvoir se démonter comme un jouet. Le but n’est pas forcément de comprendre le pays, mais surtout d’observer et de ressentir, et éventuellement de comparer avec les autres pays visités auparavant. Loti décrit ce qu’il fait, voit et sent, car il voudrait surtout pouvoir se rappeler et faire connaître des choses plus particulières du Japon, comme la lumière du jour, le son des instruments de musique ou les odeurs du jardin. Il y a peu d’intrigue et d’action dans le livre, mais c'est le reflet de son voyage, dans lequel les journées sont monotones et tranquilles, et le récit n’est cependant pas ennuyeux pour autant, car les descriptions y sont nombreuses et brèves. Il est plaisant de voir le pays à travers les yeux d’un Européen, qui s’étonne de certaines particularités qu’il ne comprend pas toujours. Pierre Loti est assez critique, peut se moquer des gens, être même sarcastique, voire odieux vis-à-vis du Japon et de ses habitants, mais il est assez amusant d’avoir sa vision personnelle des choses pour nous faire découvrir le pays, à la fin du XIXe siècle, avec les différentes particularités, traditions et cérémonies d’un voyage exotique. Pierre Loti, malgré ses déceptions et ses critiques, repartira assez content de son voyage duquel il rapporte de nombreuses caisses et paquets, remplis de souvenirs du Japon. Il ne sera pas triste de quitter madame Chrysanthème, qui, elle, le dernier jour, comptera ses sous.
Ce récit de voyage, écrit simplement, décrit bien le Japon traditionnel de l’époque et montre la complexité de la difficulté de la rencontre avec l’autre, qui n’est pas
toujours compréhensible. C’est un récit assez drôle lorsque l’on prend du recul avec notre propre vision, par rapport à l’époque actuelle. Cette histoire, racontée par un personnage relativement
odieux et hautain mais qui n’en est pas moins attachant, connut un réel succès dans une époque de japonisme, et fut prolongée par d’autres auteurs comme Félix Réganey avec Le Cahier rose
de madame Chrysanthème ou adaptée à l’opéra ( Madame Butterfly).
Sibylle, Ed.-Lib. 2A