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13 avril 2008 7 13 /04 /avril /2008 10:22

Eric CHEVILLARD,
Oreille Rouge,
éditions de Minuit,
Collection " Double ", 2005,
160 pages, 7,5 euros.











Illustrations de Gaëlle


Quelques mots sur l'auteur :


     Eric Chevillard est né en 1964 à La Roche-sur-Yon, en Vendée. Ce jeune quadragénaire fréquente des écrivains publiés depuis les années quatre-vingt par les éditions de Minuit tels que Jean Echenoz, Jean-Philippe Toussaint, ou François Bon. Depuis 1987, cet écrivain prolifique a publié plus d'une dizaine de romans, dont Un fantôme en 1995 ou encore Les absences du capitaine Cook en 2001. En 2005, il est invité près de Bamako dans une résidence d'écrivains. Ce fut l'un de ses rares voyages et la matrice de son treizième roman, Oreille Rouge. La critique comme le public saluent son humour décapant et son style singulier qui s'affranchit des conventions linguistiques. Outre son activité d'écrivain, il investit beaucoup de son temps pour l'hebdomadaire Le Tigre. Sans l'orang-outan, son quinzième roman, est paru en septembre 2007.

 




Résumé :

 


     Oreille rouge, c'est l'histoire des tribulations drolatiques d'un écrivain bonhomme et bougon, invité en résidence d'écrivain dans un village malien, sur les bords du Niger. Le Mali ? Il n'y pense même pas. " Il se verrait plus naturellement accoucher de onze chiots." Pour ce pantouflard de première, se rendre en Afrique est vain, toute la matière étant déjà dans son esprit ; "Son imagination limitée convoque aussitôt la girafe et l'éléphant". Pourtant, l'Afrique s'immisce peu à peu dans son quotidien. Après quelques semaines, notre anti-héros se résout malgré lui à quitter sa campagne verdoyante pour aller à la rencontre d'un fantasme vivant : l'Afrique.

 



     Comme aucun voyage ne va sans son lot de mésaventures, celui d'Oreille Rouge commence sur les chapeaux de roue avec un coup de poing reçu en pleine figure par son voisin dans l'avion peu avant qu'il ne décolle. Néanmoins, rien ne l'arrête ; Il repart quelques jours plus tard, paré de son carnet de moleskine noire sous le bras, bien décidé à conquérir le continent africain du bout de sa plume. Son dessein étant d'écrire un poème contenant modestement l'âme de l'Afrique toute entière.

 

     Oreille rouge a apporté dans son sac à dos occidental toutes les représentations construites à travers ses lectures, conditionnant alors sa vision de l'Afrique. Ses références littéraires, allant de Tintin à Rimbaud, sont inscrites dans son imaginaire comme ses premières impressions du continent, au point qu'il souhaite que la réalité soit conforme à ces récits. Sur place, il découvre la version non édulcorée de Bamako, où les automobilistes marchent derrière leurs voitures, les cyclistes à côté de leurs vélos. Baroudeur de choc aspergé de lotion anti-moustique, il explore la savane avec le jeune autochtone Toka. Il s'engage alors dans une course poursuite effrénée après son animal totem, l'hippopotame, qui jamais ne montre le bout de ses narines. Agacé de ne pas rencontrer ses curiosa de la faune africaine, il établit des citations à comparaître pour titiller la girafe, l'hippopotame, ou encore le lion. Lorsque le mal du pays se fait sentir, il se laisse bercer par une pause balzacienne, à l'ombre du soleil brûlant qui lui rougit les esgourdes.

     Parti en scaphandrier et avec une brouette de médicaments, il se met peu à peu à se dénuder, nous révélant alors des parties touchantes et insoupçonnées de sa personnalité. Il s'attendrit devant de petites babioles d'éléphants, alors même qu'en France, il aurait pouffé devant leur ridicule.

     De retour en France, Oreille rouge est devenu l'Africain du village. Il raconte ses souvenirs, ses impressions d'Afrique, quitte à ennuyer ses proches. Il adopte même un comportement environemental irréprochable. Quelques jours plus tard, il retrouve sa peau, ses habitudes, son costume original ; " Son pèse-personne imperturbable atteste qu'il ne s'est rien passé, 72 kilogrammes, les mêmes. "

 


Critique :


     Chevillard signe avec ce récit une belle parodie de littérature de voyage en nous livrant un regard lucide et amusé sur sa propre expérience, bien loin des clichés de cartes postales. Avec humour et dérision, l'auteur nous fait part de ses remarques amères et percutantes sur le quotidien de la vie au Mali. Ce livre regorge de métaphores jouissives, de jeux de mots polysémiques qui éclairent des réalités que le réalisme fait fuir. L'écriture subtile et le ton toujours juste de Chevillard met ainsi en lumière ce décalage frappant qui existe entre le mythe et la réalité africaine. Que vous soyez baroudeur de l'extrême, casanier chauvin, ou bien adepte du Club Med, ce récit de voyage est à lire absolument.

 

Morceaux choisis :


" Devant sa case de banco et de paille, une femme pile du mil, son enfant accroché sur le dos, à la ceinture. L'homme à côté élague des branches avec son coupe-coupe. Ce même tableau est suspendu sous le ciel de l'Afrique depuis des siècles. " (p.109)

 

" Pour entrer lui aussi dans le tableau, il faudrait qu'il soit vu par un autre, de dos assis sur sa pierre. Ici enfin la présence du lecteur est requis. " (p. 123)

" Nous feignons volontairement d'être dupes de l'illusion romanesque mais s'il s'agit d'un reportage, nous sommes en droit d'attendre des preuves, au moins un minimum de vraisemblance. L'absence d'hippopotame est déjà fort préjudiciable à la crédibilité de ce récit. " (p. 117)

 Evoquant la girafe : " Ou bien alors, courant en tout sens pour te trouver, je suis sous toi, et l'Afrique tient entre tes quatre pattes. "( p.62)

" L'Afrique tient avec trois bouts de ficelles dont un élastique, et dix points de soudure. "(p. 70)


Gaëlle, Ed.-Lib 2A

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