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16 avril 2008 3 16 /04 /avril /2008 07:29


LA BEAT GENERATION

 

1-Qu’est-ce que la Beat Generation ?


     Jack Kerouac évoque pour la première fois la Beat Generation en 1948 à New-York, pour décrire son groupe d’amis au romancier John CLELLON, qui en donne une définition officielle dans le New-York Times en 1952. Le terme a été universellement accepté par les critiques comme étant le plus adéquat pour décrire une rébellion sociale et littéraire d’importance en Amérique, un mouvement représenté par un petit groupe de poètes, romanciers et artistes authentiques et doués, ainsi que par un nombre bien plus grand de jeunes gens oisifs. Il est cependant nécessaire de comprendre avec plus de précision ce que Kerouac voulait dire en parlant de " Beat ", car l’expression n’est pas en elle-même suffisamment explicite.

     Gerard Millstein l'assimile à un " désir forcené de croire ".

     Jack Kerouac affirmait que Beat évoquait le rythme de jazz, et était une autre façon de dire " Béatitude ". Il a donc insisté sur les deux aspects qui caractérisaient la nouvelle génération : la révolte et l’attitude religieuse. Le mouvement beat est porteur d’un espoir de libération et de nombreux écrivains noirs y adhèrent. La Beat Generation c’est aussi une rupture certaine avec la littérature de la première moitié du 20ème siècle. Dans cette première moitié on cherche à comprendre et à analyser les causes d’un événement et à trouver des solutions de masse comme le militantisme pour sauver le monde. La Beat Generation observe le chaos dans lequel le monde de l’époque se trouve. La littérature des années 1950 rend compte de ce désordre ambiant. On essaye de se sauver soi-même et l’individualisme et présent partout à cause du dégoût des autres. Ce dégoût provient, nous le verrons, du système politique américain de l’époque.

 

2-La naissance de la Beat Generation


     La Beat Generation est née en 1948 et représentait une forme de rébellion sociale, la revendication d’une ère nouvelle.

 


     Cette génération fut extrêmement marquée par l’horreur de la Seconde Guerre mondiale et la mégalomanie du dictateur Hitler. Un grand nombre de jeunes doutaient des valeurs de la société dans laquelle ils vivaient et n'avaient plus confiance en leur gouvernement. Ils ne pensaient qu’à la destruction psychologique qu’avaient subie des millions d’hommes et de femmes durant la guerre. Il semblait que le monde ne retrouverait pas sa sérénité.

 


     Les Etats-Unis déjà grande puissance mondiale ne faisaient que subir la Guerre froide qui succéda à la Seconde Guerre mondiale. Bien que Kérouac fût encore très jeune à la fin de la guerre, il prit conscience des conséquences de ce drame sur la psychologie de la jeunesse américaine. Elle ne croit plus en la morale ni en ses valeurs. Le rêve américain a été ébranlé sous ses yeux et personne n’a plus confiance en ses promesses de paix. La grande Amérique n’empêche pas les scandales sociaux tels que le racisme et la pauvreté de certains états et populations.

 


     La Beat Generation naît de l'absurdité de la civilisation américaine, matérialiste et conformiste. La violence règne en maître et l’apparition des armes nucléaires révolte une minorité, qui s’aperçoit que le peuple américain a une confiance aveugle en des " pseudo-valeurs " sans fondement, qui les entraînent vers une destruction morale. La Beat Generation est une révolte sociale, qui a pour but de détruire les valeurs traditionnelles et de faire comprendre au peuple américain qu’elles sont obsolètes. La Beat Generation fut un véritable phénomène de société.

 

 Allen Ginsberg


3-Les Beatniks

 



     Les Beatniks sont les acteurs de la Beat Generation. Certains d’entre eux sont d’authentiques " clochards célestes " (Bowery Bums), d’autres sont mariés et ont des enfants. La Beat Generation n’est donc pas réservée aux jeunes. Un phénomène d’une telle envergure a ses idoles, ses règles, ses tabous.

 


     Leurs idoles : le jazzman Charly Parker, le poète Dylan Thomas, James Dean ont personnifié l’angoisse et la révolte. Kenneth Rexroth, beatnik, écrivit de Charly Parker et de Dylan Thomas : " Tous deux ont été submergés par l’horreur du monde dans lequel ils se sont trouvés. Pour eux, c’était l’agonie et la terreur. "

 


     " To be beatnik " : être beatnik ,c’est aussi une affaire de style. Il est de bon ton de porter un béret, comme Fidel Castro et Che Guevara. Les hommes ont le visage imberbe, excepté un léger bouc. Les femmes ont les yeux chargés d’ombre à paupière. Elles évoluent en ballerines tandis qu’ils portent des sandales, signe extérieur de pauvreté. Leurs vêtements sont chinés au marché aux puces. Le neuf est banni des garde-robes.


     Les refus : leur but était de faire entendre leurs idées sans toutefois entrer dans un jeu politique. Car pour eux les hommes politiques ne peuvent pas être des hommes de confiance


     Etre beatnik c’est manifester ; un beatnik est un rebelle et refuse toute convention ou presque. Quelque slogans de manifestants beatniks :

-
     " Nous sommes beatniks ,nous ne travaillons pas MAIS pour montrer que nous sommes REVEILLES et INTERESSES par les affaires du monde : NOUS MANIFESTONS !!! Ne sommes-nous pas cool ? "


     -" Nous sommes étudiants, chaque jour de la semaine, nous travaillons, le vendredi nous sommes ivres, et le samedi nous manifestons ! N’est-ce pas fun ? "


4-Contre quoi les Beatniks se battent-ils ?

 
     La rébellion Beat contre l’American Way of Life et contre les "squares" est essentiellement une révolte individualiste contre le collectivisme et le matérialisme.


     Les " Squares " sont ceux qui sont toujours occupés, qui ne se relaxent jamais et ne profitent pas de la vie. Ils sont rigides et conformistes, ils suivent aveuglément les règles et les codes sociaux de l’American Way of Life.


     Les " Hipsters "refusent de vivre dans ce que Henry Miller appelait un " cauchemar climatisé " et Kerouac la " folie absolue et la fantastique horreur de New York avec ses millions et ses millions d’êtres humains qui se battent indéfiniment entre eux pour un dollar ". Ils prennent de la drogue et boivent de l’alcool, ils mènent une vie de bohême et rejettent tous les tabous des " squares ", en particulier les tabous sexuels. Leur rébellion et leur rejet de la société vont de pair avec une quête spirituelle passionnée, une tentative de retrouver les valeurs originelles. En résumé, ils ont, de façon inattendue, assumé une attitude religieuse et par conséquent ont été appelés les " Saints Barbares " (Holy Barbarians). L’hipsterisme faisait originellement référence aux efforts de certains Noirs pour atteindre le détachement absolu, pour ne jamais entrer dans le moule, rester à part et échapper au rôle que la société américaine voulait leur faire jouer. L’hipsterisme est donc devenu le symbole de la révolte contre la société en général et a représenté un mouvement artistique important qui s’exprimait dans le " cool jazz ". C’est une contre-culture avant tout, essentiellement une révolte individualiste contre le collectivisme et le matérialisme.

 

5- Les auteurs de la Beat Generation :


Les Beatniks et leur rejet de la société ont donné naissance à un mouvement littéraire. Il est important de souligner que toutes les idoles du mouvement Beat étaient des artistes, car disent-ils, " Contre la ruine du monde, il n’y a qu’une défense : l’Art et la Création. ". Les écrivains de la Beat Generation s’inscrivent dans la tradition subversive de la littérature américaine. Le mouvement littéraire est né à San Francisco, aux alentours de 1950. Il réunit poètes et romanciers comme Allen Ginsberg, Gregory Corso, Gary Snyder, Jack Kerouac et William Burroughs. L’un des plus doués des poètes Beatniks, Lawrence Ferlinghetti, a fondé la Librairie City Lights et a édité et vendu les écrits des Beatniks. La Librairie City Light est bien sûr devenue leur lieu de prédilection.

 


Jack Kerouac

 



     Son univers romanesque se nourrit des lieux traversés, des personnages rencontrés .Sa famille déménage souvent et Kerouac a pour habitude de ne pas s’attacher à un quartier. Il fait des études près de Manhattan où il devient un professionnel du football. Mais Jack se casse une jambe et ne peut continuer sa saison sportive. Ses amis lui reprochent de s’être servi de ce prétexte pour se lancer dans une carrière peu glorieuse, selon eux, d’écrivain.

     Il quitte l’université et survit grâce à de multiple petits boulots comme beaucoup d’autres artistes américains. Mais c’est à New-York qu’il rencontre ses meilleurs amis, à l’université de Columbia dans les années 1940. Il devient l'ami de Lucien Carr, incarnation du " cool ", caractéristique de la génération beatnik. Carr refuse de céder aux avances d’un prétendant et le tue dans des circonstances troubles. Kerouac au courant du meurtre est accusé de non-dénonciation. Il échappe à la prison grâce à une jeune fille lettrée du nom d’Edith Parker, dont la famille règle la caution s’élevant à 5000 Dollars en échange d’une promesse de mariage. L’union de durera que deux mois mais Kerouac remboursera intégralement sa dette envers les Parker.

     L’insouciance de la vie new-yorkaise tranche avec le puritanisme du reste du pays. La fébrilité intellectuelle et la soif de sensations nouvelles sont les valeurs de Greenwich Village. Jack est happé par l’univers urbain, fasciné par sa suractivité, sa trépidation, son énergie, sa voracité. Pour ce poète beat, les influences sont nombreuses et variées : Blake ou encore Huncke, ancien ami qui l’initiera à la drogue. Huncke est Elmo Hussel dans l’œuvre Sur la Route de Kerouak, publiée en 1957. À la publication de Sur la route, il vit mal son succès public, s'éloigne de ses amis écrivains beat comme Allen Ginsberg et, dans une moindre mesure, William S. Burroughs. Il reproche à Ginsberg de trop rechercher l'attention du public et de trahir l'esprit beat. Même en ayant besoin d'argent, il ne se tourne plus vers eux et ne répond plus aux invitations des médias. Il est également irrité par le développement d'un bouddhisme de mode, duquel il est en partie responsable.

     Il voyagea constamment, à travers sa vie, pour trouver le bonheur, alors que le bouddhisme enseigne que nous sommes un refuge à l'intérieur duquel le bonheur doit être découvert. Là se trouve une des multiples contradictions qui marquèrent son existence.

 

 

     " L'écriture, le style d'un grand écrivain dépasse toujours la biographie de l'auteur. L'écriture de Kerouac ne se laisse nullement emprisonner, faut-il le dire, dans le mythe que l'écrivain lui-même s'est plu à créer autour de sa biographie. "


     L'écrivain Jack Kerouac existe d'abord et avant tout dans les ouvrages qu'il a écrits et c'est là qu'il faut le découvrir, l’appréhender, lire entre ses lignes, ses mots et même entre les lettres, par-delà la carapace dont il s'est systématiquement recouvert et le rempart qu’il a dressée tout autour de son œuvre. Par-delà le personnage que ses compagnons de la Beat Generation, plus particulièrement le poète Allen Ginsberg et le romancier William Burroughs, ont construit autour de lui et de son écriture qui ne sait pas mentir, il faut chercher, prêter son regard aux indices qui trahissent le VRAI Kerouac. Parce que Kerouac flanche et écrit pour tenter de se redresser, il se livre peu à peu aux lecteurs et ses œuvres sont un tableau qu’on peut admirer sous plusieurs angles. Kerouac est un homme aux multiples facettes comme la société américaine de son temps, une société aussi diversifiée et plurielle que peut l’être cette grande puissance mondiale.


     " L’œuvre de tout écrivain authentiquement américain commence toujours par témoigner d'un ancrage dans un lieu géographique bien circonscrit, dans un espace ethnique et linguistique particulier, dans une classe sociale aussi, comme s'il fallait que les lecteurs sachent d'emblée de quel (mi)lieu parle l'écrivain. "


     Kerouac n'a jamais caché qu'il était issu d'une famille de langue française, qu'il était un enfant de classe ouvrière, et que le catholicisme avait été la religion de ses ancêtres franco-canadiens.


     Mexico city blues
(première publication en 1959)

 



     Kerouac nous livre, en 242 chorus poétiques, d’intenses " méditations sensorielles ". Une poésie mélancolique et peu banale ; n’y cherchez pas ; de sens nul ne sait si Kerouac a voulu en donner. Vers après vers se révèle un homme étonnant et doté d'une sensibilité suprême : " Je veux être considéré comme un poète de jazz soufflant un long blues au cours d'une jam-session. " (Jack Kerouac). On constate ici la profonde empreinte que le jazz laisse dans les pensées de l’auteur.


     Kerouac aurait écrit cette œuvre en 15 jours (en août 1955), à Mexico, en écoutant les déblatérations subversives d'un vieux morphinomane sympathique. Le vieil homme fut sa muse. Il s'agit d'une sorte de transcription à peine contrainte formellement, dans laquelle se laissent discerner les deux voix : celle du type drogué et celle du type tendu, l'une qui erre sans but et sans trop savoir pourquoi, l'autre qui cherche une forme et qui aspire à la poésie dans ses instants de lucidité. On ne sait si ce duo justifie le nom de " chorus ", mais on comprend la volonté affichée de l'auteur d'épouser le style d'improvisations de jazz. On sent la présence de la drogue dans chacun des poèmes de Kerouac, que ce soit dans le non-sens de ses phrases, dans la sensation de douleur psychologique qu’on éprouve en lisant certains d’entre eux ou encore dans l’âme du poète en lui-même, touché par la drogue qui l’inspire et le détruit à la fois.

 

 

Allen GINSBERG

 



     Né le 3 juin 1926 à Newark, décédé le 5 avril 1997 à New York d'un cancer du foie, Ginsberg est un poète américain et un membre fondateur de la Beat generation.

 

     Il était le fils de Louis Ginsberg, poète à ses heures et professeur d'anglais, et de Naomi Levy Ginsberg. Son œuvre fut marquée par les rythmes et cadences du jazz et de la pop, sa foi bouddhiste et hindouiste, son ascendance juive et son homosexualité. Il fut l'artisan du rapprochement idéologique entre les beatniks des années 1950 et les hippies des années 1960, fédérant autour de lui des hommes comme Jack Kerouac, William Burroughs et plus tard Bob Dylan.(cf : Wikipedia pour plus de détails biographiques).

     Dans son œuvre La Chute de l’Amérique Ginsberg nous parle de son pays, des lieux où il a vécu, de son envie de fuir, de s’en séparer pour toujours. Mais en même temps le poète est fasciné devant les grandes villes américaines, une extase presque obsessionnelle, il est difficile de déterminer s’il aimait où s’il haïssait les Etats-Unis. On a cette sensation que l’auteur se sent coupable à travers ses dires, mais coupable de quoi ? On peut faire l’hypothèse qu’il est coupable de vivre dans ce pays qui ne lui correspond pas, qui le fascine et le rebute. Ou bien qu’il se sent coupable de ne pas faire changer les choses dans le fond. Ou peut-être n’est-ce pas un sentiment de culpabilité mais tout simplement d’impuissance face à la déchéance de son pays…

     La ville est présente partout et sous toutes ses formes chez les auteurs de la Beat Generation. Des bouches d’égout en passant par les phares des voitures, les camions, les tuyaux…tous ces éléments durs, noirs, agressifs ressortent en permanence dans leurs textes.

     Dans La Chute de l’Amérique ces composantes sont omniprésentes.

     Ginsberg s’attache également à la population américaine :

-les campeurs

-les bataillons des troupes U.S

-les vagabonds

-les auto-stoppeurs

-les enfants

-les étudiants…


     Tous les âges et toutes les catégories sociales sont évoqués.


     La route est également très présente chez Ginsberg comme chez Kerouac et Burroughs. La traversée des villes, la fuite vers de nouveaux mondes inconnus, tout quitter et surtout les Etats-Unis sont des thèmes récurrents de la Beat Generation. Un des textes les plus significatifs de ses opinions sur son pays de son œuvre La Chute de l’Amérique, est Bayonne en entrant dans NYC. Ginsberg nous livre prodigieusement les détails agressifs qui constituent la ville : les pylônes des lignes à haute-tension, l’autoroute multivoie, " la lumière d’Enfer de Newark ".


William Seward BURROUGHS

 

 Burroughs et Gysin à Paris


     William Seward Burroughs, plus connu sous son nom de plume William S. Burroughs, né le 5 février 1914 à Saint Louis (Missouri), mort à Lawrence (Kansas) le 2 août 1997), est un romancier américain. En 1944 , Burroughs vit dans un appartement partagé avec Jack Kerouac et sa première femme Edie Parker. C'est à cette période qu'il entame sa consommation d'héroïne.


     Le 6 septembre 1951, Burroughs est en voyage à Mexico, où, ivre, il tue accidentellement sa femme d'une balle en pleine tête alors qu'il essayait de reproduire la performance de Guillaume Tell. Il est inculpé pour homicide involontaire mais échappe à la prison en partant pour le Mexique en 1952 puis en vivant des années d'errance : il parcourt l'Amérique du Sud à la recherche d'une drogue hallucinogène du nom de Yagé, puis l'Afrique du Nord avant de s'installer à Tanger, au Maroc.


     En 1956, il entame une première cure de désintoxication avec l'aide de John Dent, un médecin londonien qui inventa la cure d'apomorphine, la seule efficace en matière de désintoxication selon Burroughs. À l'issue du traitement, il emménage au légendaire " Beat Hotel " à Paris, où il accumule des masses de fragments de pages manuscrites. Avec l'aide de Ginsberg et Kerouac, il fait éditer Le Festin nu par Olympia Press. Les fragments deviennent, eux, les œuvres d'une trilogie : La Machine molle, Le Ticket qui explosa et Nova express. Après sa sortie, le Festin nu est poursuivi pour obscénité par l'État du Massachusetts puis de nombreux autres. En 1966, la Cour Suprême du Massachusetts déclare finalement le livre " non obscène ". Burroughs retourne à New York en 1974 où il devient professeur d'écriture pendant quelque temps, avant de réaliser que l'écriture ne peut être enseignée. Les année 1980-1990 lui ouvrent les portes du cinéma. Il tourne pour Gus Van Sant et aide à l’écriture de pièces de théâtre. Comme pour beaucoup d’Américains de son temps, les petits jobs s’étaient accumulés et il voyait enfin " le bout du tunnel " avec ces nouvelle expériences. Il est décoré de l'ordre de Chevalier des Arts et Lettres en 1984, lors de sa venue en France au Printemps de Bourges. Il meurt dans sa propriété de Lawrence (Kansas) le 2 août 1997, de complications liées à une crise cardiaque.


     Il est aujourd’hui reconnu comme un écrivain important. Auteur d’une trentaine d’œuvres et collaborateur de nombreux projets notamment au cinéma, Burroughs fut une figure inoubliable du 20e siècle.



     Junky est écrit de manière crue ; c'est l'écriture d'un héroïnomane perdu qui n’a plus guère confiance en la vie ni en l’avenir. Il raconte les conséquences du manque et les techniques pour y échapper ; l’incarcération et la fuite sont racontées à la première personne et laissent finement échapper des remarques mordantes et cyniques sur l'Amérique des années cinquante. Pour Burroughs, c'est ce pays, non pas la drogue, qui façonne le modèle du toxicomane. Cet être humain dénué de toute âme n'a plus en effet d'existence que celle qu'on lui accorde. Le lecteur doit alors choisir : se faire contempteur ou laudateur de William Lee, double romanesque de Burroughs, dans son expérience des strates toxiques et sociales. Ce faisant, Burroughs nous enseigne que " si la came disparaissait de la surface de la Terre, il resterait sans doute des camés errant encore dans les quartiers à came, éprouvant un manque vague et tenace, pâle fantôme de la maladie du sevrage ". Junky fut publié pour la première fois sous le pseudonyme de William LEE en 1953. Quarante ans plus tard, Penguin décide de le rééditer dans sa série " modern classics ". Junky se lit comme un plan que chaque toxicomane pourrait suivre tant les détails sont nombreux sur les pratiques du camé. Alors que cet ouvrage pourrait être un moyen efficace de dissuasion contre la consommation et l’abus, d’autres pourraient y voir des instructions à suivre pour être un toxicomane de haut niveau. Dans l’édition anglaise on peut d’ailleurs lire sur la couverture " tenir hors de portée des enfants ". En France, cet ouvrage est disponible en poche 10/18 et cette information n’est pas présente.

 

 


6-Le " cut up "

 


     Dans une société sans réels points de repère, Burroughs découvre à Paris en 1959, dans le travail de juxtaposition du peintre Brion Gysin, un nouveaux procédé littéraire : le " cut up ". Dés le début des années 1960, paraissent ses premiers textes, mettant en scène l'usage du " cut up ".

 


     Le " cut up ", est un procédé artistique et littéraire qui consiste à découper différentes parties d'un texte, le sien ou celui d'un autre, et de les combiner de façon aléatoire, pour reformer un nouvel écrit, tout comme un collage en peinture ou le montage au cinéma. Au Beat Hotel en 1959, Brion Gysin invente le " cut up "en morcelant au cutter des feuilles de papier journal, qui se trouvaient sous la feuille de dessin qu'il était en train de découper. Il partage cette découverte avec son ami William S. Burroughs, qui en fit une grande utilisation.

 


     Minutes to go, écrit par Brion Gysin, Gregory Corso et Sinclaire Beiles à Paris, fut le premier écrit qui utilisa cette méthode. Il sera suivi par The Exterminator, de Brion Gysin et William S. Burroughs composé à Los Angeles. On peut aussi retrouver des exemples de " cut up " dans Nova Express et dans The Ticket That Exploded. Durant les années soixante, beaucoup de productions médiatiques firent l'objet de " cut up " et ce, toujours avec la participation de Brion Gysin.

 

 


     Le " cut up " se rattache à des mots tels que :

 

-la perception,

-les hallucinogènes,

-le sexe,

-la pensée,

-le pop art .


     Cette technique est à la base une combinaison du structuralisme et de la déconstruction, deux courants de pensée modernes. Cette équation entre l'espace-temps, le voyage, le passé et le présent aura permis à Burroughs de parcourir l'inconscient de l'écriture. La découverte, par accident, d'un sens nouveau, met en rapport l'impression de déjà vu, que l'on éprouve dans des lieux où l'on croit déjà être venu auparavant. Dans ses nombreux textes, on découvre des " cut up " effectués à partir d'extraits de romans de Kafka, Shakespeare, Conrad et Coleridge. Enfin, pour que le texte garde une certaine homogénéité, Burroughs apportera des arrangements et de nombreuses suppressions. Le " cut up " était une façon d’échapper au contrôle et aux règles en perturbant l’ordre établi.

 

 

(Ecoutez les poèmes de Gysin en ligne sur le site http://www.ubu.com/sound/gysin.html)

 

     La révolte de la Beat Generation ne se réduisait pas à une simple destruction des valeurs traditionnelles mais représentait un mode de vie. Du rejet de la société ont procédé une nouvelle éthique et un nouvel enthousiasme. Les Beatniks étaient toute une foule de gens qui étaient " fous, fous d'envie de vivre, fous d'envie de parler, d'être sauvés, fous de désir pour tout à la fois, ceux qui ne bâillent jamais et qui ne disent jamais de lieux communs, mais qui brûlent, brûlent, comme des feux d'artifice extraordinaires qui explosent comme des araignées dans les étoiles " Kerouac, Sur la route .


    La drogue occupe une place non-négligeable dans l’œuvre et dans la vie des écrivains Beat. Jack Kerouac écrit sous l’influence de la benzédrine qui est une amphétamine. Allen Ginsberg fait l’expérience du LSD et d’autres psychotropes. L’héroïne et la morphine sont au cœur des ouvrages de William Burroughs. Et tous fument de la ganja et boivent de grandes quantité d’alcool, ce qui finira par tuer Kerouac.

 

 


     Bien que, dans leur aspiration à une vie spirituelle plus éclairée, ils aient pris le chemin de la drogue, de l’alcool et du sexe, les Beatniks se sont toujours comportés de " façon pure "…Ou, du moins, ce qu’ils estimaient être une façon pure ! Leurs idéaux et leurs convictions n’ont jamais changé, le primitivisme opposé à une société organisée et corrompue. Leur rejet de la société a évolué en une attitude positive : la création d’un nouvel humanisme qui vénérait les sentiments élémentaires et les relations humaines les plus simples.

 

 

La Beat Generation a ébranlé la société américaine dans ses certitudes. Elle a directement inspiré aussi bien les mouvements de mai 1968 que l’opposition à la guerre du Vietnam, ou les hippies de Berkeley et Woodstock. Pourtant la Beat Generation a aussi contribué à enrichir le mythe américain. Sur la route, le roman le plus connu de Kerouac, est une ode aux grands espaces, à l’épopée vers l’ouest, à la découverte de mondes nouveaux.

En somme, malgré le fait que le mouvement beat soit aujourd’hui oublié et qu’il ne reste que les rebellions hippies, c’est pourtant la Beat Generation qui marquera la littérature grâce à ses auteurs talentueux et en dehors du moule de l’époque.


Charlotte, Ed.-Lib. 

 

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commentaires

Amélie 25/06/2016 16:21

Bonjour,

Y a t-il une bibliographie associée à cet article ?
Merci,

Amélie

Emilie 02/07/2016 22:28

Il faut aller au Centre Pompidou alias Beaubourg ...

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