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21 avril 2008 1 21 /04 /avril /2008 11:18

TANIZAKI Jun.Ichiro
Éloge de l'ombre, 1933,
Traduit du japonais
par René Sieffert, 1993,
Publications Orientalistes de France, 2001.

 













Références bibliographiques :

     Malheureusement le texte est en réimpression depuis très longtemps chez l’éditeur POF, mais on peut retrouver ce texte dans La Pléiade (œuvres complètee en 2 volumes).


Biographie de l’auteur :

 

 



     Tanizaki Junichirô est né le 24 juillet 1886 dans le quartier de Nihonbashi à Tôkyô. Il est issu d'une famille de marchands qui fit fortune sous l'impulsion de son grand-père maternel. Sa mère, Seki est âgée de vingt-deux ans à la naissance de Jun.ichirô. Son père, Kuragorô, est lui aussi issu d'une famille de marchands (grossistes de saké). Jun.ichirô est inscrit sur le registre d'état civil comme le premier enfant du couple. Cependant il a eu un frère aîné qui ne vécut que trois jours ; la mort prématurée de ce frère fut à l'origine de son prénom : Jun signifie "humecter la terre pour la rendre fertile" et ichirô signifie "le premier fils". Il sera l'aîné d'une famille de sept enfants (trois frères et trois sœurs).

 

     Sa vie sera marquée par de grands événements historiques comme l’installation de l’éclairage électrique à Tokyo, l’inauguration du chemin de fer entre Tokyo et Kyoto, la ligne téléphonique, les diverses guerres, la mort de l’empereur Meiji, plusieurs séismes importants…

     En 1888 son grand-père meurt et la situation financière de la famille se dégrade petit à petit. Cependant, jusqu'à l'âge de huit ans, Tanizaki aura une vie plus que confortable au sein de sa famille ; mais celle-ci changera radicalement au cours de l'année 1894 lorsque suite à de nombreux échecs de son père ils sont obligés de déménager dans une modeste demeure. En 1891 le tremblement de terre de la région de Nagoya le marquera profondément et lui inspirera toute sa vie une peur viscérale des séismes, le tremblement de terre de Tôkyô en 1894 ne faisant que confirmer ce sentiment.

     A l'âge de onze ans, Junichirô eut son premier mentor en la personne de son professeur Inaba Seichiki qui l'influencera durant quatre années. Tanizaki considérera cet instituteur comme son seul et unique maître durant toute sa vie. En 1898, à l’âge de douze ans, il écrit ses premières nouvelles : Rêves d'écolier, Le Maître zen Ikkyû, Du seigneur Kusunoki ... qu'il publiera dans la revue de son école Le club des écoliers. Durant sa scolarité il étudiera notamment l'anglais et le chinois classique.

     Il entre en 1901 au Premier Collège de Tôkyô. Il commence à faire publier dans la revue du collège plusieurs kanshi ainsi que quelques essais.

     En 1902 il parvient même à faire publier dans une revue commerciale : Le monde des jeunes, deux essais et un poème. Malheureusement sa famille connaît de plus en plus de difficultés financières et le jeune Jun.ichirô est obligé de s'installer dans la riche famille Kitamura (propriétaires de l'hôtel-restaurant-épicerie Seiyôken) pour y donner des cours particuliers aux enfants. Cette expérience lui servira d'inspiration pour sa nouvelle Le masque du démon qu'il publiera en 1916.

     En 1905 il entre dans la section de droit anglais au Premier Lycée de Tôkyô dans lequel Natsume Sôseki enseigne l'anglais. L'année 1907 voit la publication de trois récits de Tanizaki dans la revue du lycée : Les funérailles d'un épagneul, Souvenirs incertains et Le Volcan éteint. Ce dernier récit est en fait la version romancée de ses amours avec Hozumi Fuku, employée chez les Kitamura et pour lesquelles il fut congédié de son travail dans la riche famille. Suite à cette mésaventure, Tanizaki se retrouvera pensionnaire au lycée.

     L'année suivante Tanizaki renonce à ses études de droit anglais et s'inscrit dans la section de littérature japonaise de l'Université impériale de Tôkyô, se décidant ainsi à embrasser une carrière littéraire. Il se décide alors à faire publier ses écrits dans des revues renommées, mais essuie deux échecs coup sur coup. A cause de cela il tombe en dépression et pense à se lancer dans une carrière de journaliste.

     Il participe en 1910, avec plusieurs camarades, au lancement de la revue Shinshichô dans laquelle il publiera plusieurs textes dont Le Tatouage. La parution de ce dernier lui donne l'occasion d'être reconnu sur la scène littéraire.

     En 1911, le roman moderne japonais est en pleine effervescence et Tanizaki commence à pouvoir vivre de sa plume, recevant pour la première fois de l'argent pour la publication d'une de ses œuvres. En octobre il subit sa première censure pour son texte Hyôfû qui étudie la question du désir sexuel chez les jeunes. Tanizaki sera désormais étroitement surveillé et nombre de ses œuvres connaîtront le même sort.

     En novembre il continue à progresser dans le milieu littéraire japonais grâce à la parution du Secret dans la célèbre revue Chûô kôron et surtout grâce à l'éloge qui est fait de lui par un célèbre critique dans la revue Mita bungaku.

     Sa carrière est définitivement lancée l’année suivante, avec de nombreuses publications dans des quotidiens renommés.

     En 1915 il se marie avec une ancienne geisha, Ishikawa Chiyo, avec laquelle il aura une fille, Ayuko, née en 1916, mais en 1930, après plusieurs ruptures, il décide de céder sa femme à un ami poète.

     En 1918 il effectue son premier voyage hors du Japon ; il visitera la Corée, la Chine et la Mandchourie. De ce voyage il tirera plusieurs articles qu'il fera publier dans différents journaux l'année suivante.

     Après les nouvelles, le théâtre et le roman, Tanizaki s'intéresse au cinéma. En 1920, il est engagé par la société Taishô pour laquelle il écrira plusieurs histoires. Mais cette expérience dans le milieu cinématographique ne durera qu'une année, le succès commercial n'étant pas au rendez-vous. Il reprendra l'écriture de pièces, dont certaines finalement seront reprises par la suite au cinéma.

     Le tremblement de terre de 1923 incitera Tanizaki à quitter définitivement la région du Kantô pour le Kansai, berceau de la civilisation japonaise. Cet exil marquera fortement ses œuvres à venir. Il essayera d'assimiler les croyances et les mœurs de cette région du Japon qui lui est inconnue et beaucoup de ses romans se dérouleront dans le triangle Ôsaka, Kyôto, Kôbe.

     Tanizaki se remarie en 1931, à l’âge de quarante-cinq ans, avec Tomiko Furukawa, une jeune journaliste de vingt-quatre ans. Il exprime dans un essai la satisfaction psychologique et physique que lui procure cette nouvelle vie conjugale. Il publie plusieurs chefs-d’œuvre qui confirment sa plénitude. Mais l’inspiratrice de ces récits, qui ont comme sujet l’adoration d’une femme, n’est pas en fait sa jeune épouse.

     Il divorcera en 1935 et se remariera avec sa vraie muse Matsuko Nezu. Malgré tous ces tumultes sa création littéraire ne ralentit pas.

    Dans toute son œuvre il accorde une importance primordiale au respect de la nature humaine et à sa représentation vraisemblable. A travers sa singulière sensibilité, il découvre dans la nature humaine des choses troublantes. Il les regarde avec étonnement ou émerveillement, sans les juger.

     Plusieurs traits psychologiques considérés comme des perversions marquent ses récits : sadomasochisme, homosexualité, fétichisme, scatologie, désir physique. Tout se joue dans le registre de la beauté et de l’érotisme au-delà de toute préoccupation morale, religieuse ou spirituelle.

     A 57 ans, Tanizaki se lance dans une entreprise de grande envergure : la traduction en japonais moderne d’un véritable monument de la littérature du XIème siècle, le Genji monogatari (le Dit du Genji) qui évoque les nombreux aspects de la vie amoureuse. A sa publication en 1941, Tanizaki fait face à une censure féroce.

     Son état de santé s’aggrave après 1960. Le désir de se délivrer de la souffrance physique et de l’obsession de la mort constitue le thème essentiel de l’un de ses derniers textes : Journal d’un vieux fou. Il meurt en 1965 au Japon à l’âge de 75 ans.

 

Eloge de l’ombre :


     Ce texte a été publié en 1933 et traduit en France en 1993 et il est désormais considéré comme culte pour de nombreux lecteurs.

 

     Le livre commence avec le récit des déboires de l’auteur dans l’aménagement de sa nouvelle maison et sa recherche d’harmonie entre confort moderne et tradition japonaise.

     Mais au fur et à mesure, le texte nous ouvre de nouvelles perspectives sur l’art japonais, son fonctionnement et sa recherche perpétuelle de raffinement.

     Comme le titre l’indique, c’est un véritable éloge de l’ombre qui est fait tout au long du livre par de longues comparaisons entre le papier occidental et le papier d’Orient, puis entre les différentes formes d’éclairage, électrique pour l’Occident et à la bougie dans la tradition japonaise ou encore entre les différents types de lieux d’aisance.

     Un bol en laque qui sous l’éclairage occidental ressemblera à un simple morceau de bois bon marché, sous l’éclairage oriental sera sublimé par la flamme de la bougie et l’ombre. On verra sur ce bol des reflets dorés, ambrés, rouges et la nourriture qui sera servie dans ce bol semblera avoir un goût encore plus exquis.

     L’ombre donne plus de nuances de couleurs et aux objets une autre dimension, beaucoup plus artistique. L’ombre orientale s’oppose à la clarté et à la brillance occidentales. Cette œuvre conduit le lecteur au centre de la culture esthétique japonaise.

     Ce livre est en fait une sorte d’essai et se veut un plaidoyer pour la valeur esthétique de l’ombre dans la civilisation et l’art japonais. Mais avec la révolution industrielle et l’influence Occidentale la tradition japonaise disparaît peu à peu pour une modernité plus confortable. Cette occidentalisation réduit la dimension esthétique de certains objets japonais car la modernité n’est pas pensée en fonction de chaque culture et c’est ce que déplore Tanizaki. Ce n’est pas une critique de l’Occident mais plutôt un constat sur la façon dont les Japonais cèdent à la culture occidentale qui n’est pourtant pas adaptée à leur mode de vie, leur coutumes, leurs traditions et donc petit à petit c’est l’essence même de la civilisation japonaise qui disparaît.

     Mais derrière cette opposition entre Orient et Occident, il faut voir en réalité une opposition entre le moderne Tokyo et le traditionnel Kyoto puisque Tanizaki a écrit ce texte à la suite de son déménagement dans une province assez reculée du Japon. Cet essai est considéré comme le fruit du retour aux sources de Tanizaki après son installation dans le Kansai.

     De très belles pages sont écrites sur la femme et l’on peut voir surgir quelques-uns des fantasmes de Tanizaki sur cette femme tissée d’ombre et compagne des ténèbres.

     Plus que d'un essai on peut parler d’une suite de poèmes sur le papier, l’architecture, la cuisine, les femmes mis en beauté par l’ombre japonaise.

     Au départ L’éloge de l’ombre peut paraître justement assez obscur, très abstrait avec cette opposition de deux cultures et l’on ne comprend pas tellement où l’auteur veut nous emmener. Mais au fur et à mesure des pages on se laisse entrainer dans cette analyse esthétique de deux civilisations que tout oppose.

     Ce livre nous dévoile aussi une partie assez peu connue de l’art japonais. Que l’on aime le Japon ou non, ce livre nous propose une véritable ouverture d’esprit et une réflexion sur ce qui n’était pas encore appelée la mondialisation.

 

E. M., Éd.-Lib. 2A 

 

 

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Published by Emmanuelle - dans Altérité.
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