Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
22 avril 2008 2 22 /04 /avril /2008 08:18

KAWABATA Yasunari
Kyôto, 1962
Le Livre de Poche, 2007
189 pages, 5,5 euros.












 Fiches d'Ariane et Jean-Baptiste


1. Fiche d'Ariane


Biographie de l’auteur



     Kawabata est né en 1899 ; une profonde solitude semble avoir marqué toute sa vie intime. Peu après sa naissance, il perd la plupart de ses proches. Il vit par la suite avec son grand-père qui meurt à son tour en 1914. Sa première expérience littéraire remonte à cette époque avec Le Journal intime de ma 16ème année dans lequel il décrit l’agonie de son grand-père.

 

    
     Il a expérimenté de multiples formes d’expression, tout d’abord littéraires : à travers le roman, la nouvelle, l’essai, le feuilleton, les chroniques de voyage mais aussi au cinéma avec l’écriture de scénarios.

 

     Il crée une revue littéraire : Shinshicho (Pensée nouvelle) en 1921. Il est alors considéré comme un des principal représentant de " l’école des sensations nouvelles " qui va à l’encontre du mouvement naturaliste.

 

     Grand lecteur de littérature occidentale et russe, il publie en 1948 Pays de neige, son oeuvre la plus connue ; elle nous conte l’amour désespéré d'une femme du pays de neige pour un homme qui vient de la ville.

  
     C’est le premier écrivain japonais à recevoir le prix Nobel en 1968. Cela a largement contribué à faire connaître son œuvre en Occident. Recevoir cette distinction l’a beaucoup ému car c’était un homme très attaché à son pays et à ses valeurs traditionnelles et quelqu’un qui toute sa vie avait voulu rendre hommage au sens japonais de la beauté.

  
     Après des années de mauvaise santé il met fin à ses jours en 1972.

  
     Les récits de Yasunari Kawabata ont su dépeindre un Japon déchiré entre le respect des traditions et les contraintes de la modernisation et de l’occidentalisation.

  
     C’est ce thème que l’on retrouve dans Kyôto paru sous forme de roman feuilleton entre 1961 et 1962.

 


L’Histoire :

 


     Selon le résumé présent sur la 4ème de couverture, l’histoire du livre est celle de deux jumelles qui ont été séparées à leur naissance. Elevées dans des milieux différents, l'une à la ville, l'autre dans la montagne, vont-elles pouvoir se rejoindre, adultes, et se comprendre ?

 

        Nous suivons tout d’abord, la vie de Chieko, l’une des deux jumelles qui vit à Kyôto. Elle sait qu’elle a été abandonnée à la naissance. Ses parents adoptifs tiennent un magasin de soieries, kimonos et ceintures. Tous les autres personnages évoqués dans le roman en dehors de sa sœur jumelle Naeko qui travaille dans un village de montagne, dépendent de l’industrie et de l’artisanat de la soie.

     Le livre dépeint la vie d’une famille d’artisans, ruinée par la transformation de l’économie qui s’oriente vers la consommation de masse. Le personnage de Takichirô, père adoptif de Chieko, incarne l’artisan de type traditionnel qui déplore les nouvelles méthodes de travail venues d’occident et le fait que les boutiques d’artisans comme la sienne soient de plus en plus gérées avec des techniques capitalistes. Il défend les valeurs anciennes traditionnelles et refuse les tendances modernes.

     L’auteur se questionne sur l’avenir des artisans qui ont toujours eu une place importante dans l’économie de la ville de Kyôto.


     Extrait :
" Oui mais j’y pensais encore aujourd’hui, prends les fabricants de ceintures de kimono, et une maison comme Izukura. C’est un bâtiment à l’occidentale, trois étages, une véritable industrie moderne. Nishijin deviendra comme ça. En un jour, ils font cinq cents ceintures; bientôt, les employés vont participer à la direction, alors que la moyenne d’âge est, paraît-il, dans les vingt ans… Un travail comme celui que nous faisons chez nous à domicile, sur des métiers à main, dans vingt ans, trente ans, est-ce que ça existera encore ?

-  Ne dis pas des choses stupides !

-  Et si je subsistais, ce serait en tant que " trésor national vivant ", ou quelque chose dans ce goût là ".


La ville de Kyôto : le véritable sujet du roman ?

 


     Ces réflexions nous amènent au véritable sujet du roman. Il ne nous faut que peu de temps pour comprendre que l'histoire des jumelles est secondaire. Cette intrigue n’est pas développée, les deux sœurs se rencontrent tard dans le livre et les personnages sont relégués au simple rang d’accessoires au service de la véritable histoire. Les événements qui leur arrivent et leur psychologie sont décrits de manière superficielle.

 

   


     L’auteur signe ici le roman d’une ville en pleine mutation. C’est la ville de Kyôto le personnage principal de ce roman. Cela est déjà évoqué dans le titre qui en japonais est Koto, ce qui signifie l'ancienne ville ou l'ancienne capitale.

  
     Kawabata évoque ici la nostalgie qu’il éprouve à l’égard de la vieille capitale, il en regrette la brutale industrialisation et occidentalisation. Tout au long du roman, l’auteur montre son attachement au versant traditionnel de son pays. Les personnages évoluent donc dans un Kyôto où sans cesse les coutumes ancestrales s'opposent aux changements dus à la modernisation

.

.   

     
     On peut même en venir à se demander si ce livre est vraiment un roman. Il pourrait s’agir d’un guide touristique, ou d’un témoignage que tient à nous laisser l’auteur sur la manière dont il ressent cette ville.


     En effet, plusieurs passages très descriptifs n’amènent rien à l’intrigue.

 


     Une visite des lieux célèbres de la ville, les fêtes annuelles et les traditions rythment ce récit.

 


     Ces événements sont observés et racontés, non pas du point de vue des habitants de la ville, mais du point de vue des visiteurs ; l’auteur se place en observateur de cette ville qu’il chérit.

 


     Cela se ressent dans l’écriture par une certaine distance, une réserve.

 


     Le narrateur est extérieur, les personnages ne s’expriment jamais à la première personne. On est le plus souvent dans la vie de Chieko mais même dans les moments les plus intimes on conserve toujours cette distance dans la façon de décrire les événements, on a l’impression qu’une personne extérieure observe l’action et nous la décrit.

 

     Les chapitres, d’une longueur à peu près égale, se succèdent. Le plan choisi par l’auteur dresse un portrait de la ville à travers la ronde des saisons. Ainsi le premier chapitre est intitulé : " Fleurs de printemps " et l’ouvrage se termine sur le chapitre " Fleurs d’hiver ".

 


     La nature tient d’ailleurs une place très importante dans ce récit, de nombreux passages évoquent les rapports entre les hommes et celle-ci. Les personnages errent et contemplent la nature et cela a une véritable influence sur leur humeur, leur inspiration. La nature est personnifiée à plusieurs reprises et magnifiée ; l’auteur évoque par exemple " le spectacle de la chute des fleurs ".

 

 


La ville de Kyôto : quelle place dans l’imaginaire japonais ?

 


     En 1915, la capitale politique du pays, précédemment Kyôto, est établie à Tokyo.

 

 

  
     A partir de 1945, Kyôto se dispute avec Tokyo l’honneur d’être le haut lieu culturel du pays.

 


     C’est une ville riche de bâtiments et de jardins historiques de toutes les époques. Elle est parfois appelée la Cité jardin et fut autrefois surnommée la "Capitale des fleurs ".

 


     Le rayonnement de sa culture passée, l'implantation de nombreuses écoles et ateliers d'arts traditionnels, l'accomplissement chaque année de fêtes religieuses très anciennes ont permis à cette ville de conserver une place tout à fait à part dans l'imaginaire collectif de la société japonaise. Elle reste le centre de rayonnement spirituel du pays.

 


     Kawabata avait bien su saisir le changement qui s’opérait dans sa ville puisque depuis la fin des années 1980, les quartiers d'habitation, les rues commerçantes et les zones industrielles sont séparées (hommes et activités ne sont plus regroupés en un même lieu) ce qui transforme profondément les modes de vie ancestraux.

 


     Nicolas Bouvier écrivait à propos de Kyôto: " Cette ville - une des dix au monde où il vaut la peine d'avoir vécu - a pour moi, malgré sa douceur, quelque chose de maléfique. Austère, élégante, mais spectrale. On ne serait pas trop surpris au réveil de ne plus la retrouver du tout."

 


     Ce livre est une vive critique de l'occidentalisation accélérée d'une société qui avait jusqu'alors vécu sur des bases sociales, culturelles et morales très différentes. L’auteur y célèbre le patrimoine culturel de son pays, on y retrouve de nombreuses références à la culture japonaise.

 


     Chieko évoque le Genji Monogatari, grand livre de la littérature du pays ou encore la mythologie japonaise y est citée avec les animaux maléfiques (renards et blaireaux) qui prennent possession de l’âme des gens.

 


Les autres thématiques se dégageant du livre, plus liées à la vie personnelle de l’auteur :

 


     On retrouve le thème de la quête douloureuse des parents qui imprègne le livre à travers le questionnement de Chieko sur sa naissance. Cela peut être mis en parallèle avec le fait que l’auteur tout comme les deux jumelles a été très tôt orphelin.

  

  
     Dans l’ensemble de son œuvre, l’auteur n’hésite pas à créer plusieurs personnages féminins qui représentent en fait les diverses facettes de la personnalité d’une même femme pour mieux en faire ressortir les contradictions et les paradoxes.

  
     Kawabata jouera d'ailleurs avec le concept d'identification dans Kyôto : les deux jumelles illustrent ce Japon qui doit vivre non sans peine avec ces deux aspects : la tradition et la modernisation. Naeko symbolisera le Japonais d'autrefois, vivant dans la simplicité et la nature, Chieko, quant à elle, est plus matérialiste et moderne. De plus les deux personnages seront confondus par Hideo (jeune homme amoureux de Chieko) qui essaiera d’obtenir de sa sœur jumelle l’amour que Chieko ne lui donnera jamais.

 


Ce que j’ai pensé de ce livre :

 


     J’ai trouvé ce livre très beau, l’auteur pose un regard poétique et empreint de mélancolie sur la nature et sur la ville. L’avancée du récit est lente et il ne se passe que peu de choses ; ce n’est cependant pas cela que l’on retient à la lecture de ce livre mais plutôt la délicatesse et la sensibilité du récit.

 

   


     J’ai eu parfois  la sensation de passer à côté du sens de certains éléments du livre à cause de mon manque de connaissances sur la culture et les traditions quotidiennes japonaises.

 


Pour aller plus loin :

 

Adaptation filmique : Kyôto, en 1962, du grand réalisateur Ichikawa Kon.

Ariane, 2ème année BIB


Fiche de Jean-Baptiste

 

     Cet ouvrage a été écrit vers la fin de la vie de Kawabata, en 1968. C’est l’histoire d’une jeune Japonaise, Chieko, à Kyôto dans les années 1950. Kyôto, ancienne capitale du Japon, reste le symbole de la tradition dans le pays, si chère à l’écrivain, et certains vont jusqu’à dire que le personnage principal du livre est la ville elle-même. Elle est effectivement très importante et présente, elle crée le climat et l’ambiance de l’œuvre. Chieko a été abandonnée à sa naissance et recueillie par des commerçants en gros de tissus de kimono qui l’ont élevée et aimée comme si c’était leur propre fille. Elle est assez innocente pour son âge, dix-huit ans, et donne l’impression qu’elle découvre la vie. Son rapport avec la nature est très fusionnel, au même titre que tous les personnages du livre. Elle passe énormément de temps à flâner dans les jardins, les parcs et se livre à une description détaillée des fleurs, des arbres, on dirait presque qu’elle les personnifie par moments. Toute l’œuvre est rythmée par cette admiration de la nature, par les fêtes qui lui sont consacrées, on s’imagine ainsi Kyôto constamment fleurie et parsemée d’immenses jardins entretenus à la perfection. Même les dialogues sont souvent orientés vers la nature.


     Chieko souffre de la tristesse et de la nostalgie de son père adoptif. En effet le commerce de ce dernier, qui fonctionne de manière traditionnelle, avec des tissu d’époque, pâtit de la concurrence des magasins qui développent la façon de s’habiller " à l’occidentale " c’est-à-dire avec des couleurs et des formes nouvelles. Elle essaie de lui redonner goût à la création en lui achetant notamment un beau-livre sur Paul Klee et elle réussit progressivement à le relancer et à lui faire admettre que l’heure n’est plus à la tradition mais à la modernité.

 

 

 


     De plus la jeune fille s’interroge régulièrement sur l’identité de ses parents biologiques et sur les raisons de son abandon, bien que ses parents adoptifs démentent cette version et affirment qu’ils l’ont enlevée dans un parc peu après sa naissance. Une rencontre bouleversante va apporter une réponse à ses questions : lors d’une fête traditionnelle, elle va tomber nez à nez avec sa sœur jumelle dont elle ignorait tout à fait l’existence. Celle-ci lui apprend que leurs parents sont morts peu après leur naissance et qu’elle travaille dans les montagnes. Entre elles va s’instaurer une relation très forte et en même temps très pudique. Naeko, la sœur de Chieko, l’appelle " Mademoiselle " et la vouvoie par exemple.

 

  
     Cet ouvrage nous permet de découvrir un Japon très traditionnel et assez énigmatique. Les Japonais apparaissent comme des gens respectueux, calmes et disciplinés. Le silence semble avoir une place plus importante que dans notre société, il est vraiment source de recueillement et d ‘apaisement. Kyôto est un livre intéressant qui présente une société totalement différente de la nôtre, avec des mœurs, des coutumes et un mode de vie qu’on ne trouve pas en Occident.

 

 


Jean-Baptiste, Éd.-Lib. 2A 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Partager cet article

Repost 0
Published by Ariane et Jean-Baptiste - dans Altérité.
commenter cet article

commentaires

Recherche

Archives