Mardi 22 avril 2 22 /04 /Avr 09:38

Natsume SÔSEKI
Oreiller d'herbes
Traduit du japonais par
René de Ceccatty et Ryûji Nakamura
Rivages 1987














Biographie
    



      Natsumé Sôseki est né le 9 février 1867. Même si Sôseki est son prénom (pseudonyme pour être plus précis qui signifie : " se rincer la bouche avec une pierre ") c'est cette dénomination qui est aujourd'hui utilisée pour parler de cet auteur et critique japonais de l'ère Meiji (1867-1912). Sôseki est né à Edo et a étudié puis enseigné la littérature anglaise dans cette même ville, devenue entre temps Tokyo. Le gouvernement japonais le forcera plus ou moins à se rendre trois ans en Angleterre afin de s'y perfectionner. Manquant d'argent, Sôseki passera son temps là-bas à lire et ainsi à s'imprégner d'auteurs tels que Sterne, De Foe ou encore Swift. A son retour, on lui offre le prestigieux poste de lecteur de littérature anglaise à l'Université de Tokyo. Poste qu'il abandonnera en 1907 pour se consacrer à l'écriture grâce à un contrat avec un journal, Asahi Shinbun, pour lequel il écrira de nombreux romans et essais. Mais son premier livre, Je suis un chat, paraît dès 1905 et décrit la vie d'un professeur d'anglais désabusé à travers le regard ironique et très critique de son chat qui nous fait ainsi découvrir une Edo devenant Tokyo. Sôseki meurt en 1916 d'un ulcère à l'estomac laissant derrière lui une œuvre considérée comme marquant le début de la modernité dans la littérature japonaise.


L'œuvre

 

     Oreiller d'herbes est un ouvrage à mi-chemin entre le roman et l'essai et se rapproche d'ailleurs plus de cette dernière catégorie d'écrits. Il y est question de réfléchir sur l'art. Pour cela, Sôseki met en scène un artiste, peintre et poète, qui se retire à la montagne pour méditer sur son art, qui est ici plus largement un art de vivre, grâce à un retour à un contact avec la nature. Pour ce faire, le peintre s'installe dans un établissement thermal abandonné depuis longtemps par les visiteurs et appartenant à un certain monsieur Shioda. Vivent tout de même là quelques habitants dont le peintre va faire la connaissance. Parmi eux, une jeune femme, la demoiselle de Nakoi (le nom de la ville thermale) va exercer une attirance sur lui. Cette demoiselle, prénommée Nami, a subi la " malédiction " d'être aimée par deux hommes et d'être mariée de force par ses parents à celui des deux qu'elle n'aimait pas. Cette histoire fait écho à la légende de la Belle de Nagara (inventée par Sôseki) qui, ne pouvant se décider entre deux hommes, s'est noyée dans la rivière. Les deux histoires évoquent au peintre le tableau d'Ophélie peint par Millais. 



     Plus tard, subjugué par la beauté de Nami, le peintre tentera de revisiter ce tableau en y associant le visage de cette demoiselle de Nakoi sans toutefois y parvenir, un sentiment manquant sur le visage de Nami : la nostalgie. Tout au long de cet ouvrage on retrouvera ainsi des échos au mythe d'Ophélie puisqu'apparemment la malédiction de Nami est une malédiction de famille. En effet, au gré de ses promenades, le peintre va découvrir l'étang du Miroir où, il y a très longtemps, la demoiselle Shioda s'est jetée suite au refus de son père de la voir épouser un moine. Cette malédiction qui touche les filles de la famille Shioda apporte à ce roman une touche de romantisme qui vient se mêler à la grande poésie qui ressort de ses lignes.


     Mais cette œuvre, en dehors de sa trame narrative assez restreinte, est également une œuvre de contemplation. Ainsi on peut lire de magnifiques et nombreuses descriptions de paysages japonais traditionnels qui font avancer le peintre dans sa réflexion sur la création artistique qu'il fait partager au lecteur. Ses questionnements concernent principalement la différence entre l'art occidental et l'art japonais, l'art raffiné et celui de mauvais goût, le rapport de l'artiste avec son sujet, l'état d'esprit que doit prendre ledit artiste. Toutes ces réflexions sont étayées par des citations ou des références à des artistes à la fois occidentaux et orientaux.

 


     La structure de ce livre est originale, puisqu'il mêle donc récit oscillant entre Japon et occident et quelque chose qui relèverait d'un essai esthétique. Le tout offre une critique de la modernité et une ôoe au Japon traditionnel que Sôséki inclut en parsemant son roman de haikus. Sôséki dénommant lui-même ce roman, un roman-haiku. Il est tout de même assez paradoxal de se dire que cet ouvrage, critique de la modernité et de Tokyo et qui se concentre sur ce qui fait la sensibilité japonaise ancestrale se trouve être considéré comme le point de départ de la modernité au Japon.


Anthony, Éd.-Lib. 2A



Sur la vie de Sôseki, voir Au temps de Botchan, manga de Taniguchi et Sekikawa, Seuil, 5 vol.

Par Anthony - Publié dans : fiches de lecture AS et 2A
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Retour à l'accueil

Syndication

  • Flux RSS des articles
 
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés