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23 avril 2008 3 23 /04 /avril /2008 08:02

 

 Introduction

 

     Selon l'Institut suisse jeunesse et médias (ISJM) " la littérature pour la jeunesse n'est pas un simple miroir de la société. Elle fait partie de la société. D'une part, elle est liée à un contexte sociohistorique ; elle est d'autre part une production culturelle et participe donc à la fabrication du sens qui permet de penser le monde. " La littérature jeunesse favorise la compréhension de l'Autre mettant en valeur l'altérité aussi bien textuellement que graphiquement."

     Nous avons donc choisi de travailler sur la représentation de l'Afrique et des Africains dans l'album. Pour cela nous avons sélectionné trois types d'albums ; notre travail s'articule donc autour des questions suivantes :

 Quelle image de l'Afrique est véhiculée par l'album jeunesse ? Quelles sont les images données aux enfants français ?

 Comment est représentée l'altérité ?

  

I. L'Afrique sauvage, dure, impitoyable : une quête initiatique

 

     Cette première catégorie d'albums représente une Afrique rurale, très ancrée dans ses traditions et dans son règne animal. On oscille entre le conte et la réalité : les jeunes garçons traversent différents obstacles et épreuves qui les conduisent lentement vers l'âge adulte.

     Mais cette représentation de l'Afrique n'est elle pas un peu stéréotypée ?

 

 

Kuli et le sorcier
Dominique Mwankumi et C. Norac
Ecole des loisirs. Collection " Archimède ", 2001.


Résumé

     Kuli, enfant du Congo (ex-Zaïre) va enfin réaliser son rêve : passer une nuit dans la mystérieuse forêt équatoriale et approcher de près les antilopes. Mais entrer dans une telle forêt n'est pas une promenade. Kuli y fera des rencontres étranges et fera face à de nombreux dangers.

     Ce seront ses premiers pas dans un monde inconnu...

 

Critique

     Cette histoire est basée sur un souvenir authentique. Dominique Mwankumi, artiste africain né en 1965, a raconté son enfance à l'écrivain Carl Norac. Celui-ci a choisi de mettre sur papier un de ces moments vécus au coeur de l'Afrique. Dominique Mwankumi y a ensuite ajouté ses images intérieures. Ne vous étonnez pas si Kuli, le héros de ce livre, lui ressemble un peu.

 

Carl Norac

Né le 29 juin 1960 à Mons en Belgique, la veille de l’indépendance du Congo.

Poète et auteur de romans et albums

1984-1990 : intense période de voyage (Asie et Afrique) qui lui inspirèrent ses histoires.

 

 

 

Yakouba
Thierry Dedieu
Seuil jeunesse, 1994

Site éditions du Seuil

Résumé

     Yakouba, est un jeune Africain qui arrive à l’âge de devenir guerrier. Pour apporter la preuve de son courage, il doit affronter le lion et le tuer. Pendant des jours il cherche le lion, et finit par le rencontrer. Mais Yakouba voit devant lui un lion blessé. Il se trouve donc face à un dilemme : soit il tue le lion et passe pour un grand chasseur, soit il le laisse vivre et sera mis à l’écart de sa tribu. Yakouba laissera partir le lion. Depuis ce jour, il garde le troupeau, à l’écart du village, mais celui-ci n’a plus jamais été attaqué par les lions.

 

Thierry Dedieu

Né en 1955 à Narbonne

Prix Sorcière pour Yakouba en 1994 = récit initiatique, exotique et ethnologique.

NB : paru en 2007 au Seuil jeunesse, Kibwé est la suite de cet album.

 

Critique

     A travers cet album, les enfants découvrent l'importance du choix et du droit à la liberté individuelle tout en voyageant et en découvrant une nouvelle culture.

     La plupart des auteurs jeunesse qui se sont intéressés à l’Afrique l’ont représentée avec des couleurs vives et chaudes. Dedieu voit au contraire l’Afrique en noir et blanc pour illustrer cette histoire tragique. C’est un album sur le sens de la dignité et du courage particulièrement saisissant par son texte composé de phrases brèves et incisives et par son illustration presque violente, traitée en noir et blanc, tout en clair-obscur, qui intensifie d’autant plus la tension inhérente à l’histoire.

 

 

ANALYSE GLOBALE :


     Les deux albums ne représentent pas l'Afrique sauvage de la même manière. Ils offrent une vision très rurale de l'Afrique. La quête initiatique est commune aux deux albums, le jeune garçon doit prouver son courage. Dans les deux cas l'Animal est au centre de cette quête (lion / antilope).

     Yakouba : la couleur, les textes, la typographie en font un magnifique album mais assez violent. Pour les enfants, cela peut presque paraître effrayant. La vie du petit Africain semble très difficile....

     A l’inverse, Kuli et le sorcier : les couleurs ne sont pas les mêmes : le jaune orangé et le vert donnent un aspect beaucoup plus doux à cet album.

     On pouvait penser, au départ, que ces deux albums offraient une vision stéréotypée de l'Afrique, mais l'album de Dominique Mwankumi s'inspire de sa propre histoire. Il a en effet passé son enfance au Congo. A propos des couleurs employées dans l'album, l'auteur déclare que : " ces couleurs viennent, en partie de ma petite enfance, de mon village natal et de mes parents. J'ai vécu deux ans dans la forêt équatoriale et la savane du Congo. C'est là que j'ai retrouvé mon âme d'enfant et les couleurs de ces souvenirs. "

     Les deux albums peuvent donc refléter une Afrique encore réelle et restée très rurale.

 

 

II. L'Afrique rurale : au coeur des traditions africaines

 

     Ici nous nous attacherons davantage aux croyances et aux rites africains : c'est la vie quotidienne des tribus qui nous est présentée à travers le regard d'un enfant africain.

   

L’espoir pélican
Texte de Carl Norac
Illustrations de Louis Joos
Pastel, Ecole des Loisirs, 1998

Site L'Ecole des loisirs
 

Résumé


     La maman de Houraye est emmenée à l’hôpital. La petite fille veut tout faire pour qu’elle reste en vie : elle part donc, sur les recommandations de celui qu’on appelle le Cousin, avec un petit paquet pour le porter au bout du monde.

     Après maintes aventures, elle parvient à cet endroit où elle voit le pélican : " elle sait que ces oiseaux-là portent la vie au bout des ailes ".

    L’espoir est le thème central de cet album.

 

Critique


     Les changements de cadres ou les variations de couleurs permettent de passer insensiblement d’un univers à un autre. Dans L’Espoir Pélican (toujours avec Carl Norac), le travail des images consiste à nous montrer à la fois l’Afrique noire où vit Houraye, la jeune héroïne, et à nous faire sentir ses sentiments. Pour parler du paysage, Louis Joos utilise le plan large ou le croquis et laisse sous la couleur apparaître le trait gris du dessin. Pour donner à lire les sentiments de la jeune fille, il fait un zoom sur elle, met dans le flou le paysage qui n’est plus que couleur et élimine le réalisme.

 

L’Afrique, Petit Chaka
Sellier Marie et Marion Lesage (illustrations)
Réunions des Musées nationaux, 2001

Site RMN


 


Résumé


     Un petit garçon d’origine africaine interroge son grand-père sur l’Afrique de son enfance. L’enfant découvre alors, à travers la vie de son grand-père, une Afrique pleine de couleurs, de magie et de rites mystérieux.

 

Analyse (cf. site de l’université de Lille en section jeunesse)


     " Le choix du support des illustrations est important dans ce livre car il permet de réaliser des effets spécifiques. En effet, la magie se dégage des contours et du cadre dans lequel se déploient les formes et les personnages. Les peintures à l’huile, reproduites sur du papier rustique superposé (papier à grain, kraft...), dont les traits stylés font ressortir l’esprit africain, peuvent inciter le lecteur à découvrir l’art original qui les a inspirées. Les sujets de ces peintures paraissent cependant irréels : les personnages représentés sans visage ressemblent plus à des silhouettes, à l’exception cependant de la mère du grand-père dont le portrait est bien détaillé. Un album sur l’initiative du musée national des arts d’Afrique et d’Océanie


     Ces peintures s’opposent aux photos d’objets d’art africain qui renforcent et illustrent systématiquement la page de texte (objets, conservés au musée, que l’on retrouve à la dernière page, nommés et classés selon leur pays d’origine). Ces photos replongent le lecteur dans la réalité et prouvent la véracité des propos du grand-père. "

 

ANALYSE GLOBALE :


     Dans ces deux albums, l’enfant africain est présenté comme courageux, vaillant et proche des autres. Ces valeurs de courage et de fidélité sont récurrentes dans la représentation de l’Afrique et des Africains dans la littérature jeunesse. La vie quotidienne et la vie en communauté sont essentielles : l'enfant africain est toujours représenté à travers un groupe uni et soudé.

 

 

 

III. L'Afrique urbaine et contemporaine

 

     Deux albums offrent la vision d'une Afrique plus contemporaine, différente de l'Afrique sauvage et rurale des premiers albums.

 

 

Moi j’attendais la pluie
Véronique Vernette
Points de suspension, 2004

Site Points de suspension



Analyse (cf. Ricochet)


     " C’est un livre qui montre une représentation de l’Afrique où les vélos, les bus, les chariots et autres images animées de la ville remplacent la savane, les singes, les éléphants et les sorciers. Elle décrit au plus près le quotidien des habitants de la ville et témoigne de la vie économique et rend compte des pratiques culturelles des Africains. "

 

Le Taxi brousse de Papa Diop
Christian Epanya.
Syros, 2005

site Syros



Résumé


     Un jour, Papa Diop a quitté son commerce d'arachides et s'est acheté un superbe minibus rouge dans lequel il transporte les voyageurs de Dakar à St Louis au Sénégal. Grâce à son sourire, il réussit toujours à remplir son taxi au grand dam de ses concurrents. Le neveu de papa Diop, Sène, accompagne son oncle lorsqu'il n'est pas à l'école. Chaque voyage est une petite aventure.


Critique (cf. site de l’Armitière, librairie de Rouen)


     Dans le taxi-brousse, moyen de transport en commun au Sénégal, les habitants se croisent. Un cortège de personnages défile, qui permettra au petit lecteur de découvrir quelques facettes de la société sénégalaise. Le livre nous fait découvrir une équipe de lutteurs, un marabout très riche, une femme enceinte sur le point d'accoucher, une fête emmenée par le son des djembés... La solidarité est au coeur de cet ouvrage rythmé et séduisant.

     Ce joli album, écrit et illustré par l'auteur camerounais Christian Epanya, plaira aux tout-petits. Il y a peu de textes et les illustrations aux couleurs chaudes sont pleines de vie.

 

 

L'autre représentation de l'Afrique moderne dans l'album jeunesse est celle de l'immigration.

 

Même les mangues ont des papiers
Yves Pinguilly
Illustrations d’Aurélia Fronty
Rue du Monde, 2006

  Rue du monde sur site Ricochet.

 

Résumé


     Momo et Khady imaginent le monde depuis leur village d’Afrique. Momo rêve de partir de l’autre coté du monde pour travailler et pouvoir soigner et nourrir sa mère et ses sœurs.

     Ils vont attendre que leurs vies soient mûres, comme les mangues, et vont s’embarquer sur un grand navire.

     Pourtant, à peine en mer, les deux enfants sont découverts et les marins leur demandent leurs papier, qu’ils n’ont pas.

     Le capitaine explique que les mangues peuvent voyager, car elles ont leurs papiers.

     Les deux enfants doivent donc débarquer…

 

Yves Pinguilly

     Auteur breton né en 1944. Marin, il a énormément voyagé et est fin connaisseur du continent Africain pour lequel il a écrit environ 15 albums jeunesse.

 

Aurélia Fronty

     A beaucoup voyagé (Indonésie, Afrique, Espagne, Egypte, Bolivie…) et s’est inspirée de ses voyages pour dessiner.

 

 

Analyse


     Un album lumineux qui raconte tout en douceur l’histoire tragique de ces hommes et ces femmes qui quittent leur pays, attirés par les mirages de l’occident. Ici, l’histoire se termine au mieux pour Momo et Kadhy : pas de papiers, pas de voyage. Dans la réalité, la mort mais souvent la misère sont au bout du voyage. Une belle manière d’expliquer aux petits une réalité à la fois abstraite et absurde. Une manière presque trop belle... car rien dans les illustrations d’Aurélia Fronty ne nous fait percevoir la misère qui pousse tant d’hommes et de femmes à quitter leur pays.

Cet album montre une autre Afrique : celle de l’émigration, à travers une histoire poétique. La note finale est positive, comme pour montrer qu’il faut garder espoir, mais la réalité est souvent autre.

Les auteurs de littérature jeunesse peinent à montrer la dure réalité aux enfants. On peut cependant noter que l’amalgame mangue/africain est assez fort et très intéressant : l’auteur dénonce les conditions dans lesquelles sont traités les Africains, à savoir comme de simples marchandises !!!

 

 

Moi Dieu merci qui vis ici
Thierry Lenain
Illustrations d’Olivier Balez
Albin Michel Jeunesse, 2008

Site Albin Michel Jeunesse



Résumé


     C'est l'histoire de Dieu Merci qui a fui son pays, l'Angola, pour la France. Les douleurs de l'exil et l'espoir sont évoqués avec des mots et des images vraies et pudiques. Un album poétique et politique, sur le droit pour chacun de vivre en paix, ici ou ailleurs.

 
Thierry Lenain


     Thierry Lenain est un auteur engagé qui défend activement la cause des sans-papiers dont celle de son ami Dieu Merci.


Olivier Balez


     A l’occasion des Mondiaux d’athlétisme de 2003, il réalise des carnets de voyage sur l’Afrique (Maroc, Ethiopie, Nigeria, Afrique du Sud), le tout pour l’Equipe magazine.


Critique


     Dieu merci est un héros moderne, qui a quitté l'Angola pour venir se réfugier en France.


     L'album de Thierry Lenain est un hymne au courage, au droit à la différence mais aussi au respect de l'autre. Dieu Merci s'en est sorti mais il en va différemment pour des milliers d'autres. C'est un album qui se veut militant et on ne peut que être touché par l'histoire de Dieu merci. La beauté du texte de Thierry Lenain, très poétique, contraste avec le dur labeur enduré par ce héros moderne. Le texte est par ailleurs admirablement servi par les illustrations d'Olivier Balez : celles-ci soutiennent le texte et le renforcent.

 

ANALYSE GLOBALE


     Ces albums abordent un problème de société actuel : celui de l'immigration. Sous une forme poétique, on essaye de faire comprendre aux enfants les phénomènes migratoires et donc de prendre conscience de l'autre dans ses ressemblances et dans ses différences. 
 

Conclusion :

  
     La représentation des Africains dans l'album jeunesse est réaliste ; cependant elle offre une vision assez " étroite " des sociétés africaines. La sur-représentation de thèmes comme " l'Africain – sauvage " ou " l'Africain immigré " ne contribue qu’à véhiculer les stéréotypes d'une certaine Afrique et donc d’un certain type d’altérité.

 

     On remarque néanmoins que la production se diversifie quelque peu ; par exemple, en novembre 2007, Yves Pinguilly a publié un album co-écrit avec N'Naplé Coulibaly sur l’excision des petites filles africaines.

 

NB : album paru en novembre 2007 aux éditions Vents d’ailleurs et illustré par Caroline Player

Maïmouna qui avale ses cris plus vite que sa salive

Résumé


     Quand Maïmouna se réveilla ce matin-là sous le ciel bleu et revêtit son pagne neuf à fleurs rouges, elle ne se doutait pas que les oiseaux au bec coupant avaient planifié l’acte irréparable qui l’empêcherait à jamais de s’ouvrir au monde en toute confiance…

 

      Nous pensons que pour éviter une trop grande restriction des thèmes sur l'Afrique, il conviendrait peut être de diversifier et valoriser la diversité des écrivains africains et de leur donner les moyens de raconter leur Afrique.

     On peut citer l'exemple de Claude Dagail de la " Compagnie créative " qui a collaboré avec les éditions guinéennes Ganndal et l'auteur Boubacar Diallo pour offrir aux enfants un magnifique ouvrage (et illustré par Véronique Vernette) : Le buveur de pluie (épuisé).

Site La Compagnie créative

Marion et Elisabeth
, AS BIB

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Published by Elisabeth et Marion - dans Littératures africaines
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commentaires

Mandalay Hill Resort Hotel 17/03/2017 07:44

Merci pour votre partage.
Ils me ont aidé avec plus d'informations.

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