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24 avril 2008 4 24 /04 /avril /2008 09:55

 



Paul AUSTER,
Smoke suivi de Brooklyn Boogie, 1995,
traduit de l'américain par
Christine Le Boeuf et Marie-Catherine Vacher,
Actes Sud, 1995,
LGF livre de poche, 2001

 












    Ce livre est un recueil contenant le scénario de Smoke, le Conte de Noël d'Auggie Wren, et le scénario de Brooklyn Boogie (film qui a été tourné en 6 jours, les personnages, les décors sont les mêmes que ceux de Smoke, car ce projet est parti d'une improvisation entre les acteurs sur le tournage du film). Auster présente d'ailleurs ces deux scénarios Smoke et Brooklyn Boogie " comme les deux faces d'une même pièce ".

 


Rapide biographie, de l'auteur du scénario mais aussi du réalisateur du film :



• Paul Auster est né en 1947 dans le New Jersey. Dès l'âge de 13 ans, il décide d'être écrivain. Étudiant, il publie des articles sur le cinéma dans la revue Columbia Review Magazine. Il a toujours été attiré par le cinéma, avant Smoke et Brooklyn Boogie, il avait écrit deux scénarios pour des films muets vers l'âge de 20 ans.

     C'est la parution de la Trilogie New Yorkaise à la fin des années 1980 qui le propulse sur le devant de la scène des auteurs contemporains. Il est aujourd'hui traduit en 22 langues et vit à Brooklyn.

 

• Le réalisateur, Wayne Wang, est originaire de Chine, il est né à Hong Kong en 1949 et a fait ses études aux Etats Unis. Il est réalisateur, scénariste, monteur et producteur.

 

Genèse de l'œuvre



     Tout a commencé l
e jour où le directeur du New York Times, demande à Paul Auster d'écrire un conte de Noël pour le journal. Auster n'a pas trop d'idées et n'est pas très emballé. Puis il décide de s'inspirer de son quartier, Brooklyn, et de son marchand de tabac, " Auggie Wren " dans le film. Quelques mois plus tard paraît alors dans le New York Times, Le Conte de Noël d'Auggie Wren. Wayne Wang tombe dessus et le lit avec un tel plaisir qu'il souhaite rencontrer Paul Auster, qu'il ne connaît pas, pour lui proposer de travailler avec lui à la réalisation d'un film. Wayne se rend à New York, lui et Auster se baladent, l'écrivain lui montre les différents coins de la ville où il a imaginé son scénario et où il a fait vivre ses personnages (la boutique de tabac, " The Brooklyn Cigar Company " ; les rues, le restaurant où Auggie raconte son histoire de Noël...). Dès lors, l'aventure commence, Auster ne souhaite pas écrire le scénario mais accorde sa confiance à Wang pour une adaptation, puis, de fil en aiguille, Auster capitule et laisse de côté un roman et s'attelle au scénario. Le tournage commence dans les lieux réels de Brooklyn. Auster participera au montage. L'aventure aura duré quatre années. Smoke sort en 1995 dans les salles et obtient le Prix du meilleur film étranger au Danemark, ainsi qu'en Allemagne.


Le scénario
: Que raconte Smoke ?

  
     Tout le scénario tourne autour d'un bureau de tabac de Brooklyn, " The Brooklynn Cigar Company ", où se croisent les habitants du quartier (la première scène débute dans le bureau de tabac). Il y a trois personnages principaux, et d'autres qui gravitent autour de ces trois là et qui symbolisent les fantômes de leur passé et/ou l'espoir de leur futur.

 


     Il y a Paul Benjamin, l'écrivain qui n'a pas écrit depuis la mort de sa femme et qui commence tout juste à retrouver l'inspiration. [Au passage Paul Auster a pendant un temps, écrit sous le pseudonyme de Paul Benjamin (Benjamin étant son deuxième prénom) et il fume des schimmelpenninck comme l'écrivain du scénario.]

 


     Il y a Auggie Wren qui tient la boutique de tabac ; il est grincheux, bien que gentil, c'est aussi un sacré magouilleur.

 


     Puis il y a Rachid (Thomas Cole de son vrai nom, mais il est nommé Rachid tout au long du scénario car c'est ainsi qu'il se présente lors de sa première apparition), un jeune des quartiers qui a des ennuis, un lourd passé familial et une envie furieuse de liberté et de réussite.

 


     Comme souvent chez Auster, nous avons dans Smoke, des personnages de la vie quotidienne incarnant la diversité, l'humanité et la complexité d'une vie, des personnages qui vont être amenés à mieux se connaître entre eux et à l'intérieur d'eux-mêmes.

 

- Rachid et Paul, parce que Rachid va sauver l'écrivain en lui évitant de se faire renverser par un camion. Paul va alors, en voyant que son sauveur est dans le besoin, lui proposer de l'héberger.

- Auggie et Paul parce que Paul lui achète deux paquets de schimmelpenninck par semaine. Un jour Paul arrive en retard à la boutique, l'heure tardive va donner à Auggie et Paul l'occasion de faire connaissance autour de l'œuvre d'Auggie, la photographie.

- Auggie et Rachid parce que Paul va s'arranger pour qu'Auggie engage son petit protégé dans la boutique.


     Nous avons donc ici plusieurs tranches de vie. Auggie tente de gérer sa boutique, tandis que l'une de ses ex-petites amies lui apprend qu'il a probablement une fille, aujourd'hui enceinte et droguée. Ce marchand de tabac prend en photo tous les jours la rue de son commerce afin d'évaluer le temps qui passe. L'écrivain Paul Benjamin tente de retrouver l'inspiration après la mort de sa femme. Son quotidien est bouleversé par l'arrivée de Rachid, un jeune noir mythomane qui lui a sauvé la vie et qui est à la recherche du père qu'il n'a pas connu. Au fil du scénario, Rachid retrouvera son père et Paul retrouvera l'amour et l'inspiration grâce à une jolie libraire de Brooklyn. Les changements qui s'opéreront dans l'histoire sont dus aux rencontres des personnages et à l'amitié qui se noue entre eux.

 


     La fin du scénario est un clin d'œil à la rencontre du réalisateur et de l'écrivain qui s'est faite, rappelons-le, grâce au Conte de Noël d'Auggie Wren.

 


     Nous avons en effet une mise en abyme rigolote ; Paul annonce à Auggie que le New York Times l'a contacté pour qu'il écrive un conte de Noël pour eux. Mais, il n'a pas d'idée. Auggie lui propose alors de lui raconter une histoire qui lui est arrivée et qui peut s'apparenter à un vrai conte de Noël...

 


Pourquoi Smoke ?

 


     Sûrement au premier abord parce que l'histoire tourne autour d'un bureau de tabac. Mais également parce qu'il est facilement observable que tout le monde fume dans le scénario, c'est d'ailleurs beaucoup plus flagrant dans le film ; on ne cesse de voir les personnages allumer une cigarette, l'éteindre, en acheter, en vendre. De plus, il y a plein d'allusion dans l'histoire, allusions souvent données par Paul Benjamin sous forme d'histoires rigolotes. On a également toute une scène dans le scénario, qui a été coupée dans le film, où Auggie est pris d'une quinte de toux effroyable.

 


     Paul Auster dit que le mot smoke renvoie à plusieurs choses à la fois. C'est une allusion au débit de tabac, bien sûr, mais aussi à la propriété qu'a la fumée d'obscurcir les choses et de les rendre illisibles. La fumée n'est jamais fixe, elle change sans cesse de forme. De même que les personnages du film changent quand leurs vies se croisent. Signaux de fumée... écrans de fumée... fumée flottant au vent. De façon minime ou importante, chaque personnage est sans cesse modifié par les personnages qui l'entourent.

 


Analyse scénario/film, texte/image :

 


     Définition du scénario selon Wikipédia : " L'écriture scénaristique se démarque de l'écriture littéraire par sa présentation de faits visuels et auditifs, toujours au présent, et se rapproche en cela de l'écriture théâtrale. "

 


     Dans la lecture, on a l'importance du côté scénario, en effet c'est un peu comme lorsqu'on lit du théâtre. Ça se présente à peu de chose près de la même façon, seul le vocabulaire n'est pas le même, ainsi à chaque changement de scène nous avons quelque chose comme :

 

"22.INT (ou EXT). JOUR (ou NUIT).APPARTEMENT DE PAUL"

soit : le numéro de la scène, le fait qu'elle se passe en intérieur ou en extérieur, de jour ou de nuit et le lieu.


     Il y a également dans un scénario une abondance de didascalies. Ici elles sont d'autant plus présentes qu'elles viennent d'un romancier qui a le souci de mettre en images ce qu'il imagine. Dans un scénario, on assiste au découpage technique également ; on a des termes comme " FERMETURE ", " OUVERTURE " ou encore " FONDU SUR LES VISAGES ", on a des indications comme " la caméra se rapproche lentement du visage pendant qu'Auggie parle ". Les descriptions sont ultraprécises. Non seulement on a l'état d'esprit des personnages mais aussi leurs actions détaillées. La description des décors est aussi très précise, elle nous aide à être dans l'ambiance exacte, du moins celle qu'a voulue l'auteur.

 


     On peut alors se demander si au final le lecteur ne perd pas cette liberté qu'il a habituellement, celle de se créer sa propre image, son propre imaginaire.

 


     Pour l'aspect littérature urbaine, on peut dire que les deux scénarios (Smoke et Brooklyn Boogie) sont une sorte d'ode à Brooklyn, les didascalies nous y font voyager en plein coeur, des milieux populaires, parfois peu fréquentables. Brooklyn est le quartier où vit Auster et où Harvey Keitel (l'acteur qui joue Auggie) a passé toute son enfance.

 




L'interview :

 


     En préambule, on a une interview de l'écrivain ; on y comprend toute la difficulté pour un auteur de mettre les mots en images, de voir son texte minutieusement écrit, changé au fil des scènes. Il y a aussi les scènes coupées au montage qui font mal au coeur. Alors qu'un roman peut faire 90 pages aussi bien que 500 pages, un film ne peut pas durer plus de deux heures. Se mettre dans la peau d'un scénariste n'a pas été facile pour Auster. Quand, en tant que lecteur, on lit le scénario et qu'on voit le film, on comprend tout cela, on se rend compte des scènes supprimées, des dialogues qui diffèrent.

 


     J'ai beaucoup aimé cette lecture, que j'ai considérée un peu comme une expérience ; j'ai lu le scénario, j'ai ensuite vu le film tout en essayant de le suivre avec le scénario à la main et j'ai lu l'interview de l'auteur avec ses impressions.

 


     Ce qui m'a plu c'est qu'un scénario est une histoire d'écriture tout aussi bien qu'un écrit, il y a le scénario, à l'origine, les tournage et les images à la fin. L'histoire évolue avec les différentes étapes de la construction du film. Durant le jeu, les dialogues évoluent, des éléments apparaissent, disparaissent et tout cela l'auteur ne peut le gérer, il doit accepter que son oeuvre soit modifiée.

 


     Pour finir, une citation de Paul Auster s'exprimant sur le rapport incessant au tabac dans son scénario/film :

 

"Eh bien, c'est un fait que des gens fument. Si je ne me trompe, ils sont plus d'un milliard à jouer du briquet tous les jours dans le monde entier. Je sais que le lobby antifumeurs est devenu très puissant depuis quelques années dans ce pays, mais le puritanisme a toujours existé chez nous. D'une manière ou d'une autre, les buveurs d'eau et autres exaltés ont toujours représenté une composante de la vie américaine. Je ne prétends pas que fumer est bon pour la santé, mais, comparé aux transgressions quotidiennes dans les domaines politique, social et écologique, le tabac est un problème mineur. Des gens fument, et ils aiment ça, même si ce n'est pas bon pour eux."


Louise, 1ère année Ed/Lib

 

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