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26 avril 2008 6 26 /04 /avril /2008 22:22


Orhan PAMUK
Istanbul. Souvenirs d’une ville, 2003
Traduit du turc par
J.-F. Pérouse, Savas Demirel et Valérie Gay-Aksoy
Gallimard, 2007

















Brève biographie :





     Orhan Pamuk est né le 7 juin 1952 à Istambul. Il est très reconnu en tant qu’écrivain en Turquie et dans le monde, ses livres ayant été traduits en plus de 20 langues. Orhan Pamuk a également reçu de nombreux prix littéraires, notamment le Prix Nobel de littérature le 12 octobre 2006.

     Cet auteur défend des opinions contraires à celles du gouvernement turc, en reconnaissant le génocide des Arméniens. C’est pour ces propos qu’Orhan Pamuk est menacé régulièrement et qu’en octobre 2005 l’écrivain a été mis en examen pour insulte délibérée à l’identité turque. Il souhaite également que la Turquie rentre dans l’Union Européenne.

    Orhan Pamuk a beaucoup écrit durant sa carrière d’écrivain, voici quelques titres de son œuvre :

Le Château Blanc (1996)
La vie nouvelle (1999)

Mon nom est rouge (2001)

Neige (2005)



Istambul. Souvenirs d’une ville :


     Cet ouvrage relate l’enfance et la jeunesse d’Orhan Pamuk à Istambul. L’histoire de la ville et celle de cet enfant sont intimement imbriquées, la première influençant sans nul doute la seconde. En effet, tout au long de l’œuvre, le lecteur découvre comment Orhan se construit avec la ville d’Istambul (d’où le titre du livre). L'ouvrage est illustré de photos de famille et de vues d’Istambul, en lien avec la trame narrative.

     Orhan Pamuk grandit dans l’immeuble familial d’une famille assez aisée d’Istambul. Son père est souvent absent, sa mère trop protectrice. Orhan vit dans un environnement feutré : l’appartement " musée " de sa grand-mère, un lieu sombre et austère, autrement dit pas l’endroit idéal pour un enfant. Aussi Orhan va-t-il très vite s’inventer un monde parallèle dans lequel il construira des histoires, afin d’échapper à la monotonie du réel.

     Au cours du récit, Orhan nous emmène dans les rue d’Istambul. On y découvre l’architecture mais aussi les konak (anéantissement par le feu des bâtiments anciens afin d’oublier l’empire fort d’autrefois, face à l’incapacité d’instituer à la place un monde " occidental " fort).

     C’est pendant son enfance qu’Orhan va découvrir les paysages du Bosphore réalisés par Melling, dessinateur occidental ayant séjourné 18 ans à Istambul. Orhan qualifie les représentations du fleuve de Melling de " monde merveilleux et heureux ". C’est en admirant les paysages de Melling que naîtra son goût pour le dessin, et, dès 15 ans, il commence à peindre des paysages d’Istambul.


Aquarelle de Melling

 
    L’écriture aussi deviendra rapidement un de ses principaux centres d’intérêt, avec l’influence de romanciers turcs comme Tampinar. Les écrivains turcs de cette époque étaient éblouis par la littérature occidentale, pris entre Orient et Occident, tout comme la ville d’Istambul à la même époque. En effet, le pays est alors à une période charnière de son histoire, avec la fin de l’empire Ottoman si puissant et l’ouverture au monde occidental.

 

     Orhan est aussi séduit par les écrits de romanciers occidentaux tels que Flaubert ou Théophile Gauthier.

     Dans cet ouvrage, Orhan Pamuk insiste sur le changement d’identité de la ville qui s’opère lors de son enfance. En effet, cette ville est séduite par le mode de vie occidental mais est retenue par son passé. À vouloir devenir une ville occidentale, Istambul perd sa richesse culturelle. Des panneaux sont disposés dans toute la ville avec l’inscription " Citoyen, parle turc ! ", alors qu’Istambul est une ville habitée par des hommes de nombreux pays. Orhan voit dans ces transformations une tentative d’uniformisation de la ville et un risque d’appauvrissement de la culture turque.

     Adolescent, Orhan est envoyé dans un lycée étranger pour améliorer son anglais. Il s’inscrira en études d’architecture mais abandonnera rapidement. C’est à ce moment du récit, lorsqu’il fait l’école buissonnière, qu’Orhan nous fait découvrir les quartiers pauvres et délabrés d’Istambul et que l’on ressent la tristesse qui émane de cette ville gorgée d’Histoire.

     Vers la fin du récit, Orhan rencontre son premier amour, Rose Noire. Celle-ci pose pour lui lorsqu’il peint et ils s’attacheront profondément l’un à l’autre. Mais les parents de cette jeune fille refusent qu’elle vive avec un peintre et l’enverront étudier en Europe pour qu’ils ne se revoient plus.

     Le style d’écriture est assez littéraire, plutôt descriptif.

 

Les thèmes récurrents :


- le noir et blanc :

le noir et blanc est très présent dans cette œuvre, il caractérise la tristesse de la ville qui est notamment illustrée par les vieilles photos en noir et blanc, nostalgie du passé glorieux.

     Le noir et blanc c’est aussi l’atmosphère feutrée et sombre de l’appartement " musée " de la grand-mère, et toutes les photos en noir et blanc qui trônent encadrées sur le piano. La ville sombre, par ses murs mal entretenus par manque de moyens, la neige qui tombe en hiver, la pauvreté de la ville et la modestie épurée de l’architecture ottomane, tout est noir et blanc dans cette ville au passé glorieux.


- le Bosphore :

le Bosphore est un fleuve emblématique, aussi sombre que la ville et mouvementé comme l’histoire de la Turquie. Orhan compte les bateaux qui passent sur le Bosphore, et tous les stambouliotes accordent une importance démesurée à ce fleuve qui les relie au monde occidental.


- le Hüzün :

le hüzün est un mot d’origine arabe qui signifie à la fois mélancolie et tristesse. Il caractérise la ville d’Istambul et ses habitants car l’histoire de la ville, l’effondrement de l’empire ottoman se reflète dans les paysages et chez les stambouliotes. De la tristesse car les moments glorieux et heureux sont passés et ne reviendront plus, de la mélancolie car ces bons moments restent dans les mémoires comme de très bons souvenirs. Selon Orhan Pamuk, le hüzün est le " sentiment le plus fort et le plus permanent de l’Istambul de ces derniers siècles " (p.116). Le hüzün est " un état d’esprit que la ville s’est approprié avec fierté ou elle fait comme si elle se l’était approprié ".

Dans ce récit, la mélancolie et la tristesse de la ville sont mises en parallèle avec la mélancolie et la tristesse du jeune stambouliote Orhan Pamuk.

 



Mes impressions sur cette œuvre :


     J’ai beaucoup apprécié la lecture de cet ouvrage qui nous plonge au cœur d’Istambul à travers les yeux d’un enfant et nous fait apprécier la beauté triste de cette ville.

     J’ai découvert cet auteur en lisant La vie nouvelle, roman que l’on peut classer dans le réalisme magique qui nous fait voyager aux quatre coins de la Turquie. La lecture d’Istambul. Souvenirs d’une ville, nous aide à comprendre l’attachement d’Orhan Pamuk à son pays et à la culture turque.


Claire, 1ère année éd/lib

 

 

 

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