Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
4 mai 2008 7 04 /05 /mai /2008 09:03


 

MURAKAMI Haruki
Le Passage de la nuit
Titre original : After Dark, 2004
Traduction française : Hélène Morita,
avec la collaboration de Théodore Morita
Belfond, 2007














Articles de Julia et Marlène.





1. Article de Julia


L'Auteur




    Murakami Haruki est né en 1949 à Kyoto. Dès l'âge de treize, quatorze ans il est touché par la littérature européenne. Son goût pour les auteurs occidentaux classiques,Tolstoï, Dostoïevski,Tchekhov, Balzac, Flaubert, Dickens, est fortement encouragé par son père, professeur de japonais.

 

 

 

     Dans les années 60, la culture américaine devient très attirante. Haruki découvre la pop-culture les beatniks, le jazz, le rock, des auteurs tels que Richard Brautigan, Truman Capote, Scott Fitzgerald, Ed Mc Bain, Mickey Spillane...

     Il étudie la langue anglaise puis tient un bar de jazz pendant plus de 7 ans, le Peter Cat, nom qui fait référence à son enfance solitaire, avec les chats pour seule compagnie.

     Il reçoit en 1979 le prix Gunzo pour son tout premier roman, Écoute le chant du vent.

     Son troisième roman, En quête du mouton, est le premier à avoir été traduit et présenté à l'étranger.

    Après ce roman, il se limite à l'écriture de nouvelles : Un jour parfait pour le kangourou, Luciole-brûler des granges et autres nouvelles. Il est largement inspiré par les auteurs américains : Scott Fitzgerald, Truman Capote, Raymond Carver. Il affirme s'être " efforcé d'apprendre de Fitzgerald sa capacité à décrire des sentiments qui toucheront l'âme des lecteurs, de Capote, l'élégance et la précision extrême du style, de Carver, la spontanéité stoïque et l'humour caractéristique ".

     Il publie également des essais et traductions d'auteurs américains (Raymond Carver, John Irving)

     Il s'installe aux Etats-Unis où il enseigne la littérature japonaise à l'université de Princeton

     Le tremblement de terre de Kobe, en 1995, et l'attaque au sarin dans le métro de Tokyo le marquent fortement au point qu'il décide de rentrer au Japon. Ces terribles événements lui ont inspiré Après le tremblement de terre, publié en 2002. Le Passage de la nuit, publié en version française en 2007, est son dernier roman.

 

L'Histoire


     Le roman s'ouvre sur la ville de Tokyo, décrite, de nuit, comme " une gigantesque créature " submergée par " une mer de néons multicolores". Une horloge présente à chaque début de chapitre égrène les minutes, nous guidant dans les profondeurs de la nuit électrique. Des destins totalement différents s'entrecroisent : une adolescente en fuite, un jeune garçon passionné de jazz, la gérante d'un love hôtel, ancienne catcheuse, une prostituée chinoise tabassée par un salary man aux pulsions violentes...

 

 

 


     Il est alors près de minuit lorsque nous poussons la porte du restaurant Denny's. La jeune Mari, que nous allons suivre tout au long du récit est assise, seule à une table, absorbée par sa lecture. C'est une jeune étudiante, qui, fuyant le cocon familial, est propulsée dans l'effervescence d'une ville qui semble ne jamais dormir. Son errance va l'amener à fréquenter des lieux, inconnus le jour, mais si étrangement familiers la nuit. Cette jeune fille a une soeur, Eri, superbe mannequin, adolescente réfugiée dans un sommeil sans fin, qui se coupe du monde par les songes. Les destins des deux jeunes soeurs sont opposés mais Murakami Haruki choisit la technique du " cut up " pour lier et entremêler ces deux existences en proie au doute. C'est par cette nuit blanche que Mari espère trouver les réponses à ses questions et comprendre l'attitude de repli sur soi de sa soeur.

 

 

 


     Mari, toujours à sa lecture, est bientôt interrompue par un jeune musicien de jazz, Takahashi, qu'elle a déjà rencontré sans vraiment le connaître. Plus tard elle sera témoin d'un drame : une prostituée chinoise de l'hôtel Alphaville est tabassée par un client. Parlant chinois couramment, elle accepte de traduire les paroles de la victime à la gérante de l'hôtel.

 

 

 

     Murakami nous précipite dans un univers sombre où dominent la solitude et les inquiétudes propres au monde moderne.

     L'écriture de Murakami Haruki peut nous paraître déstabilisante. Il écrit dans un style très concis, dans la continuité des auteurs américains, Chandler, Carver, qu'il a traduits. Il utilise un point de vue troublant : grâce à l'emploi du " nous ", le lecteur devient spectateur, accompagné par l'auteur. Le Passage de la nuit est écrit comme un scénario. Chaque scène est filmée et donc racontée selon un angle de vue différent ; l'auteur propose de multiples lieux d'action, une description rapide et efficace des personnages ainsi qu'une musique qui vient faire office de bande originale.

     Cette écriture cinématographique donne vie à la réalité urbaine qui subitement s'agite et nous entraîne dans un univers complexe et foisonnant. L'auteur demande l'implication totale du lecteur; cette réalité ne semble exister que par lui et par son " oeil-caméra ". Murakami se situe entre la perception et le langage.

     Le livre bouscule nos sens ; nous prenons plaisir à entendre au loin les mélodies douces des Pet shop boys, Les Suites anglaises de J.S. Bach interprétées par Ivo Pogorelich ou encore un morceau de jazz de Benny Golsen : Five spot after dark. Murakami joue de ce pouvoir de narration ; il ne montre que ce qui est utile, rejetant les éléments et descriptions superflus ce qui donne de la légèreté au récit.

     Le Passage de la nuit est influencé par le cinéma, particulièrement la Nouvelle Vague et Jean-Luc Godard. Un des lieux principaux de l'action est un love hôtel nommé Alphaville en référence au film Alphaville : une étrange aventure de Lemy Caution. Alphaville est une ville où dire " je suis un homme libre " n'a pas de sens. Ce monde aseptisé nie la liberté et seuls sont autorisés " silence, logique, sécurité, prudence ". Mais Murakami Haruki ne cherche pas à faire une critique de la société urbaine. Son récit ne suit en aucun cas une logique rationnelle dictée par les machines. Au contraire le roman oscille entre réalité et imaginaire. En utilisant le réalisme magique, Murakami mêle adroitement des phénomènes étranges au récit : une télévision se met brusquement en marche, Eri se retrouve subitement enfermée dans une pièce sans issue, un miroir garde les reflets.

Au final, la nuit passe, légère comme une ombre enfouissant à jamais ses secrets, effaçant les preuves.


Avis de lecture

 

 

 


     A première lecture, le roman m'a quelque peu déçue. J'ai trouvé par moments l'histoire décousue et j'ai eu des difficultés à trouver une certaine unité entre les deux histoires : celle de Mari et celle d'Eri.

 

 

 

     Pour bien apprécier le roman, il m'a fallu une lecture plus approfondie. J'ai ainsi pu mieux saisir l'atmosphère du récit. En effet, Murakami Haruki utilise de nombreuses références à des films, des musiques ainsi qu'à des épisodes de sa vie qui l'ont fortement marqué : une enfance solitaire avec pour seule compagnie des chats, la passion du jazz et de Franz Kafka, le tremblement de terre de Kyoto. Le livre est empreint de tous ces éléments qui lui donnent une dimension beaucoup plus complexe que l'écriture épurée de l'auteur ne pourrait le laisser paraître. J'ai découvert un univers musical qui m'était jusqu'alors inconnu et redécouvert Alphaville de Jean-Luc Godard

     A mon avis, Le Passage de la nuit n'est pas le meilleur des romans de Murakami mais on retrouve dans son style percutant toute son efficacité à décrire avec une économie de moyens les sentiments les plus complexes.


Julia, 1ère année bibliothèque-médiathèque


2. Fiche de Marlène.





L’histoire :

 

  
     Il est minuit à Tokyo et une jeune fille, Mari est seule dans un Denny’s, c’est un fast-food. En parallèle, sa sœur, une jeune fille très belle, dort dans son lit.


     Mari rencontre un jeune homme, Tetsuya Takahashi, qu’elle connaît quelque peu puisqu’elle l'a déjà rencontré lors d’une après-midi passée à la piscine d’un hôtel avec sa sœur. Ce jeune étudiant a un groupe de jazz et répète la nuit dans un local pas très loin du Denny’s. Ils discutent, puis le jeune homme repart jouer. Mari, elle, continue à lire mais une femme qui s’appelle Kaoru, et qui est une ancienne catcheuse, vient la chercher. Cette dernière est patronne d’un love hôtel qui s’appelle Alphaville ; la clientèle est constituée de prostituées, de jeunes couples ou encore des couples illégitimes. Kaoru a besoin d’aide parce qu’une prostituée chinoise vient de se faire tabasser et est en sang dans une des chambres du love hôtel. Kaoru a appelé le jeune musicien qui lui a conseillé d’aller au Denny’s où elle trouvera Mari qui fait des études de chinois et qui le parle couramment. Cette " péripétie " permet à Mari de rencontrer d’autres personnes qui ne sont pas du tout de son milieu, puisqu’elle vient d’une famille aisée. Elle se retrouve donc à passer une partie de la nuit dans ce love hôtel avec une ancienne catcheuse, une prostituée, une femme recherchée par la mafia... Autant de personnes différentes.


     Eri, sa sœur, dort depuis plusieurs mois sans se réveiller. On l’observe à travers " l’œil d’une caméra " et plusieurs événements étranges arrivent. D’abord la télé s’allume alors qu’elle est débranchée, ensuite Mari disparaît de son lit pour apparaître dans une pièce étrange que l’on voit à la télé. Autant de faits inexpliqués.



Les thèmes récurrents

   


Le cinéma et la musique :

 


     Le cinéma et la musique tiennent des places majeures dans le roman.

 


     Tout d’abord, la musique. Il y a énormément de références à différents styles de musique qui vont d’ Eric Clapton, Jimi Hendrix, donc des musiciens de rock, à Curtis Fuller qui est plutôt un jazzman. Ces références donnent une identité au livre, à l’auteur et aux personnages qui font qu’on y croit et qu’on se plonge dedans.

 

     Le cinéma
, quant à lui, est encore plus présent, et pour plusieurs raisons. En premier lieu pour les descriptions qui sont faites à travers ce qu’Haruki Murakami appelle " l’œil caméra " ou encore tout le vocabulaire cinématographique : " angles de vue ", " mise au point ", " capture à nouveau l’ensemble de la chambre "...

     Ensuite il y a, tout comme pour la musique, beaucoup de références cinématographiques comme par exemple le nom du love hôtel qui est Alphaville, référence au film de Jean Luc Godard. C’est également dans le livre, le film préféré de Mari qui cherche donc une explication au nom de l’hôtel, pages 66-67-68. Pour résumer, dans le film de Godard, Alphaville est une cité imaginaire où tout sentiment profond (tristesse, amour, joie...) est interdit sous peine d’exécution. Il y a certes du sexe dans cette cité mais du sexe sans amour, comme dans ce love hôtel.

      Ce roman est éminemment visuel et cela passe même par la présentation. En effet chaque chapitre débute par une horloge, qui nous indique l’heure qu’il est dans le livre, et par une brève description de la scène (ex : Mari et Kaoru marchent dans une ruelle déserte). Ce parti pris fait penser à un scénario. 


Le réalisme magique



     Haruki Murakami a dit : " J’ai toujours considéré l'écriture comme un rêve éveillé. Pour moi, rien n'est plus naturel que le surnaturel ". Le Passage de la nuit illustre bien cela puisqu’il y a un brouillage permanent entre le réel et l’irréel. Par exemple lorsqu’à minuit pile, la télévision dans la chambre d’Eri s’allume alors qu’elle est débranchée, ou encore lorsque Mari se regarde dans une glace puis s’éloigne et que son image demeure dans le miroir. Dans ce livre Haruki Murakami veut rendre étrange [c]e passage de la nuit et désire nous inquiéter sur ces heures nocturnes : que faisons nous, que fait notre corps, passé minuit ?...


L’urbanisme


    A travers le personnage de Mari et de ses " va et vient " dans Tokyo, l’auteur nous montre les deux facettes de cette ville, facettes complètement opposées.

 

     On entre dans le livre avec un Tokyo américanisé puisque le roman s’ouvre par un plan sur Mari qui est dans un fast-food Denny’s. Murakami nous fait ensuite survoler la ville avec tous ses " néons multicolores ", " ses haut-parleurs teintés de hip-hop ", " ses filles blond platine "... Un Tokyo électrique et totalement occidentalisé.

     En même temps, un peu plus tard dans la nuit, Murakami nous balade, via Mari, dans un Tokyo inquiétant où dominent la mafia chinoise et les ruelles sombres. En témoigne, par exemple, le moment où Kaoru fait venir l’homme de la mafia chinoise pour lui donner la photo du salary-man qui a tabassé la prostituée. La rencontre entre les deux se clôt par deux répliques qui, selon moi, illustrent à merveille l’ambiance " glauque " de ces quartiers noirs de Tokyo : " Au fait, vous coupez encore des oreilles ? " demande Kaoru. " La vie déclare-t-il, il n’y en a qu’une seule. Les oreilles, il y en a deux. "


Petit avis personnel


     " Je pense que nous vivons dans un monde, ce monde, mais qu’il en existe d’autres tout près. Si vous le désirez vraiment, vous pouvez passer par-dessus le mur et entrer dans un autre univers. " Interview d’Haruki Murakami pour le Magazine littéraire en 2003.


     J’ai franchi ce mur au début du roman et ai quitté cet autre univers une fois le livre fermé. J’ai savouré ce livre et en même temps l’ai dévoré, j’ai cru en ces personnages et en même temps en ai douté. Ce livre qui oscille entre réel et magie m’a conquise. On ne se pose pas de questions sur ces étranges événements. Une fois plongé dans le roman on les accepte, on y adhère et on adore...

 

Marlène D., 1ère année Ed-Lib

 

 

 

 

 

 

Partager cet article

Repost 0
Published by Julia et Marlène - dans Réalisme magique
commenter cet article

commentaires

Recherche

Archives