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5 mai 2008 1 05 /05 /mai /2008 21:58


Jean-Philippe TOUSSAINT,
Fuir,
Minuit, 2005,
192 pages.
















Biographie de l’auteur

 

 
    Jean-Philippe Toussaint est né le 29 novembre 1957 à Bruxelles d’un père journaliste et d’une mère libraire. Il fera ensuite des études d’histoire et de sciences politiques.

     A 16 ans, il devient champion du monde junior de scrabble. Bien qu’il ne soit pas un grand lecteur et qu’il n’ait jamais envisagé d’écrire, à l’âge de 20 ans, il a un déclic et soudainement l’envie d’écrire s’impose à lui. Sa première tentative sera un scénario dont un championnat du monde d’échecs est le sujet.

     En 1985, il publie, aux Editions de Minuit, La Salle de bain, qui le fera remarquer. Il publiera ensuite Monsieur en 1986, L’Appareil photo en 1988, La Réticence en 1991, La Télévision en 1997, Autoportrait en 1999, Faire l’amour en 2002, Fuir en 2005 pour lequel il a obtenu le prix Médicis, et La Mélancolie de Zidane en 2006.

     Il est par ailleurs photographe et réalisateur de cinéma.


Résumé

     Dans les première pages du roman nous apprenons que le narrateur doit se rendre à Shanghai pour une affaire professionnelle que lui confie sa collaboratrice et accessoirement ex petite amie. Il part donc pour Shanghai. Arrivé à l’aéroport, il est accueilli par Zhang Xiangzhi, une relation d’affaire de Marie, qui lui offre un téléphone portable. Pour quoi faire ? Pour le localiser ? Le surveiller ? Garder un œil sur lui en permanence ? Le suivre dans tous ses déplacements ? Cela lui paraît quelque peu étrange. Après cela, Zhang Xiangzhi l’amène à l’hôtel d’où il appelle Marie. Le narrateur devait remettre à son interlocuteur un enveloppe contenant 25000 $ en liquide. Une fois cette mission accomplie, le narrateur a tout son temps libre pour se balader dans Shanghai. Un soir, Zhang Xiangzhi l’invite à une exposition en périphérie de la ville. C’est à cette occasion qu’il rencontre une belle Chinoise, Li Qi, qui l’invite à partir le lendemain avec elle pour Pékin. Il accepte et se rend donc à la gare. Mais une mauvaise surprise l’attend : Zhang Xiangzhi les rejoint et part avec eux.

     Durant le voyage, une relation plutôt ambiguë s’engage entre Li Qi et le narrateur. Au milieu de la nuit, en pleine étreinte charnelle, le portable offert par Zhang Xiangzhi sonne. C’est Marie : son père est décédé, il faut donc que le narrateur écourte son voyage pour arriver à temps à son enterrement. Arrivés à Pékin, ils se rendent à l’hôtel ; une nouvelle surprise attend le narrateur : Li Qi et Zhang Xiangzhi dorment dans la même chambre et le narrateur seul dans une autre.

     Pendant leur séjour, Zhang Xiangzhi s’occupe de faire faire du tourisme au narrateur. Un soir, il lui propose d’aller au bowling. Li Qi les rejoint. Toute la soirée, Zhang Xiangzhi garde précieusement avec lui un sac qui paraît suspect. La soirée tourne mal suite à un coup de téléphone que reçoit Zhang Xiangzhi. Ils partent précipitamment du bowling, s’engagent dans une fuite à moto, évitent tout ce qui pourrai ressembler de près ou de loin à des policiers.

     Arrivé en ville, dans un bar dansant, Zhang Xiangzhi cache le sac dans une dalle du plafond et ordonne au narrateur de prendre un taxi pour rentrer.

     Nous retrouvons le narrateur le lendemain, fraîchement débarqué à l’aéroport de Roissy, cherchant un bateau pour se rendre à l’île d’Elbe pour l’enterrement du père de Marie. Débarqué sur l’île il prend un chambre dans un hôtel et se rend à l’église où il retrouve Marie froide, le regard intransigeant. Sans raison, il part en plein milieu de la cérémonie. Marie le cherche partout, quand ils se retrouvent, ils entament une ébauche de relation charnelle, rapidement avortée. Ils n’échangent aucune parole, si ce n’est qu'ils conviennent d'aller à la plage. Marie part nager, le narrateur doit la rejoindre de l’autre côté de la crique ; il ne la voit pas. Angoissé, il part donc  à sa recherche, la rejoint, la prend dans ses bras et Marie fond en larmes dans ses bras.


Analyse


     Dans Fuir, le téléphone portable est un objet récurrent qui symbolise pour le narrateur l’arrivée de mauvaises choses ; c’est en quelque sorte un oiseau de mauvais augure. D’un autre côté ce téléphone portable est aussi présent dans tous ses déplacements, c’est à travers lui qu’il voyage, et c’est un lien entre la France et la Chine.

 

     De plus, dans tout le livre, le voyage est omniprésent ;  il n’est accordé aucune pause, aucun répit ; le rythme est effréné. Quand, à l’occasion, un ralentissement a lieu, une désillusion apparaît. Tout au long du livre nous empruntons tous les moyens de transports possibles et imaginables : avion, taxi, train, moto, bateau.

     En outre, dans tout le roman le narrateur est passif ; il se laisse trimbaler, il est spectateur de tout ce qui lui arrive, il reste en retrait et vit la scène de l’extérieur. Il est étranger à tout ce qui l’entoure et à ses propres sentiments. On ressent par ailleurs une sorte de souffrance, impossible à localiser. Nous assistons à des monologues intérieurs qui nous laissent entrevoir des peurs, des interrogations.

     En ce qui concerne la relation avec Marie, nous voyons que c’est la fin d’une histoire d’amour. Ils se heurtent à une communication inexistante. Ils s’aiment, se cherchent mais il leur est impossible de se rapprocher sinon « dans le hérissement et la brusquerie ».

     Pour moi, Fuir correspond au décalage entre le monde qui entoure le narrateur et sa pensée. Sa pensée ne cesse de se disperser, il semble perplexe et totalement insaisissable. Cela illustre aussi la société actuelle où l’évasion est indispensable, quelle que soit sa forme. Tous le monde fuit, chacun à sa manière.

     Jean-Philippe Toussaint a un phrasé rarissime, et recourt à un lexique assez soutenu. Ce roman est composé de phrases parfois très longues (deux pages environ) qui permettent des descriptions très précises, qui pourraient constituer des scènes de films. De plus, Jean-Philippe  Toussaint aborde le thème urbain grâce à ses descriptions vraiment détaillées qui façonnent notre imaginaire. Nous nous baladons grâce à elles, dans la ville de Shanghai, dans sa périphérie, à Pékin ou sur l’île d’Elbe.

     Ce roman est donc un perpétuel voyage, une longue fuite du corps et de l’esprit dans un décor changeant et plein d’imaginaire.


Amandine, Éd.-Lib. 1A 

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