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6 mai 2008 2 06 /05 /mai /2008 07:28

 




Roland BARTHES,
L’Empire des signes,
coll. " Essais ",
Points, 1970
9 euros

 














     Dans un premier temps, il semble intéressant de se pencher sur la vie et le travail de Roland Barthes car L’Empire des signes résulte d’une union des deux. En effet, l’ouvrage relate une expérience vécue par l’auteur lors de son voyage au Japon en 1970, expérience que l’on gagne à lire sous un angle sémiologique.

 

Biographie 




 

     Roland Barthes (1915-1980), écrivain et critique français, fut une personnalité importante du structuralisme et de la sémiologie. Son enseignement sur les systèmes de significations contemporains débute lorsqu’il intègre la Ve section de l’EPHE en tant que professeur. Ayant par la suite accédé au poste de directeur d’études de l’EHESS et de chercheur en sociologie au CNRS, Roland Barthes poursuit ses travaux sur le mythe et le signe. Il occupera également la chaire de sémiologie du Collège de France de 1977 jusqu’à son décès en 1980.

 

Notions succinctes de sémiologie :

 

(sources : http://www.surlimage-info/ECRITS/semiologie-html )

 

     La sémiologie et la sémiotique (du grec semeion, signe) sont deux synonymes qui désignent l’étude des signes et des systèmes de signification. Le Petit Larousse illustré (2002) complète ainsi cette définition : " Science générale des signes et des lois qui les régissent au sein de la vie sociale ". La différence entre les deux termes renvoie à deux écoles de pensée. La sémiologie découle de la linguistique de tradition européenne alors que la sémiotique est issue de la tradition anglo-saxonne beaucoup plus influencée par la logique. Cette dernière remplace peu à peu la sémiologie jusqu’à s'y substituer définitivement.

 

Grandes figures de la sémiologie :

  •  

  • Ferdinand de Saussure (1857-1913), à l’origine de la discipline, dont l’objet d’étude est le langage.
  •  

     Roland Barthes (1915-1980), dont le travail porte sur l’ensemble des systèmes de signes.

  •  

     Christian Metz (1931-1993), théoricien français de la sémiologie du cinéma.

  •   

Figure emblématique de la sémiotique :

  •  

  • Charles S. Pierce (1839-1914)
  •  

      Le signe est " la réunion d’une chose que [je perçois] et l’image mentale associée à la perception ". Le signe se compose donc de deux parties appelées le signifiant et le signifié.

     Le signifiant est la partie matérielle que chacun peut saisir grâce à ses sens et le signifié est la partie immatérielle que chacun peut comprendre intellectuellement. Le signifiant et le signifié sont réunis dans la signification qui produit le signe. Autrement dit, le signe est le résultat de la signification.

     Si le signifiant ne possède qu’un signifié, on parle alors de monosémie (ex : crayon). Au contraire s’il en possède plusieurs on parle de polysémie (ex : palme). Cependant, il ne faut pas confondre monosémie avec dénotation et polysémie avec connotation. La dénotation étant l’ensemble des éléments fondamentaux et permanents du sens d’un mot et la connotation l'ensemble des valeurs subjectives variables qui produisent un nouveau signifiant et un nouveau signifié à partir d’un premier signe donné.

 

L’Empire des signes

 

     Quel est le rapport entre la sémiologie et l’ouvrage rédigé par Barthes de retour d’un voyage au Japon ?

     Au long des pages, Barthes transmet sa vision du pays. Quelque part, nous avons entre les mains un récit de voyage typique ; l’auteur décrit ce qu’il a vu, formule ses impressions, aborde les spécificités de la contrée visitée, lui donnant ainsi un caractère exotique, détaille la vie quotidienne. Le récit du voyageur tente également d’infirmer les préjugés de ses congénères sur le Japon et évoque son rapport à l’Autre oriental.

    Cependant, le récit de voyage qu’est L’Empire des signes est très loin de l’idée que l’on se fait généralement de ce type de texte car il est rédigé selon une problématique de départ  : au Japon, tout n’est qu’écriture. Nous entrevoyons de ce fait le lien avec la sémiologie. Si tout n’est qu’écriture, alors tout n’est que signes. L’Empire des signes semble être le résultat d’une volonté de comprendre au plus juste le pays visité, d’en percevoir jusqu’à l’essence à travers la lecture de signes fondamentaux. Barthes tente de retrouver le signifié du Japon qui se cache derrière un signifiant connoté en Occident par la diffusion photographique et filmique de stéréotypes. La représentation française de l’archétype japonais, écrit l’auteur page 132, est celle d’un " être menu, à lunettes, sans âge, au vêtement correct et terne, petit employé d’un pays grégaire. ". Barthes le décrit quant à lui comme un être né de l’écriture. Le Japonais a la peau blanche et les cheveux noirs. Son visage pâle ne traduisant aucune émotion ressemble à une page vierge rajoutant ainsi au contraste avec ses yeux, deux pupilles d’encre logées entre deux fentes comme dessinées au pinceau. Selon lui, " La face est la chose écrite ", p.124. Et ce rappel perpétuel du blanc et du noir, couleurs de l’écriture, se retrouve jusque dans la nourriture où le contraste se fait cette fois entre le riz et l’algue ou la sauce soja.


     Au delà de la comparaison avec l’écriture, il y a dans cette étude des signes une sorte de vérité dans le Japon écrit par Barthes. L’architecture mobile et légère de l’habitat japonais au mobilier épuré, la crudité de ses aliments ou encore l’absence d’artifices dans la représentation théâtrale témoignent de l’absence de superficialité. Tout est fait pour contenir beaucoup de sens dans peu de chose, comme dans un haïku. On a la sensation d’entrevoir un pays réduit à sa plus simple expression. Peu commune, cette sensation transforme le Japon en un territoire presque irréel donnant ainsi le sentiment de voyager très loin.


     La rencontre avec l’Autre est discrète. Bien que Barthes paraisse avoir beaucoup échangé avec la population japonaise, il n’en laisse que peu de traces dans l’ouvrage. Il écrit cependant : " Qu’est-ce que voyager ? Rencontrer. Le seul lexique important est celui du rendez-vous. ", p.27, et fait figurer dans le texte son lexique manuscrit. Barthes aborde également la question de l’altérité lorsqu’il traite du type japonais. Les individus japonais possèdent une morphologie et un faciès semblables si bien que dans une foule l’étranger croit voir des clones. Cette foule fonctionne de manière identique à la phrase, elle doit son sens global à chaque personne possédant son identité propre comme les mots. Les individus composant une foule entre en interaction les uns avec les autres à l’image des mots dans la phrase, ils sont donc les signifiés d’un même signifiant. Enfin, le lecteur occidental " rencontre " l’Autre oriental grâce aux photographies ramenées et commentées par Barthes après son voyage au Japon.

 

     L’Empire des signes est un livre magnifique dans lequel la pensée est admirablement servie par l’écriture talentueuse de Roland Barthes et une documentation de qualité.

 

Valentine, 2e année éd-lib

 

 

 

 

 

 

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Published by Valentine - dans Altérité.
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commentaires

Tietie007 29/04/2016 10:23

Une petite vidéo qui démonte le livre de Soral :

http://tietie007.over-blog.com/2016/04/alain-soral-contre-l-empire.html

nadia 21/05/2010 18:11


très bon travail sur l ouvrage de Barthes qui englobe toute sa pensée