Henri MICHAUX,
Ecuador , 1929,
Gallimard,
coll. L'iMAGINAIRE
Biographie
Michaux embarque à Amsterdam, avec Alfredo Gangotena et toute sa famille, le 28 décembre 1927, à destination de Guayaquil en Équateur via
Panama. Il traverse le pays de Curaçao à Quito, en passant par la Cordillère des Andes jusqu’à Iquitos, port sur l’Amazone, d’où il rejoindra l’Atlantique. Dans ce journal de voyage, il décrit,
observe, compare les cultures agricoles, les paysages, les habitudes et comportements des gens qu’il rencontre mais pas de la manière dont les récits habituels nous ont appris à voir les choses
exotiques ; il nous communique ce qu’il voit, pense et ressent, il nous fait entrer dans son imaginaire. Toutes les choses ou personnes sur lesquelles il s’attarde semblent avoir la même
valeur à ses yeux. En effet, il peut s’émouvoir de la même façon devant les montagnes majestueuses que face à un cheval mort ; il fait preuve d’une grande capacité d’émerveillement. Il nous
décrit ce pays comme étant un autre monde, hostile et sauvage, dangereux pour l’étranger et surtout dangereux pour lui-même puisqu’il est souffrant (maladie de cœur, nausées, malaises, fièvre,
membres " comme en décomposition "…).
Entre carnet de voyage et carnet de santé, Michaux nous fait le récit de ses expériences (comme celles de l’éther et de l’opium), de son désir de se
dépasser ; il se met en danger en voulant poursuivre son voyage, mais continue coûte que coûte contrairement à l’avis des médecins qui l’auscultent. Ainsi, il évoque souvent la mort et la
notion de manque. On sent qu’il a quelque chose à prouver, notamment à ses parents. Il mène une réflexion sur sa vie, lui-même, les écrivains et sur la nature humaine en général, avec humour et
dérision.
L’altérité est présente dans ce récit à travers les descriptions ou sentiments que Michaux nous transmet au gré de ses mouvements d’humeur qui donnent lieu aussi bien à
des envolées lyriques qu’à une mauvaise humeur sarcastique. Ce voyage est pour lui un fiasco, un échec : il est perpétuellement déçu par ce qu’il voit ou plus exactement par ce qu’il ne voit
pas… (Le volcan Atacatzho : il s’attend à un cratère impressionnant avec lave et explosions et ne trouve qu’" un site pour pique-nique "). De plus les intempéries, son état de
santé et la vision différente du temps qu’on les Equatoriens rendent ce voyage de plus en plus fastidieux.
Grâce à ce journal Michaux remet en cause les représentations classiques, complaisantes des peuples étrangers ; c’est un homme libre
qui préfère se forger sa propre opinion ; il rompt avec la tradition du récit de voyage. Il prévient le lecteur de l’originalité de son récit dès la préface, qui oscille entre plaidoyer et
autocritique : " Un homme qui ne sait ni voyager ni tenir un journal a composé ce journal de voyage. Mais au moment de signer, tout à coup pris de peur, il se jette la première pierre.
Voilà ".
Clotilde, Édition – Librairie 2e année