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8 mai 2008 4 08 /05 /mai /2008 21:47

 


Amélie NOTHOMB,
Stupeur et tremblements

Albin Michel, 1999,
Rééd. Le Livre de poche
 















Biographie



     Amélie Nothomb est née le 13 Août 1967 à Kôbe, au Japon, de parents belges. Elle a passé son enfance et son adolescence en Extrême-Orient. Son père, ambassadeur de Belgique, a rythmé la vie d’Amélie de déménagements successifs au gré de ses mutations. Après le Japon, elle est partie en Chine à l’âge de cinq ans, départ vécu comme un exil. Puis ce sera New York et enfin le retour en Asie du Sud-Est. En 1990, après ses études de philologie romane à l’Université libre de Bruxelles, elle retourne à Tokyo où, ayant parfaitement acquis le Japonais, elle est engagée comme interprète pour la compagnie Yumimoto. C’est à la suite de cette expérience professionnelle qu’elle rentre en Europe et commence à écrire son premier roman : Hygiène de l’Assassin. Il est publié en 1992 et rencontre le succès. Des romans aux pièces de théâtre, tous publiés chez Albin Michel, l'ensemble de son oeuvre lui a valu la reconnaissance du public.

 

Le roman

     Sur les nombreux romans qu’elle a écrits, Stupeur et tremblements a obtenu le Grand prix du roman de l’Académie Française en 1999. Ce titre évoque l'attitude qu’il convenait d’adopter lorsque l’on s’adressait à l’Empereur selon l’ancien protocole nippon. Il raconte avec beaucoup d’autodérision et de désillusion son année passée chez Yumimoto comme interprète. Dans cette compagnie japonaise d’import et d’export, Amélie, au cours de son contrat d’un an, va découvrir les dures lois qui régissent une entreprise nippone : la soumission hiérarchique et le sens de l'honneur.

 

     En effet, depuis son enfance, elle est charmée par le raffinement de l’art de vivre japonais et c’est donc avec beaucoup de plaisir qu’elle retournera pour son contrat d’un an dans cette compagnie. Également fascinée  par la hiérarchie d’entreprise japonaise, par sa droiture et sa méticulosité, elle l’est d’autant plus par sa supérieure directe : Mlle Mori. Et sans s’en cacher, elle passe des heures à contempler sa beauté. Mais rapidement toutes ces illusions vont prendre fin. A commencer par le premier jour où M. Saito, le supérieur de Mme Mori, lui confie le travail de répondre à une invitation pour une partie de golf. La lettre à peine achevée, M. Saito la déchire et la somme de recommencer. Il déchirera toutes les lettres qu’elle rédigera et sans aucun commentaire. Il lui confiera ensuite des documents à photocopier. C’est alors qu’elle refait ses photocopies pour la énième fois, sous prétexte qu’elles ne sont pas droites, qu’elle rencontre le sympathique Monsieur Tenshi avec qui elle produira un rapport excellent sur les produits laitiers. Pour ne susciter aucune réprobation de sa hiérarchie, Amélie convainc Monsieur Tenshi de s’attribuer la paternité de ce projet. Néanmoins, ils seront dénoncés par Mlle Mori qui, trop jalouse de voir Amélie évoluer en si peu de temps alors qu’elle-même a souffert pour arriver à son poste, préfère la voir humiliée.

    
     Mais c’est ici que la chute commence. Las de ses échecs répétitifs, ses supérieurs ne lui confient plus aucune tâche, à tel point qu’Amélie se demande ce qu’elle doit faire pour occuper ses journées. Par désœuvrement, elle commence donc à apprendre par cœur le trombinoscope des employés et de leurs familles, tant les noms que les dates de naissance. Puis, elle prendra l’initiative de distribuer le courrier en même temps que le café. Ce qui lui vaudra des reproches puisque remettre le courrier est le travail du postier. Or, prendre le travail d’un autre sans avoir obtenu la permission de ses supérieurs directs est considéré comme un crime. Elle aura ensuite pour tâche de tourner les calendriers chaque jour. Puis elle devra comparer des frais comptables, tâche pour laquelle elle n’a strictement aucune aptitude : jamais elle ne trouvera les bons résultats. Et ainsi de suite ; ses incapacités seront mises sur le compte de ses origines occidentales ; on ira jusqu’à la persuader qu’elle est une débile mentale. 

     Lorsqu'elle veut réconforter Mlle Mori, fortement réprimandée en public par son supérieur, celle-ci le vit comme une autre humiliation et, pour se venger, oblige Amélie à devenir la dame pipi des toilettes du quarante-quatrième étage.


     La désillusion est donc grande. Elle découvre que même les éléments les moins brillants d’une entreprise sont conservés pour leur montrer à quel point ils sont mauvais et incapables.
C'est un système où la perfection est poussée à son comble. Règles et devoirs sont  si oppressants qu’il n’est pas rare de voir les gens s'effondrer de différentes façons, que ce soient les cadres qui vont s’enivrer après leur journée de travail pour oublier les tensions ou Amélie qui se jette nue sous les déchets dans l’entreprise. Les mentalités sont très différentes des nôtres. On peut se demander si au Japon, où le taux de suicide est le plus élevé, les Japonais se suicident pour sauvegarder leur honneur ou plutôt pour échapper à ces systèmes qu’ils réprouvent. Depuis leur plus jeune âge, on leur impose des règles très strictes et chaque moment de leur vie est régi par le devoir, le sens de l'honneur.Contrairement aux mentalités occidentales, chez les Japonais se suicider est un acte héroïque et admirable car il évite de se déshonorer soi-même ainsi que sa famille.

     Finalement, on ne s’étonne pas de savoir qu’Amélie Nothomb n’a pas renouvelé son contrat et a préféré démissionner. En rentrant en Belgique, elle rédigera Hygiène de l’Assassin, roman pour lequel elle recevra les félicitations de Mlle Mori.




Chloé, Éd.-Lib.

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