Michael CUNNINGHAM
Le livre des jours
Titre
original : Specimen Days, 2005
Traduit par Anne
Damour
Editions Belfond, 2006
Voir aussi
Le livre est composé de trois histoires se déroulant à trois époques différentes.
La première histoire, "Dans la machine", est en quelque sorte un roman historique qui se déroule dans le New York de la deuxième moitié du XIXème siècle. Elle raconte la vie de
Lucas, un enfant qui parle comme un livre. Ce dernier arrête l’école afin de remplacer son défunt frère Simon à l’usine, auprès de la machine qui lui a pris la vie, pour subvenir aux besoins de
sa famille malade et folle de tristesse.
La deuxième histoire, "La Croisade des enfants", se déroule dans les années 2000. C’est l’histoire de Cat, psychologue dans la police, qui a pour fonction de recevoir les appels de
personnes menaçant de commettre des crimes, et de les trier par échelle de danger. Cette dernière " loupe " un appel : un adolescent vient de commettre un attentat : il s'est fait
exploser en prenant un passant dans ses bras.
La troisième histoire, "Une pareille beauté", se place dans le registre de la science-fiction futuriste. C’est l’histoire de Simon et de Catareen. Tout les deux sont rejetés par la
société, Simon parce qu’il est un robot, et Catareen, parce qu’elle est une nadienne, sorte de reptile extraterrestre venu se réfugier sur la planète Terre. Ensemble ils fuient vers Denver, l’un
pour éviter la mort et trouver le " sphros ", l’autre pour y mourir.
Ces trois histoires pourraient en apparence ne rien avoir en commun ; pourtant il existe quelques liens entre elles. En effet, mis à part entres autres le retour des prénoms des personnages et un petit bol blanc qui passera dans les mains de chacun d’entre eux, deux autres liens principaux tiennent une grande importance dans chacune des histoires.
Le premier est New York, ville métamorphosée au
cours des histoires par le temps qui passe, mais qui garde toujours cette caractéristique étrange et ambiguë de ville à la fois déshumanisée par sa froideur et néanmoins emplie d’espoir. Le
deuxième lien principal et fil conducteur du roman est le personnage et la poésie de Walt Whitman. Cette poésie est un lien intemporel qui unit les trois
héros : Lucas quitte l’école mais garde à son chevet Feuilles d’herbes dont il lit un extrait tout les soirs ; on découvre dans la seconde histoire que les attentats ne sont
pas sans lien avec cette poésie, et Simon en a des réminisecences dans sa mémoire robotisée. Michael Cunnigham rend ainsi hommage au poète de la même manière dont il salue Virginia Woolf dans
Les Heures, prouvant ainsi la beauté de l’art dans son intemporalité.
A mon avis, l’essence même du livre est concentrée dans l’épigraphe du roman :
" Ne crains rien ô Muse ! ce sont des jours et us nouveaux qui t’accueillent
C’est je le reconnais une race étrange, très
étrange, d’un genre original,
Et pourtant la vieille race humaine, la même en dedans, en dehors,
Visages et cœurs semblables, semblables
sentiments, semblables désirs,
Le même vieil amour, la même beauté, le même usage. "
Walt WHITMAN, Feuilles d’herbe
Elisa, 1ère année Edition-Librairie