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11 mai 2008 7 11 /05 /mai /2008 07:50



V.S. NAIPAUL,
À la courbe du fleuve, 1979
Titre original : A Bend in the River
Traduit de l'anglais par Gérard Clarence
Paris : Albin Michel, 1982













Biographie




     L'écrivain britannique Vidiadhar Surajprasad Naipaul est né en 1932 à Chaguanas, près de Port of Spain à Trinidad, dans une famille de descendants d'immigrants originaires du nord de l'Inde. Son grand-père était coupeur de canne, son père journaliste et écrivain. À l'âge de 18 ans, Naipaul se rend en Angleterre où il obtient une licence de lettres en 1953, après des études au University College d'Oxford. Il réside en Angleterre, mais consacre aussi beaucoup de temps à des voyages en Asie, en Afrique et en Amérique. À l'exception de quelques années au milieu des années 50 où il est journaliste free-lance pour la BBC, il s'adonne entièrement à son métier d'écrivain. Les romans et nouvelles constituent la majeure partie de sa production. Il publiera aussi des récits documentaires.

 

     V.S. Naipaul reçut plusieurs prix littéraires, dont le Booker Prize en 1971 et le T.S. Eliot Award for Creative Writing en 1986. Docteur honoris causa au St Andrew's College, à Columbia University, aux universités de Cambridge, de Londres et d'Oxford, il est anobli par la reine Elisabeth en 1990. En 2001, il obtient le prix Nobel de littérature, " pour avoir mêlé narration perceptive et observation incorruptible dans des œuvres qui nous condamnent à voir la présence de l'histoire refoulée ".


À la courbe du fleuve

 




     Le personnage principal et narrateur du roman est Salim, un jeune homme d’origine indienne qui vit avec sa famille sur la côte est du continent africain, probablement dans un pays comme le Kenya et une ville portuaire qui pourrait être Mombasa (il faut noter qu’aucun indice temporel ou géographique n'est donné dans le roman). Pressantant des changements dangereux dans son pays, il quitte sa maison pour s’installer à l’intérieur du continent, en achetant une boutique à un ami de sa famille dans un pays comme la République démocratique du Congo, également appelée "Congo-Kinshasa". Il arrive dans cette ville sans nom, située à la courbe du fleuve, à moitié détruite après avoir gagné son indépendance, où il commence sa nouvelle vie, douloureuse, solitaire et sans espoir. Peu de temps après, le fils des esclaves de sa famille le rejoint. Fidèle à son " patron ", il lui tient compagnie, accomplit les tâches domestiques et travaille dans son magasin de quincaillerie. Ainsi Salim mène sa vie, tout en observant l’existence de la ville détruite et de ses habitants. Il noue quelques liens d’amitié avec certains habitants de la ville, indiens ou étrangers comme lui, veille sur le fils de sa cliente régulière.

 

     Ensuite une rébellion contre le nouveau gouvernement est réprimée par l’armée et une nouvelle étape commence pour la ville, dans laquelle " le progrès " économique se développe grâce à la vente du cuivre, de l’or ou de l’ivoire. La ville renaît de ses cendres et attire de plus en plus d’étrangers qui viennent explorer l’Afrique et l’inconnu. Le pays se trouve maintenant entièrement contrôlé par le "Grand Homme", le Président, qui impose la modernité et commence des réformes, une réorganisation administrative,la construction de petites villes comme les Domaines d’état, sans éliminer la misère des bidonvilles. Mais toutes ces transformations sont artificielles et n’ont aucun sens profond et nécessaire dans la reconstruction du pays. Toute cette agitation n’est, comme dit le narrateur, qu’une " mystification ".


     Le Domaine est une cité universitaire ainsi qu’un centre de recherche qui accueille des scientifiques, des chercheurs et des conférenciers étrangers : européens ou américains. Ils viennent instruire les Africains, leur montrer la nouvelle voie du développement de l’Afrique et son futur. Ensuite toutes ces innovations s’avèrent être de la pure démagogie. Ainsi Salim, menant sa vie du simple commerçant en observant ces changements fait, par le biais de son ami d’enfance Indar,  connaissance avec un historien, Raymond, et sa femme Yvette, avec qui Salim noue des liens d’intimité. Mais Raymond se révèle être conseiller du Président…



Analyse



     En analysant cette œuvre, on remarque son côté intimiste qui est assez frappant. Tout au long du roman l’auteur concentre notre attention sur les états d’âme et l'humeur de son personnage, il essaye de traduire ses perceptions, ses réflexions, sa vision du monde. Le narrateur décrit ses pensées les plus profondes : au début, concernant son inquiétude pour son pays, ensuite, sur sa vie dans cette ville à la courbe du fleuve, sur ses efforts pour s’y adapter qui, en définitive, ne lui apportent rien. Il est arrivé dans cette ville avec l’espoir de changements importants, mais avec le temps qui passe il se sent insatisfait et perdu. En état de mélancolie, voire de dépression constante, il cherche le sens de sa vie. La première phrase du roman, considérée comme emblématique de la vision du monde de Naipaul explique le destin de son personnage : " Le monde est ce qu’il est ; ceux qui ne sont rien ou ne cherchent pas à devenir quelqu’un, n’y ont pas leur place ". 


     Le pays, tout comme Salim, essaye de trouver son identité au rythme des rébellions ou des manifestations du pouvoir absolu du Grand Homme. Il sort de l’époque du colonialisme, apprend à vivre dans l’indépendance avec le Président, le "Grand Homme", qui veut revenir aux sources, aux origines, mais n’est pas capable d’arrêter la corruption des fonctionnaires et la profonde pauvreté des bidonvilles.


     Ce livre c’est l’histoire de quelqu’un qui se cherche intérieurement et qui en même temps vit dans le chaos et l’incertitude.


     Naipaul est un écrivain vraiment cosmopolite, ce qu'il explique par son manque de racines : la pauvreté culturelle et spirituelle de Trinidad l'afflige, l'Inde lui est devenue étrangère et il lui est impossible d'adhérer à ses valeurs traditionnelles. On peut remarquer un certain reflet de ce trait de caractère de Naipaul dans le personnage de Salim : il est déraciné et étranger à sa culture d’origine, il ne se sent ni indien, ni africain, il est en exil éternel et il ne trouve sa maison nulle part.


     Dans ce roman Naipaul traite avec un pessimisme profond et parfois par une satire amère des effets du colonialisme et du nouveau nationalisme en Afrique. Souvent ses œuvres désespèrent les tiers-mondistes qui lui reprochent son pessimisme. Maintenant, nombreux sont ceux qui reconnaissent leur triste caractère prémonitoire.


    En conclusion je propose la citation d’André Clavel sur le site de L’Express Livres (
http://livres.lexpress.fr/critique.asp?idC=5228&idR=10&idTC=3&idG=4) qui résume bien l’œuvre de Naipaul :


     " Quand Naipaul a reçu le suprême hommage de Stockholm, en octobre 2001, on a salué un homme-orchestre capable de briller sur tous les registres. Mais aussi un prince de la world fiction, un brasseur de cultures, un champion du melting-pot, un observateur universel. Et un diabolique trouble-fête qui n'a cessé de fustiger, d'une encre flamboyante, le laminage capitaliste et la dérive coloniale, l'aveuglement des puissants et la démagogie tiers-mondiste. Guérilleros, A la courbe du fleuve, Dis-moi qui tuer, Une maison pour M. Biswas, l'œuvre de Naipaul est un long requiem où l'amertume distille les mêmes obsessions : le déracinement, le métissage, l'exil, la quête identitaire, le voyage intérieur qui s'enlise dans la cendre des vies sacrifiées. Autant de visages pour un écrivain qui ressemble à Conrad, l'autre maître des odyssées contrariées. "

 

Anastasia, Bib. 2A

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