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12 mai 2008 1 12 /05 /mai /2008 10:05

 

Paul-Emile VICTOR
Boréal, 1938
in
Boréal et Banquise
 rééd. Grasset, 1997


















Quelques mots sur l’auteur


     Paul-Emile Victor, dit PEV, " est connu pour avoir durant une quarantaine d’années participé, dirigé ou promu des expéditions polaires tant au nord qu’au sud de la planète ".

     Né en 1907, et mort en 1995, il a fait des études d’ethnologie. Il a d’abord été attiré par des recherches sur la Polynésie.

     Il fait la rencontre du navigateur Charcot, qui voyage régulièrement vers le Groenland, et lui demande de partir avec lui.


     Entre 1934 et 1937, PEV va faire plusieurs expéditions au Groenland. Il va notamment traverser le pays d’est en ouest en traîneau (ce qui représente 800km) ; il va également passer un an avec une famille esquimau (de 1936 à 1937). C’est cette expérience qu’il raconte dans son livre intitulé Boréal.


     Plus tard, début 1942, il s’engage dans l’US Air Force. 

     En 1947, il crée les Expéditions polaires françaises et mène des missions en Arctique, Antarctique et Terre Adélie.


     A 70 ans, il réalise son rêve de jeunesse : il se retire dans une petite île du lagon de Bora-Bora, où il finira ses jours.


Son œuvre

 


     Paul-Emile Victor a beaucoup écrit. Boréal est son premier livre. Il a ensuite publié de nombreux ouvrages, certains étant des documentaires ethnographiques, certains traitant d’écologie. Il a également publié de nombreux articles et conférences sur des sujets ethnographiques.

 

 

Boréal

 

     Ce livre a été publié pour la première fois en 1938, et a été réédité cinq fois par la suite. Il s’agit d’un journal de bord que PEV a tenu pendant son séjour chez la famille esquimau, à Kanguersetoatsiak.


     PEV a entrepris ce voyage pour des raisons scientifiques : il veut étudier les coutumes des Esquimaux. On peut lire au début du livre la conversation qu’il a avec Charcot, quand PEV lui demande s’il peut partir avec lui :

 

     Tout doucement une phrase, en un crescendo irrésistible monte en moi. Je n’entends plus qu’elle partout : dans la rue, chez moi, pendant mon sommeil qui se fait rare :


Un an…

 

Rester un an…

Il faut rester un an…

Il faut rester un an…

Il faut rester un an…

Il faut rester un an…

Comment ? voir Charcot, lui parler.

Il me reçoit entre deux portes à l’Académie de Marine.

- J’ai reçu votre lettre, mon petit. Qu’y a-t-il encore ?

- Commandant, je me suis permis de vous écrire la première fois pour vous demander de m’embarquer pour la croisière d’été. Maintenant c’est pour autre chose.

- Dites.

Il est debout, adossé à un coin de porte pleine de moulures. Autour de nous de vieux messieurs entrent, sortent, parlent, discutent.

- Voilà, commandant. Au Musés d’Ethnographie du Trocadéro, il n’y a pas de collection d’objets esquimaux d’Ammassadik. De plus, il reste encore beaucoup à étudier chez eux des points de vue de l’ethnographie et de l’anthropologie. Alors voilà : Commandant, je me permets de vous demander de m’emmener à Ammassadik et de m’y laisser un an pour rapporter des collections aux musées et pour y étudier l’ethnographie des habitants.


 

 

     Et, en effet, PEV prend des notes sur les coutumes et les croyances des Esquimaux. Le texte est accompagné de nombreux dessins explicatifs. Il décrit par exemple le système économique de ce peuple, les rites funéraires, les méthodes de chasse. Il retranscrit les récits surnaturels des Esquimaux. Il donne son opinion sur la christianisation récente du peuple esquimau :


     Je suis adversaire d’un christianisme comme celui qui a été pratiqué un peu partout et en particulier en Polynésie et chez certains Esquimaux du Canada.

 

     En tant qu’ethnographe, je regrette que les Esquimaux d’ici ne soient plus ce qu’ils étaient autrefois.

     Mais par ailleurs je dois dire que le christianisme a apporté ici une amélioration : le respect de la vie humaine (dans une certaine mesure seulement, il est vrai).

     Il n’y a pas cinquante ans encore, les meurtres étaient fréquents, meurtres par vengeance ou par jalousie. Maintenant il n’y en a plus : effet de l’évangélisation.

     Par ailleurs il serait difficile de citer un seul exemple de résultat néfaste par suite d’un enseignement déficient ou d’une compréhension erronée.

     Si les résultats du christianisme ont souvent été lamentables, du point de vue des races et des civilisations, cela tient à mon avis à deux causes :

1° Les missionnaires n’étaient pas en général des ethnographes ;

2° Les missionnaires ont rarement été maîtres de la langue de ceux qu’ils christianisaient. D’où il résultait une incompréhension de part et d’autre.


     Les notes scientifiques sont intégrées à des anecdotes de la vie quotidienne qu’il écrit jour après jour, de façon simple, avec des phrases courtes. Il décrit par exemple la construction de sa cabane, les épisodes de la chasse au phoque et à l’ours, de pêche en kayak. Le lecteur participe aux aventures et découvre la vie esquimaude en même temps que l’auteur.

 

Le contact avec la nature est important pour lui, de même que la présence de ses chiens. On peut lire :


     Assis sur le rebord de la fenêtre de ma cabane, face au fjord, je regarde la nuit. Ekridi et Timertsit, toutes deux assises à mes pieds sur leur derrière, les oreilles dressées, regardent la nuit comme moi. De temps en temps, l’une ou l’autre lève les yeux vers moi : nous sommes complices.

 


     Le séjour de PEV dans la famille esquimaude dure 14 mois. Ses liens avec les membres du groupe deviennent très forts. PEV veut apprendre à connaître véritablement ces hommes et ces femmes en se mêlant à eux. Son regard d’ethnographe est secondaire par rapport à ses contacts avec le groupe, auquel il est très rapidement intégré. Il reçoit un nom esquimau : Wittou, il apprend la langue. Plusieurs passages montrent son intégration, qui est très importante à ses yeux.


     Le bouchon du bidon de pétrole manque.

 

- Je l’ai vu hier, dis-je à Kara.

- Il n’est plus comme un Kratouna [homme blanc] celui-là, dit Kristian.

- Pourquoi ? dis-je.

- Parce que tu as dit : " Je l’ai vu hier ", tout tranquillement. Un Kratouna aurait parlé beaucoup, vite, et peut-être aussi se serait-il fâché.

- D’ailleurs, ajoute Kristian, tu parles esquimau aussi bien que nous. Tu es le seul Kratouna qui ait jamais parlé l’esquimau aussi bien que ça.

Je souris. Doumidia me regarde, vient vers moi, met les bras autour du cou et me dit en frottant son nez contre le mien :

- Tu es mon gentil petit Esquimau.

Quel bonheur que je m’entende si parfaitement avec mes compagnons. Ce serait affreux si j’étais encore considéré par eux comme un blanc, si j’étais isolé au milieu de gens qui me seraient hostiles.

 

 

     Paul-Emile Victor a ensuite écrit un second livre sur son expédition au Groenland, intitulé Banquise, où on peut lire ces mots :


" Dans cette hutte, je viens de vivre la plus passionnante des vies d’aventures pour la plus passionnante des recherches : la recherche ethnographique. Sept mois d’une vie d’esquimau, comme un esquimau parmi les esquimaux. Je ne suis plus le "kratouna" [l’homme blanc], mais Wittou, un esquimau comme les autres, qui a pris part avec les autres aux joies et aux peines communes ".


     Boréal est un livre qui raconte la rencontre de l’altérité, la rencontre de l’autre. C’est le récit d’une très belle aventure humaine.

 

 

Et aussi :


     Paul-Emile Victor a également écrit et dessiné un album pour enfants sur le thème des Esquimaux : Apoutsiak, le petit flocon de neige. Ce livre a été publié pour la première fois en 1948. Les dessins de l’album illustrent les scènes décrites dans Boréal : la vie en communauté, les jeux des enfants, la chasse.

 

 

 

Esther, AS Bib

 

 

 

 

 

 

 

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