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28 mai 2008 3 28 /05 /mai /2008 21:38


Collectif,
JAPON
Casterman-Ecritures, 2007,
254 pages

 

 

 











Voir aussi la fiche de Fanny. 


Collection « Écriture » de Casterman

     Japon est paru dans la Collection "Écriture" de Casterman. Cette collection est consacrée à la BD d'auteur internationale, en noir et blanc et se présente sous un format « comix ».


Quelques exemples de titres déjà parus dans cette collection :

Histoire Couleur Terre de Kim Dong-hwa

Quartier Lointain de Jirô Taniguchi

Corée, La Corée vue par 12 auteurs (qui reprend le principe de Japon).

 

 

Frédéric Boilet et la "Nouvelle Manga"

 

     Initiateur de cet ouvrage, Frédéric Boilet est un auteur de bandes dessinées vivant et travaillant au Japon depuis 1997.


     Il fonde, en 1995, l'Atelier des Vosges (place des Vosges à Paris), avec Christophe Blain, David B., Émile Bravo, Joann Sfar, Tronchet et Emmanuel Guibert. Ce dernier transpose d'ailleurs les premières années de l'atelier dans le Kyôto des années 1920 pour son récit dans Japon tout en s'inspirant des estampes japonaises pour la partie graphique.


     Au Japon, Boilet assurera la traduction et l'adaptation de Quartier Lointain de Jirô Taniguchi pour Casterman ou encore de L'Homme sans talent de Yoshiaru Tsuge pour Ego comme X.

      Depuis 2004, il dirige la collection de manga « Sakka » destinée à un lectorat adulte chez Casterman. Sakka signifie « auteur » en japonais.

 

     Le terme "Nouvelle Manga" apparaît à la fin des années 90 et sert au départ à désigner les productions de Frédéric Boilet. Le terme donnera ensuite lieu à un mouvement transculturel lié à la bande dessinée et à un label international que se partagent plusieurs éditeurs (dont Casterman, Ego comme X et La Boîte à Bulles en France). Japon est paru sous ce label.


     Dans un entretien accordé à Arte le 15 juin 2004, Frédéric Boilet décrit ce mouvement ainsi : « Lancée officiellement en septembre 2001 avec l’événement Nouvelle Manga organisé à Tôkyô, la Nouvelle Manga est aujourd’hui une initiative d’auteurs qui cherche, en créant des ponts entre les auteurs, les éditeurs et les lecteurs de toutes origines, à promouvoir une bande dessinée universelle, à présenter ce que manga, comics et BD ont de meilleur et non pas seulement de vendeur, ceci plutôt dans le registre universel du quotidien, autobiographique, documentaire ou fictionnel. »


     Pour plus d'informations sur Frédéric Boilet et la "Nouvelle Manga" vous pouvez consulter la fiche de lecture de Fanny et le manifeste de la "Nouvelle Manga".

  

L'ouvrage    


     Japon est paru en France en novembre 2005 ainsi que dans 5 autres pays : le Japon, l'Italie, l'Espagne, l'Angleterre et les Pays Bas.   L'ouvrage rassemble 17 auteurs, 10 francophones et 7 japonais, plus ou moins connus et pour la plupart liés au mouvement de la « Nouvelle Manga », donc des proches de Boilet.

     Des auteurs francophones et japonais doivent imaginer une histoire en noir et blanc de 10 à 15 pages et en sens de lecture gauche-droite, à partir de leur séjour de deux semaines au Japon pour les auteurs francophones et à partir de leur région d'origine ou de résidence pour les auteurs japonais.

 

     Avant chaque récit, la page de titre indique le lieu géographique qui l'a inspiré, ainsi qu'une petite biographie de l'auteur.

      A l'exception du sujet, le Japon, et du nombre de pages, les auteurs pouvaient laisser libre cours à leur imagination. Cela a donné un ouvrage très hétéroclite, sans réelle ligne directrice à part la succession de régions du Japon du sud vers le nord.

 
Visions du Japon


     Il n'y a aucune prétention à l'objectivité mais plutôt une volonté de nous offrir les visions très subjectives des auteurs.


     On ne pourra donc pas diviser l'ouvrage en deux visions, l'une francophone et l'autre japonaise car la diversité des récits fait qu'il y a dans cet ouvrage autant de visions du Japon que de récits.

 

     On retrouve tout de même quelques éléments récurrents dans les récits, notamment par rapport à la description du Japon et des moeurs de ses habitants : les onsens (bains thermaux japonais), l'attachement aux montagnes, à la nature et à ses légendes, la culture du graphisme, du dessin, la culture manga, la politesse et la discrétion des habitants, l'attrait des Japonais pour le mariage à la catholique même si pas très catholique dans sa célébration puisque souvent célébré par de faux prêtres.

    On trouve aussi quelques critiques sur le touriste occidental.

   

Les récits


    
  Les auteurs font souvent ce qu'ils savent le mieux faire et on retrouve donc sans peine la patte de chacun. Le style graphique et littéraire de chaque auteur est assez aisément discernable. Les premières pages présentent l'ouvrage et son concept grâce à la reproduction d'un e-mail de Frédéric Boilet à Etienne Davodeau.

 

Les récits de voyage : quelques récits se rapprochent de ce genre littéraire.

 

     "Les Nouveaux dieux" de Nicolas de Crécy préfigure l'excellent Journal d'un fantôme paru en 2007 chez Futuropolis. Le récit met en scène un concept publicitaire qui tente de prendre forme et son manager. Cela donne une sorte de quête initiatique pour un dessin où Nicolas de Crécy aborde avec originalité de nombreux thèmes comme les moeurs du Japon, sa culture graphique, les comportements des touristes français mais aussi la création artistique et l'inspiration.




 
     Avec "Le Tôkyô de Oualtérou", Sfar joue sur les préjugés. Il met en scène une présentation du Japon très jouissive de son ami Oualtérou qui y réside depuis trois ans sans jamais avoir voulu apprendre la langue. Il tient un discours très incisif sur les caractéristiques des Japonais, s'attaquant à leur politesse, à la mode du rappeur américain, au pachinko (désigné comme le RMI japonais), à leur manière de travailler, aux Yakusas... 
    



Dans "Sapporo fiction", Etienne Davodeau inverse les rôle en décrivant son voyage à travers les yeux d'un autochtone qui l'accompagne.

Mais celui qui se rapproche le plus du récit de voyage c'est Fabrice Neaud. Dans "La Cité des arbres", il décrit ses activités, nous livre ses sentiments, décrit le Japon et les Japonais comme il les perçoit, donne des éléments de cultures, d'histoire...

 

Les étranges : certains récits s'appuient sur l'imaginaire japonais, d'autres uniquement sur celui de leurs auteurs.


     David Prudhomme raconte la fugue de ses chaussures au pays sous la mer (référence à la légende de
Urashima Taro).


     Taijô Matsumoto, dans Kankichi, raconte l'histoire d'un jeune garçon un peu à part qui passe son temps à dessiner et sera rejeté par les membres de son village. Mais le caractère magique de ses dessins fera de lui un être adulé pour avoir sauvé le village.


     Schuiten et Peeters signent un mélange entre une brochure touristique et un reportage sur un japon futuriste dans Osaka 2034. On y retrouve leur tendance à présenter des décors architecturaux complexes. Ils décrivent le Jardin des délices, une sorte de résidence de luxe au dessus de la ville d'Osaka et une nouvelle espèce d'insecte qui est devenue la mascotte de la ville et héros du manga Orduroman.

 

Les émouvants :


     Kan Takahama revient avec son amant dans le village de son enfance, maintenant désert, pour évoquer son passé, son présent et son avenir.


     Jirô Taniguchi s'illustre en contant l'histoire d'un jeune homme retournant en vacances chez ses parents dans le Japon des années 50 pour y revoir une jeune fille que l'on veut marier sans son consentement et qui n'ose pas s'y opposer.


     Moins poétique en apparence mais très original, Frédéric Boilet signe une déclaration d'amour pour son amante Aurélia Aurita (qui participe aussi à cet ouvrage) sur fond de description des consignes pour le tri des déchets ménagers à Tokyo.

  

Conclusion


     Cet album s'inscrit clairement dans le mouvement de la "Nouvelle Manga" avec des récits plus ou moins autobiographiques, s'appuyant largement sur le quotidien et en mettant en avant cette volonté d'échange entre deux cultures à travers la bande dessinée d'auteur.

 

     L'ensemble est agréable à lire. Le format court des récits est parfois frustrant tant on a l'impression que les auteurs manquent parfois de place pour développer leurs histoires. D'ailleurs Nicolas de Crécy a repris son récit de Japon pour en constituer une "version longue" dans Journal d'un fantôme. Notons quand même que certains s'en tirent mieux que d'autres ; Taniguchi en particulier, s'accommode parfaitement de ce format.

 
B. R., Bib 2A


    
   

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Published by Benoît - dans bande dessinée
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commentaires

B. R. 29/05/2008 20:41

Et ma Google Map :-)

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