Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
28 juin 2008 6 28 /06 /juin /2008 19:33




Depuis combien d'années la maison Ndzé existe-t-elle?

Fondée en 1995 à Libreville au Gabon, le siège a été transféré en 2001 à Bertoua.

  























Quelle est la taille de votre structure?


Nous avons quatre salariés à Bertoua, deux directeurs de collection et moi-même.


Combien de titres avez-vous à votre catalogue?


Nous avons publié directement 36 titres auxquels s'ajoutent 5 titres en coédition, et un titre en indirect (financé par l'auteur).


Diffusez-vous et distribuez-vous au Cameroun ?

Oui. La diffusion se fait par relation directe avec les libraires (très peu nombreux, une dizaine seulement vendent de la littérature). La distribution est directe (de la main à la main), car il n'y a pas de structure particulière comme Prisme en France. De plus, la Poste est à éviter totalement, moins d'un livre sur deux parvient à son destinataire !






Est-ce totalement différent du système français ?

Oui, pour les livres des éditeurs africains. Aucune structure n’est mise en place. Il y a donc très peu de professionnalisme.
Non, pour les livres venant de France. En effet, ces derniers bénéficient de nombreux avantages octroyés par l'Etat français qui par là cherche à maintenir sa mainmise.
Nous pouvons par exemple dire que :
- Il existe des structures de distribution professionnelle directement héritées de la période coloniale pour la presse et les livres des grands groupes français (Sogapresse au Gabon, Socapresse au Cameroun).
- Le transport aérien est gratuit pour les éditeurs français (payé par le SNL) alors que les livres envoyés vers la France sont payés plein tarif du fret.
- L’exonération de taxes est mise en place à l'entrée dans les pays d'Afrique francophone pour les éditeurs français, alors que nous payons des taxes pour entrer en Europe.
- Le paiement des livres est garanti aux éditeurs français par le Ministère des affaires étrangères en cas de défaillance des libraires.
- Il n’y a aucune garantie de paie aux éditeurs africains. De plus, le distributeur en France des livres des éditeurs africains désigné par le MAE (Servédit) a mis la clé sous la porte sans nous payer nos livres qu'il a vendus pendant 3 ans. Le MAE n'a pas réagi à notre demande d'indemnisation.
- Nous pouvons ajouter à cela le détournement des aides du PNUD, UNicef, AIF réservées aux éditeurs locaux par les grands groupes français (Hachette, Pinaut, Lagardère) qui créent des structures soi-disant locales pour en bénéficier. (Exemple des Neas au Sénégal, du CEDA en Côte d'Ivoire qui sont des sociétés écrans entièrement aux mains de capitaux français mais qui raflent les subventions données, en particulier pour les livres scolaires).
Il n'y a aucune réciprocité. Tout est fait pour empêcher le développement de l'édition locale africaine et pour favoriser le maintien du monopole de l'édition française.


Vous êtes distribué par Alfa en France. Y avez-vous une antenne?


Non, ALFA est un distributeur exclusif.




Avez-vous beaucoup de concurrence, c'est-à-dire existe-il beaucoup d'éditeurs spécialisés en France ?

Non, on ne peut pas parler de concurrence. Les éditeurs spécialisés en France dans la littérature africaine (nous connaissons Présence africaine, Accoria, Anibwe, L'Harmattan, Kartala, Afridic pour ne citer que les plus connus sans compter les collections Afrique des " grandes " maisons telles que " Continent Noir " de Gallimard, " Monde noir " d’Hatier, " le Serpent à plumes " de Rocher) travaillent presque exclusivement avec les écrivains d'origine africaine vivant en Occident. Alors que nous sommes naturellement tournés vers des écrivains (pas nécessairement africains), mais qui vivent en Afrique. Nous ne puisons pas dans le même vivier.


Quel est votre avis sur la place de la littérature africaine subsaharienne francophone en France ?

C'est ce que dans la profession nous appelons "une niche". Un public restreint mais fidèle, par opposition au grand public. Il serait injuste de reprocher aux Français de souche de se désintéresser d'une littérature qui, après tout, ne les concerne pas directement, et un petit nombre le fait, heureusement pour nous. Non, le problème vient de la diaspora africaine en France. Contrairement à ce qu'elle fait pour la musique, elle se désintéresse totalement de la littérature africaine, pour diverses raisons, dont la principale est le désir inavoué de tourner le dos à une Afrique dont l'image véhiculée en France ne rend pas fier. Contrairement à ce qui se passe en Afrique où la relation identitaire est très forte (un Gabonais lettré aura à coeur de lire tout ce que les Gabonais publient) ou encore dans certaines communautés comme les Guadeloupéens de France (on dit en plaisantant que même s'il ne sait pas lire, un Guadeloupéen achète le livre si l'auteur vient de chez lui),  nous observons une grande méfiance, voire du mépris pour ce qui vient de là-bas ! Vieux réflexe de "complexe colonial" sans doute.



Et enfin, y a-t-il une croissance dans la demande au niveau de votre production depuis ces dernières années ?

La demande en France dépend de la situation géopolitique  véhiculée par les médias. Si on diffuse en boucle des images sur les atrocités (Rwanda, Libéria, Darfour...) la demande baisse immédiatement : l'Afrique a alors une "mauvaise image" en terme de marketing. Dans les périodes d'accalmie, la demande reprend.




Entretien réalisé le 22/04/08
par Solenn, 2ème année 'Edition-Librairie


Liens

Site des éditions Ndzé

Critique de Et si les crocodiles pleuraient pour de vrai…de Ludovic Obiang, éditions Ndzé, sur Africutures.

Le Gabon sur Wikipédia

Partager cet article

Repost 0

commentaires

Recherche

Archives