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20 juillet 2008 7 20 /07 /juillet /2008 18:55

Editeur d’une petite structure indépendante nommée Charrette et scénariste depuis trois ans avec plus de treize BD à son compte (adulte et jeunesse), Loïc Dauvillier fait partie des tout premiers auteurs à avoir renouvelé la bande dessinée pour les très jeunes. Avec La Petite Famille et de nombreux titres dans la collection des Petits Chats Carrés chez Carabas, ce Bordelais est avant tout un passionné qui apporte une contribution neuve et originale au Neuvième Art. 

 Site des éditions Charrette


Entretien réalisé le 5 avril 2008

 

Loïc Dauvillier, vous faites partie de ces rares personnes qui se sont investies depuis longtemps dans le domaine de la bande dessinée de premières lectures.
Tout d’abord, pourquoi cette envie de faire des bandes dessinées pour les petits ?

Dans la vie, je parle aussi bien aux enfants qu’aux personnes du troisième âge. Dans l’écriture, c’est la même chose. C’est donc pour moi une évidence de faire de la bande dessinée jeunesse.

Quelles étaient vos volontés en la matière ?


Sur le fond, je ne place pas de sujet tabou. Contrairement à beaucoup de parents, je pense que l’enfant est un être intelligent. Il comprend beaucoup de choses. On peut discuter de tout.
Il suffit juste d’aborder les choses simplement.
Sur la forme, ma volonté première était une nouvelle fois : " ne pas prendre les enfants pour des idiots ". Je déteste les personnes qui parlent par des sons ridicules pour communiquer avec leurs enfants. Un exemple simple : " il est mimi le toutou ".
Oui, je pense qu’il faut adapter son vocabulaire et sa construction de phrase, sans pour autant se limiter à un vocabulaire pauvre. Parlons à nos enfants sans les prendre pour des imbéciles heureux. Si nous ne le faisons pas pour nous, faisons le pour eux.

Pour La Petite Famille, comment s’est passé votre travail avec l’auteur Marc Lizano ? Notamment en adoptant une lecture pour les tout-petits ?

J’ai écrit le premier tome de la Petite Famille lorsque ma fille était dans l’apprentissage de la lecture CP. Mon rêve était qu’elle puisse rapidement lire cet ouvrage sans notre aide. J’ai donc été très attentif à utiliser des mots qu’elle puisse lire facilement. Je trouve qu’il est très valorisant pour un enfant de cet âge de pouvoir lire un livre seul.
Si je fais le rapprochement avec mon expérience, j’ai un très mauvais souvenir de mes cours de chimie. On nous faisait calculer les nombres de mole mais il n’y avait pas d’application directe. Bilan, la chimie n’a jamais été mon amie. En qualité de papa, j’ai envie que ma fille puisse acquérir rapidement le goût et le plaisir de la lecture, je dois automatiquement prendre en compte ce paramètre lorsque je fais des livres jeunesses.
Avec La Petite Famille, c’est facile. Un petit garçon en classe de ce1-ce2 raconte l’histoire (encart narratif). J’ai cherché les mots qu’il pouvait porter. Mine de rien, ça aide.
Sinon, question travail…. Avec Marc, c’était super... merci !

Avec cet album, touchez-vous les classes d’âge que vous aviez envisagé au départ ?

Ce n’est pas parce que j’écris pour la jeunesse que je ne veux toucher que la jeunesse.
J’adapte mon récit à la possibilité de lecture par un jeune lecteur mais je m’adresse à tout le monde. Je pense que nous avons réussi car nous avons autant de témoignages d’enfants que d’adultes. Maintenant, il y a des choses que nous avons touchées sans les avoir volontairement déclenchées. Un exemple : sur le festival de Blois. Une maman est venue nous remercier car nous avions débloqué un problème de communication de sa fille. Cette petite fille avait perdu sa grand-mère et n’arrivait plus à communiquer. Après la lecture des trois tomes, elle a pu parler de sa grand-mère et donc déclencher le processus de deuil. Nous avions la volonté de permettre la discussion entre les générations mais certainement pas jusque là.
Autre chose. A la suite d’une exposition, j’ai été contacté par des enseignants du réseau éducation sans frontière. Ils m’ont demandé si nous pouvions envisager la création d’une méthode de lecture à partir de la petite famille. Nous ne pouvions pas le prévoir.
A la demande d’un centre de formation, j’ai également travaillé sur des fiches de travail pour des classes de CP. C’est génial de voir qu’un livre dépasse le cadre des intentions de l’auteur.
Cette série en trois tomes traite des relations petits enfants et grands parents, avec le deuil du grand père à la fin.

Lors de vos interventions et dédicaces, quelles réactions avez vous reçu auprès de ce jeune lectorat ?

Lorsqu’une personne vient vous voir en dédicace, c’est généralement que l’ouvrage lui a plu ou qu’elle désire le découvrir. Nous ne sommes donc que dans des relations positives.
Lors des interventions, j’observe que l’ouvrage ne m’appartient plus. C’est leur histoire… plus la mienne. Ça, c’est le plus beau des cadeaux.

Va te brosser les dents, Le corbeau et le renard, La folle aventure de super cochon ou encore Paf ! sont les titres dont vous êtes l’auteur, dans la collection Les Petits Chats Carrés, chez Carabas. Comment s’est créée cette relation avec cet éditeur qui ne faisait pourtant pas beaucoup de bande dessinée jeunesse ?

En fait, nous devions faire Va te brosser les dents chez un autre éditeur. Au dernier moment, nous avons décidé de ne pas travailler avec cet éditeur.
En contact avec les éditions Carabas, j’ai proposé le projet à Jérôme Martineau (justement car il n’avait pas de collection jeunesse). J’ai donc rédigé un dossier complet (édito-finance, etc.). Et il s’est lancé dans l’aventure. Etant actuellement en conflit juridique avec cet éditeur, je ne peux me permettre de développer sur la suite de l’aventure.
Il fait selon sa vision. Ce n’est absolument pas la mienne.

D’ou viennent les thèmes de ces petits albums, de l’éditeur ?

- Va te brosser les dents : c
’est très simple. Vous avez une petite fille qui ne veut pas se brosser les dents. Elle préfère lire à la place… vous faîtes un livre sur ce sujet.

- Super cochon : u
n ami libraire a un petit garçon de trois ans qui ne parle que de super héros… mais les ouvrages disponibles ne sont pas pour lui (pour son âge). Alors un scénariste et un dessinateur décident de lui faire un livre.

- Le corbeau et le renard :
une intervention dans une classe. On me dit que les enfants n’arrivent pas à apprendre le corbeau et le renard. Je constate que les enfants n’ont pas compris la fable. Un ami dessinateur me propose de faire un petit livre sur ce thème…et voilà.
Bilan, c’est une erreur !

- Paf ! : c’est une demande de l’éditeur.
Nous venions de faire le premier tome d’une série avec ces personnages. Dans l’attente du tome 2, l’éditeur pensait qu’il serait bien de faire un petit livre.
Bilan, inutile !
Personnellement, je pense que 2 livres sur 4 sont de l’ordre de l’inutile.
Je ne suis pas particulièrement fier de mon travail sur ces livres.

Comment s’organise votre travail avec les différents dessinateurs ? Notamment avec la création de scénario sans cases, comme pour La folle aventure de super cochon, ou sans bulles avec Paf ! ?

Je vais être franc avec vous. Ces livres ont été réalisés en 2-3 heures.
Pour Paf !, c’est de la commande.
Pour Super cochon, je suis parti du gaufrier 4 cases par pages… et j’ai raconté l’histoire case par case. Ensuite, Efix a repris et a adapté cela à sa façon.

En général, comment vous vous y prenez au niveau de la construction narrative, pour la jeunesse ? Quelles sont les différences et les difficultés que vous retrouvez ou non, par rapport au scénario de vos bd adultes ? (Lecture de l’image, du texte, sens de lecture…)

Pour moi, le plus important, c’est de ne jamais perdre le lecteur.
En bande dessinée, nous utilisons beaucoup l’ellipse. En jeunesse, il faut faire attention aux ruptures trop franches dues aux ellipses.
Un exemple : Dans La petite famille, tome 1, nous indiquons le passage du jour et de la nuit par deux cases. Mine de rien, c’est beaucoup, deux cases, mais c’est très important…Ca donne la fluidité du récit.

Aujourd’hui, vous travaillez sur plusieurs titres et séries de la collection Ex-Libris chez Delcourt. Une collection ayant pour but d’adapter les grands classiques de la littérature en bande dessinée. Vous vous adressez ici à un lectorat moins jeune, Oliver Twist s’adresse à quel âge selon vous ? Quelles sont les libertés que vous pouvez plus vous permettre lorsque vous vous adressez aux plus grands ?

Généralement, les personnes pensent qu’il s’agit d’une commande. Ce n’est pas le cas.
J’ai choisi les titres que j’ai proposés. L’éditeur m’a dit : " ce sera dans cette collection "… c’est aussi simple que ça. Clairement, le service marketing m’a signalé qu’il désirait toucher les collèges et lycées mais moi, je ne prends pas cet élément en considération lorsque j’écris.
Avec Oliver Twist, je cherche à raconter cette histoire avec une narration à la Tintin.
Avec le Tour du monde, je me raconte l’histoire. Je dis souvent : une lecture d’enfant, un projet d’adulte.
Ensuite, on m’a proposé de travailler sur des dossiers pédagogiques.
Je pense que c’est parce que j’ai une petite expérience dans ce type de rédaction et non pas parce que je fais des adaptations.

Parmi tous vos livres destinés au jeune public, lequel (ou lesquels) selon vous, s’adapte(nt) le mieux à une première lecture de bande dessinée ?

La Petite Famille !

Y a t-il des bd pour tout-petits que vous aimez particulièrement chez d’autres auteurs?

Oh oui !
J’adore Lou. Pour moi, Julien Neel est dans une réflexion proche de La Petite Famille. Nous en avons beaucoup parlé ensemble. Nous avons eu le besoin de nous rencontrer. La différence en Lou et La petite famille, c’est qu’il fait grandir son personnage… Pas nous.
Je pense le plus grand bien de Mamette de Nob.
J’ai de l’admiration pour Octave de Chauvel et Alfred.

Pour terminer, vous préparez en ce moment de nombreux scénarios pour des œuvres adultes et adolescentes, chez divers éditeurs. Avez-vous aussi d’autres projets de bandes dessinées destinées à la jeunesse ?

Mis à part Dupuis, la bande dessinée jeunesse n’intéresse pas les éditeurs.
Pourquoi ? Parce que le niveau de vente n’est pas très élevé. Or, les avances sur droits en bande dessinée sont bien plus élevés qu’un ouvrage illustré jeunesse. Un exemple de collection qui ne génère plus de nouveautés : la collection jeunesse de chez Delcourt.
Regardez l’évolution de cette collection et vous comprendrez la nouvelle direction éditoriale.
Réellement, il ne reste que Tcho et Dupuis. Je ne peux m’inscrire dans la démarche de Tcho. Il s’agit de gags en une planche. Ce n’est pas mon écriture. Pour Dupuis, nous n’arrivons pas à nous trouver sur un récit précis. ¨Pas les mêmes envies, les mêmes attentes. J’avais donc mis mes projets jeunesse en stand-by.
Et puis, l’année dernière, j’ai été contacté par des personnes qui envisageaient de monter une structure jeunesse. Ils avaient été sensibles à La petite famille. Nous avons discuté et nous avons convenu d’un projet. C’est Kokor qui le dessinera. Si j’ai accepté leur proposition, c’est parce que j’ai obtenu des garanties de développement d’un dossier pédagogique en parallèle du travail de création. Après des expériences malheureuses, on apprend vite.
L’ouvrage parlera du mensonge. Il se nomme LA GROSSE BETISE. Il sortira en juin 2009 aux éditions La Gouttière.
Il y a le travail avec RESF… très important à mes yeux !
Grâce à l’impulsion de Rascal, je me lance dans le livre illustré jeunesse. Une nouvelle aventure… 

Sarah, 2ème année Edition-Librairie 

 

 

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Published by Sarah - dans Entretiens
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