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24 août 2008 7 24 /08 /août /2008 19:19







Henry BAUCHAU

Le boul
evard périphérique
roman,
Ed. Actes Sud, 2008.



   






















C'est à une réflexion sur « l'ombre de la mort portée en soi » que se livre, à  quatre-vingt quinze ans, Henry Bauchau dans son nouveau roman intitulé Le Boulevard périphérique. L'auteur belge, à la fois dramaturge, poète, romancier et psychanalyste, nous livre une fois de plus, après des oeuvres inspirées, comme La Déchirure en 1966 ou Oedipe sur la route en 1990, une fiction intense dont lui-même reconnaît la part autobiographique. ¹

   
Le boulevard périphérique, c'est le parcours quotidien que le narrateur, un homme âgé,  emprunte pour se rendre à l'hôpital où meurt lentement sa belle-fille. Un trajet pénible, rythmé par les bouchons des heures de pointe, dont les étranglements font échos aux difficultés respiratoires de Paule, et par le chapelet des portes de Paris que le narrateur égrène comme autant d'aphtes dans la bouche de la malade. Un trajet ritualisé, aux effets hypnotiques qui replongent cet homme silencieux dans un passé habité par Stéphane, l'ami disparu, et par l'effrayant officier S.S. nommé Shadow.


Deux histoires en effet s'entremêlent. Il y a d'abord celle de l'hôpital, du temps de la narration, sur laquelle s'ouvre le roman et sur laquelle il se clôt. Cette partie du récit fait la part belle à l'introspection et à l'observation presque muette de son entourage par le double littéraire de l'auteur : lui aussi psychanalyste, le personnage se révèle très sensible aux attitudes de celles et ceux qui l'entourent. Le flot de ses pensées emporte le lecteur vers le second récit, tumultueux et viril, qui raconte ses jeunes années aux côtés de l'envoûtant Stéphane, prodige de l'escalade et maquisard. L'amitié est profonde entre les deux jeunes hommes. Mais tandis que le narrateur révère son compagnon et voit en lui un maître, une sorte de dieu lumineux de la montagne en compagnie duquel tous les exploits sont possibles, Stéphane, lui, n'avoue jamais que ses sentiments sont d'une autre nature. L'intensité des émotions évoquées par l'écrivain est bouleversante. Puis surgit Shadow. Un être froid, glaçant même, auquel Henry Bauchau fait dire que « régner par la terreur, c'est régner sur des intestins » (p.160). Pourtant, lui aussi sera touché par la pureté de Stéphane, son absolu contraire. « Stéphane a provoqué la fêlure dans l'abominable, l'admirable indifférence de Shadow » (p.209) dira le narrateur vieil homme.


La mort annoncée de Paule, encore jeune et mère d'un petit garçon, malgré la lutte de son entourage qui veut garder espoir envers et contre tout, ranime chez le narrateur l'ancienne blessure, celle de la perte prématurée de Stéphane, et le place face à sa propre vieillesse.


Le Boulevard périphérique est un roman au style maîtrisé, de la lecture duquel on ne peut que sortir ému.


* * * * *

¹ « A part Shadow, un personnage fictif, je convoque des personnes qui ont marqué le cours ma vie, mais je garde vis-à-vis d'eux la liberté du romancier. »
source : entretien avec Thomas Flamerion pour Evene.fr. http://www.evene.fr/livres/actualite/interview-henry-bauchau-la-dechirure-1179.php

Julie, A.S. Bibliothèques-Médiathèques

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commentaires

sylvie 28/10/2008 09:35

j'ai également beaucoup aimé ce livre, comme tu le dis, au style maitrisé, à la construction impeccable, et aussi à la force tranquille d'une liberté intérieure qui s'exprime.
Un très beau livre.

ines 12/09/2008 11:39

Henry Bauchau nous emmène à travers les souvenirs du narrateur, dans ses pensées et ses émotions...autre roman de Bauchau à lire, où on n'en sort pas indemne, "L'enfant bleu". A lire absolument.

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