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22 octobre 2008 3 22 /10 /octobre /2008 20:43







"La Lionne",

d’après Médée d’Euripide,
extraite du recueil Une matinée d’amour pur,
de Yukio Mishima, nouvelles choisies et traduites
par Ryôji Nakamura et René Ceccatty,
Paris : Gallimard, 2005,
nouvelle publiée pour la première fois en 1948,
collection Folio.



















Mishima Yukio, de son vrai nom Hiraoka Kimitake, est né à Tokyo en 1925 et mort en 1970. Romancier, nouvelliste, dramaturge, Mishima rencontre très tôt le succès. En 1949, la publication de Confession d’un Masque, ouvrage en partie autobiographique, lui apporte la notoriété.

Grand admirateur de la tradition japonaise, il n’en est pas moins influencé par les classiques occidentaux, dont les tragiques grecs. Son goût pour l’esthétique du théâtre classique est présent dans l’ensemble de son œuvre.


Mishima reprend dans cette nouvelle le mythe grec de Médée, mis en scène par le poète tragique Euripide, ayant vécu à Athènes au Ve siècle avant J.-C. L’histoire se rattache au cycle des Argonautes. Médée, la magicienne orientale, épouse du héros Jason, est en exil à Corinthe avec son mari et leurs enfants. Elle est alors abandonnée par son époux au profit de la fille du roi de Corinthe. Consumée de jalousie, la femme de Jason se venge de son mari en provoquant la mort de ceux qui lui sont chers. Meurtrière, infanticide, Médée n’en est pas moins sauvée à la fin de la pièce, et enlevée à Athènes où elle épouse le roi Egée.


Tout le talent de Mishima est de parvenir à transposer et adapter efficacement le mythe de Médée à l’époque contemporaine.


Octobre 1946, le Japon panse ses plaies. La terre du Soleil Levant est un pays vaincu, occupé, blessé dans son orgueil. Dans une métropole en proie aux pénuries, aux réquisitions, à l’insécurité, des enfants courent les rues tels des mendiants. Le vaste empire d’au-delà les mers n’est plus. Cependant l’existence continue, et les rapatriés tentent de reprendre une vie normale.

La souffrance du peuple japonais semble toutefois s’effacer devant celle de l’héroïne, Kawasaki Shigeko. La jeune femme est de retour dans l’archipel avec sa famille, au terme de plusieurs années en Mandchourie, qu’elle et les siens ont dû quitter après l’invasion soviétique.

Shigeko se sait trompée par son mari Hisao. Celui-ci entend se remarier, chasser sa femme de sa maison et élever leur fils Chikao avec sa nouvelle épouse. Shigeko, ne pouvant l’éviter, se voyant cernée, consacre tous ses efforts à se venger. A l’instar de Médée elle utilise un stratagème afin de supprimer les êtres  aimés d’Hisao, mais ce faisant elle se punit elle-même.

Kawasaki Shigeko, tantôt comparée à une lionne, tantôt à un être maléfique, est en fait un personnage profondément humain. Loin d’être quelqu’un d’effacé, ni épouse résignée, ni mère bienveillante, elle laisse ses sentiments négatifs la dominer. La violence des passions est au cœur de l’histoire. Amour, haine, jalousie sont présents, ne cessant de tirailler hommes et femmes jusqu’au dénouement. Dans ce texte, dont la construction rappelle celle du théâtre et de la tragédie, les humains demeurent toujours libres. N’étant pas astreints aux caprices de la fatalité ou du destin, ils agissent en leur âme et conscience. Les sentiments, les décisions individuels sont les seuls guides des actions humaines. Les personnages construisent leur malheur, et telle Shigeko sont les auteurs de leur propre tragédie.

Marie-Charlotte, A.S. Bib-Méd.

Voir aussi :

Bataille et Mishima, article de Marie-Fanny et Antoine,

Martyre, fiche de Lucille,

Martyre, fiche de Lila,

Dojoji, fiche de Marie.



Marie-Charlotte
AS Bib.-méd.


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Published by Marie-Charlotte - dans Nouvelle
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