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23 octobre 2008 4 23 /10 /octobre /2008 22:31

Ritournelles, jeudi 23 octobre
    
Jean-Yves Macé et Mathieu Larnaudie
Photo Emma Foucher


Le festival Ritournelles organisé en partenariat avec l’ARPEL et le FRAC a notamment donné lieu cette année à une rencontre-conférence avec les jeunes auteurs Arnaud Bertina, Mathieu Larnaudie et Jérôme Mauche autours du thème de la révolution littéraire portée par cette vague de nouveaux auteurs et des procédés artistiques utilisés par eux, d’une technique qui serait le reflet d’une écriture neuve.

L’idée d’une mutation littéraire totale a d’emblée été réfutée par A. Bertina qui se « méfie de l’idée de nouveauté » et qualifie plutôt son écriture de poreuse et influencée de toutes parts. Il n’y a effectivement pas non plus pour M. Larnaudie et J. Mauche de révolution proprement littéraire bien que pour le premier il se fasse une table rase dans l’esprit lorsque l’on commence un nouvel écrit. Tous se sentent nourris de filiations multiples qui leur font intégrer le travail de leur  prédécesseurs et plus globalement les influences qui les construisent jour après jour.

A. Bertina se sent particulièrement concerné par la poésie contemporaine qui lui a fait prendre conscience de la matérialité de ses phrases. Il s’agit de « désapprendre sa langue » et  de perdre ses repères afin d’aiguiser ses sensations. Le roman est un instrument pour comprendre le monde et l’art n’est pas en dehors du réel. Ainsi l’inspiration pour M. Larnaudie est issue de manuels de marketing, des médias, de la politique et du langage de l’entreprise qu’il ne déconstruit pas mais détourne et qui est en « prise directe sur le réel ». La réutilisation du langage est une véritable jouissance selon J.Mauche qui aime utiliser des lieux communs et des tournures courantes pour laisser se développer des images et de courtes fictions.

Finalement ces trois auteurs ont une écriture décomplexée  qui est une absorption puis une retranscription de situations laides, vulgaires (comme peut l’être le monde de l’entreprise) et qui n’a rien à envier aux classiques littéraires comme ils ont pu nous le montrer au cours de brèves lectures de leurs textes. « De quoi sommes-nous les contemporains ? » ainsi pourrait se résumer le propos des écrivains présents. A travers cette interrogation M. Larnaudie semble vouloir dire que ses écrits n’en sont pas le diagnostic et que sa véritable volonté est de faire bouger la réception d’une certaine écriture au travers notamment de publications chez de grands éditeurs ou de revues écrites collectivement.

Dorothée Degeix, A.S. Ed-Lib
Arno Bertina lit un extrait d'Anuma Motrix
Photo Emma Foucher


Détournements de langages techniques, mixages de matériaux écrits, écritures collectives, déstructuration de textes, titres provocateurs ou séducteurs…


Ces écritures contemporaines étaient représentées par Arno Bertina, Mathieu Larnaudie et Jérôme Mauche dans le cadre du festival Ritournelles ce jeudi 23 octobre, au Hangar de la FRAC de Bordeaux.

« Révolutions littéraires ? », tel était le thème du débat proposé à ces jeunes auteurs.

D’entrée, ceux-ci récusèrent une éventuelle position de porte-parole d’un mouvement littéraire nihiliste. L’enjeu n’est pas de se démarquer d’un héritage culturel mais de bousculer les lignes entre modernité et conformisme, de « s’inventer une liberté discrète », comme le soulignait Arno Bertina.

Du passé alors faisons plutôt table « basse » pour mieux  traduire un monde en mutation.

Et pour cela, nécessité de rester perméable à tout ce qui nous entoure et  volonté de perdre ses repères habituels au moment de l’écriture.

Pour ces auteurs, le roman reste un outil de connaissance et de traduction de la société : il n’y a pas de sujet « noble », on peut partir de n’importe quel matériau pour écrire : on retrouve là cette attitude libérée, décomplexée qu’on trouvait aux USA dans les courants artistiques des années 60.

La recherche du consensus en littérature constituerait à leurs yeux un frein à l’expérience et  ces auteurs assument en affirmant qu’« on est responsable de ce qu’on aime, de ce qu’on écrit, de ce qu’on lit ».

Alors révolution non, rupture peut-être.

Il s’agit plutôt de bousculer des attentes et d’ouvrir des espaces.
N’hésitez pas à venir respirer cet air nouveau au creux des livres de Arno, Mathieu et Jérôme

Patrice, A.S. Edition-Librairie

Sarah au FRAC

Je suis un peu en avance, j’ai encore sous-estimé l’efficacité du tram bordelais. Un rapide tour du propriétaire me permet d’apprécier les locaux du FRAC : le lieu est vaste, clair, et parsemé de cartons, qui participent à cette impression de dénuement.

A la conférence seront présents trois auteurs : Mathieu Larnaudie, Arno Bertina et Jérôme Mauche. Quelques mots sur eux, dans l’ordre de leurs présentations : A. Bertina, auteur entres autres de Anima Motrix, a aussi écrit une fiction biographique sur Johnny Cash, ce qui, avouons-le, le rend tout de suite sympathique. Il ne revendique pas l’étiquette de « tête de la révolution littéraire », et ne cherche aucunement à se démarquer : il se considère comme un « poreux de son époque », il prend et retranscrit. Cette modestie me rassure un peu, j’ai une tendance, facile, à considérer les auteurs contemporains avec beaucoup de prudence, et me les représenter comme imbus de leur personne et provocateurs.

Mathieu Larnaudie, auteur de Strangulation,  est, en comparaison, plus assuré, parle plus fort, et ne suit pas le point de vue de Bertina : pour lui il y a « table rase » avant l’acte d’écrire, on ne part de rien, ce qui laisse justement une liberté.

Jérôme Mauche, dont l’œuvre est souvent associé à la poésie contemporaine, parle d’une voix assez basse, je ne saisis pas toujours ce qu’il dit. J’entends l’expression (pourtant dure à placer) « syntagme plus que figé ». Comme Bertina, il considère qu’on est pétri d'influences, de cultures, haute ou basse, et qu’on « fabrique avec tout ça quelque chose qui n’est pas neuf ».

Le modérateur, dont je n’ai pas retenu le nom, relance : que prennent-ils des autres pour créer ? Bertina commence : il a lu beaucoup de poésie contemporaine (mais curieusement n’a aucune culture de la poésie classique –personne n’est parfait). Cela lui permet d’être plus attentif à la « matérialité des phrases ». Larnaudie pour sa part, détourne des manuels de marketing, et joue avec cette syntaxe et ce lexique particulier. L’idée est très intéressante, impression confirmée par la lecture à voix haute qui suivra. Mauche détourne aussi, et affirme qu’il « se fait traverser par le discours d’idéologie ». Il transforme le langage juridique, administratif…en micro fictions.

Cette partie est ma préférée : chaque auteur lit un court extrait d’une œuvre, le silence se fait, et les mots remplissent la salle.

Bertina commence. Sa lecture est rapide, ralentit, reprend sa course. Sa voix est grave, un peu monotone, sur ce texte triste qui s’étire dans le silence. C’est difficile à suivre, les sujets changent constamment. Le modérateur résume pour moi, c’est « très très poignant ».

Un silence un peu tendu parmi le public, puis Larnaudie commence à son tour. Il a une voix sonore, les mots frappent : « qualité », « compétence », « performance », puis « réussite éclatante », « mémorable », « frissons »…il maîtrise les jeux lexicaux, remodèlise les termes. L’effet est saisissant.

Enfin, Mauche termine. Il utilise un vocabulaire cru, tendu, presque agressif (« cadavre », « sacrifié »..). Son travail mêle sociologie, relation intra-entreprise, et lutte anti-consommation. Sa lecture est agréable, on le sent critique, engagé.

Le premier débat se clôt sur un court échange concernant l’ « hétérodoxie «, l’accessibilité de leurs œuvres (pour Mauche, leur pratique littéraire n’intéresse que si on a envie de s’y intéresser), et la revue Inculte (monté par Larnaudie et Bertina).


Sarah Albaret, Année Spéciale Edition-Librairie


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Published by Dorothée et Patrice - dans EVENEMENTS
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