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27 octobre 2008 1 27 /10 /octobre /2008 20:24
Bertina, Laurnaudie, Mauche ou un nouveau rapport à la littérature


En venant à cette conférence, j’étais quelque peu réticente à l’idée de rencontrer des auteurs contemporains français. Cette nouvelle vague me semblait prétentieuse, médiatique et loin de ses lecteurs. A la vue de ces trois auteurs, mes préjugés se sont vite évanouis. Installée dans les premiers rangs, j’ai pu les observer scrupuleusement (ma curiosité m’obligeant à cette analyse superficielle) : Arno Bertina, un grand blond aux yeux clairs, paraissait nostalgique, empreint d’humilité et de réserve. A l’inverse, Mathieu Larnaudie semblait plus confiant. Son passé de rugbyman m’amène à le voir comme un homme direct et droit. Jérôme Mauche, quant à lui, semblait plus raisonnable. Son écharpe et ses lunettes lui donnaient un air d’intellectuel sobre et mystérieux. Trois personnalités complètement différentes, mais animées d’une même envie, celle de bousculer la littérature contemporaine. Nous sommes dans une période de mutation sociale et culturelle et c’est cette transformation que retranscrivent ces trois auteurs.

En effet, Bertina, Larnaudie et Mauche inscrivent de manière directe leur littérature dans le social. Ils tentent d’expliquer le réel avec des outils proprement littéraires. Ce mouvement, ils ne peuvent le retranscrire que par une recherche expérimentale. Prenons l’exemple de Bertina : ce dernier nous contait que lorsqu’il écrit ses romans, il part d’un fait réel pour créer sa fiction. Une fois son œuvre achevée, il se documente pour vérifier s’il est proche de la vérité et il s’avère que, la plupart du temps, il ne se trompe pas. Ce détail m’a beaucoup interloquée. Tout se passe comme si la création le guidait vers des vérités sociales. Nous ne sommes pas loin de cette vison hugolienne du poète prophète ! C’est en cela que je vois l’importance de la littérature, qui, par sa recherche stylistique, permet une meilleure compréhension du monde.

Le travail d’écrivain a pour essence le langage. Arno Bertina a, dès le début de la conférence, condamné cette idée que la littérature naît ex-nihilo. Pour lui, il n’y a pas de « poète novateur », « la littérature est un espace de liberté qui ne prend sens qu’avec ses influences ». Telle une filiation mystique qui lie les auteurs entre eux, on avance vers de nouvelles possibilités langagières. Il nous expliquait, par exemple, que la poésie l’a beaucoup aidé à approfondir sa prose, à la rythmer. Il perd sa « vocation première » afin d’aller plus loin dans la recherche de son écriture.

Il n’y a donc pas de littérature sans influence même si les sujets ne sont en aucun cas poétiques. La publicité, les slogans politiques, les discours d’entreprises, voilà les thèmes qui animent leur littérature. Ces auteurs travaillent des « matériaux impurs » afin de les sublimer, de les rendre artistiques. C’est un pari dangereux et incompris malgré l’apport qu’il pourrait amener à notre vision du monde. Tel un poète comme Francis Ponge, nos trois auteurs veulent rendre sa noblesse à ce vocabulaire du quotidien, usé par notre langage qu’il utilise trop. Il ne faut pas laisser les mots s’endormir dans leur « ronron » plaisant. Il faut les bousculer, leur rendre leur autonomie. Ce langage qu’utilise la société pour nous manipuler à notre insu est la même arme avec laquelle s’expriment ces écrivains. Bertina, Larnaudie et Mauche lui imposent un nouveau traitement. Cette sublimation du langage par la littérature permet une véritable prise de conscience du réel. Et si elle n’a pas de répercussion directe, elle laisse une trace indélébile. La littérature sera toujours présente alors que les discours s’effaceront.


Margaux Lamongie, Année Spéciale Édition-Librairie


Ritournelles, jeudi 23 octobre, 13h30

 
« Les révolutions littéraires ? » C’est la question posée par Didier Vergnaud (des éditions Le bleu du ciel) dans le cadre du premier débat auquel participent les auteurs Mathieu Larnaudie , Arno Bertina et Jérôme Mauche. La mutation littéraire à laquelle ces trois écrivains semblent appartenir est-elle liée aux mutations sociales, artistiques, politiques, communicationnelles… ?

Mais l’étiquette révolutionnaire déplaît, elle entraîne la méfiance des invités qui, plutôt que de s’inscrire en rupture, préfèrent souligner les liens existants entre leurs styles d’écriture et la tradition littéraire, entre tradition et changements. Pour échapper à l’enfermement dans une case estampillée « révolutionnaires », ils évoquent leurs influences diverses, leurs lectures variées, le monde qui les entoure, la tradition de leurs actes d’écriture – quoi de plus traditionnel que d’écrire un roman ?

Loin d’innover aujourd’hui, la littérature n’a-t-elle pas toujours été en lien avec la politique ? Et même cette étiquette d’avant-gardiste et de révolutionnaire, n’est-elle pas connotée historiquement, presque comme une tradition du XXe siècle ?
 

Changement d’approche : Didier Vergnaud demande aux invités de parler de leur travail d’écriture, des influences qui le façonnent, de la matière qu’ils mettent en forme, des procédés et des innovations qu’ils utilisent.
Arno Bertina évoque le lien qu’il crée entre la poésie contemporaine et le roman, prenant à l’une son langage, son rythme, la surprise créée par son absence de repères pour enrichir la structure de l’autre et aiguiser ses propres idées.

Pour Mathieu Larnaudie, son travail tourne autour du réemploi et du détournement des syntaxes et du vocabulaire tiré des manuels de marketing, qui envahissent le langage commun, créant des rejetons tels que le langage administratif, les slogans… Tous profondément ancrés dans le réels – mais tout aussi profondément hermétiques.

Jérôme Mauche souligne l’effet de jouissance qu’il y a à récupérer le langage (en général et les langages professionnels en particulier) pour s’en imprégner et le manipuler à loisir, créant ainsi de courtes fictions, comme des allégories du réel.

Après une courte séance de lecture illustrant leurs discours, Arno Bertina souligne la libération de l’écriture que constitue cette pratique de réemploi des langages professionnels d’aujourd’hui dans la littérature, acte décomplexé que celui d’employer cette matière mal aimée, jugée impropre au travail littéraire, qui, sortie de son contexte, amuse par l’absurdité de sa complexification – tant de mots pour ne rien dire !
 

Bien sûr, ces textes déstabilisants par le langage employé peuvent poser un problème de lisibilité (surtout dans une publication de type roman où l’on s’attend moins à être surpris que dans une publication de poésie contemporaine.) Le public lecteur est restreint, d’autant plus que la surcharge de production littéraire leur laisse finalement bien peu de place en librairie pour trouver un public ; ce sont surtout les lecteurs déjà attirés par cette littérature qui l’achètent, elle se diffuse relativement peu. Son influence – ou son absence d’influence ? – est imperceptible : ancrés dans notre époque, il nous est impossible de nous en détacher en prenant du recul pour voir dans le présent ce que nous distinguons dans le passé (innovations majeures, points culminants, travaux décisifs…)

Ainsi, comment savoir de quoi sommes-nous les contemporains ?

Ainsi, comment percevoir une révolution dans l’écriture d’aujourd’hui ?


Fanny Daouk, Année Spéciale Édition-Librairie

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