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28 octobre 2008 2 28 /10 /octobre /2008 19:54


Philippe CLAUDEL
Les Petites Mécaniques
Mercure de France, 2003
Réed folio 2007
































Philippe Claudel élabore magnifiquement un univers où la simplicité tente de dissimuler la noirceur des drames que nous devons traverser. Le recueil de nouvelles intitulé Les petites mécaniques mêle poésie, désillusions, et espoirs dans une écriture belle et envoûtante. En effet, Les petites mécaniques font référence à la citation de Blaise Pascal mise en exergue au début de l’ouvrage « Nous sommes de bien petites mécaniques égarées par les infinis ». Ainsi, est introduite l’idée que, l’auteur, Philippe Claudel, est fortement touché par la fragilité de nos vies, la fragilité des tracés de la vie et de là émane cette note à la fois belle et sombre qui enveloppe les nouvelles. On apprécie d’abord la diversité des nouvelles, pour évoquer ces destins parfois cruels et destructeurs, car le recueil traverse les époques et  les frontières afin de souligner l’universalité des thèmes. Les ambiances sont à la fois palpables et invraisemblables car les nouvelles touchent parfois le fantastique tout en évoquant des thèmes bien réels.

 
 La mécanique et son bouleversement

Une vie est une mécanique que l’on pense bien réglée ; pourtant les infinis évoqués par Pascal viennent tout bouleverser. Ces infinis sont développés par Claudel comme étant les déclencheurs d’un dérèglement, ou au contraire, comme des facteurs salvateurs de la mécanique.


Le dérèglement : La mécanique d’ « Arcalie » est victime de l’interdiction de pratiquer la poésie. L’absence de poésie est donc le déclencheur du dérèglement d’Arcalie ; à partir de là cette société disparaît petit à petit. Cette  extinction s’explique par le fait que l’esprit humain s’organise autour de l’imaginaire poétique, sans lui, on ne peut rien conceptualiser et la science n’existe pas et ainsi la société s’éteint.
àle bouleversement salvateur : La nouvelle « Le voleur et le marchand » se caractérise par le passage d’une mauvaise mécanique à une bonne mécanique. Il s’agit d’un voleur qui voit son destin bouleversé. Visité par la mort, il décide de devenir vertueux pour voir reculer la fin de sa vie. La morale le sauve et lui permet de connaître une vie meilleure.

 
Le paradoxe : beauté et destruction

La richesse de ce recueil se caractérise surtout par ce surprenant paradoxe : la beauté et la destruction sont étroitement liées dans les nouvelles.


Tous les arts sont convoqués : peinture, poésie, littérature pour comprendre le fonctionnement  des mécaniques. Quellles que soient les mécaniques, elles fonctionnent autour de l’esthétique. « Les confidents »  est la nouvelle la plus paradoxale étant donné qu’elle est d’abord très violente et très poétique. Béata Désidorio, par l’imaginaire onirique, connaît le plaisir de la destruction, de la violence et de la souffrance. Elle souhaite tellement revivre cette violence que par le système de la réminiscence elle voudra la représenter par la peinture. L’art est ici associé à la violence, et ces liens tissent la beauté de l’œuvre.

 La lecture est active car elle fait appel à l’imaginaire et à la suggestion. Philippe Claudel n’a pas peur de la portée des mots et on se tient souvent le ventre pendant la lecture, notamment quand il s’agit de la dernière  nouvelle « Tania Vläsi » : « Sans cesse pénétrée et sans cesse accouchée, Tania était devenue une mécanique  et  n’existait que dans sa propension à recevoir une semence et à la transformer en une chair nouvelle. » Cette souffrance, nous pouvons presque la sentir et pourtant l’écriture de Claudel reste toujours sobre et belle. Finalement, ce paradoxe est donc toujours visible et traduit la fragilité de nos vies : belles mais fragiles !

Enfin, cette fragilité s’exprime également à travers l’architecture du recueil. Ce recueil est circulaire, « panoptique 1 » est en fait la suite de « panoptique 2 », tout se rejoint, même en traversant les nouvelles, les siècles et les frontières.  L’architecture même du recueil traduit la circularité de la mécanique. La dernière page tournée, les paradoxes qui sillonnent les nouvelles tracent une impression elle aussi paradoxale, c'est-à-dire que la beauté s'exprimerait par les désarrois des destins humains.

Elsa Trottet, Année Spéciale Édition-Librairie

Voir aussi

fiche de Marie-Aude

fiche de Sandrine

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Published by Elsa - dans Nouvelle
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