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3 novembre 2008 1 03 /11 /novembre /2008 00:00














Grégory MACDONALD
Rafael, derniers jours
Editions 10/18, 1991
collection Domaine étranger






















Publié en 1991 sous le titre original The Brave aux éditions 10/18 dans la collection Domaine étranger, ce roman a été adapté au cinéma par Johnny Depp en 1997. Pour ce livre, l’auteur Grégory Macdonald a obtenu le prix « Trophées 813 du meilleur roman étranger » en 1997.


La lecture de ce roman est une plongée étourdissante dans la fulgurance d’un destin. Par une fascination enténébrante et une fureur sourde, on s’accroche au récit de la vie de Rafael, de ce qu’il en reste, de ce qu’il va en rester...

Rafael est un jeune amérindien qui vit dans une communauté, Morgantown, un simulacre de ville qui s’est créé dans une décharge près d’une autoroute, au sein de la brillante Amérique.

Dans ce cloaque désenchanté, il mène une existence minée par la pauvreté, l’alcool et la charge d’une famille composée d’une femme et de trois enfants. Voulant défier sa marginalité, le jeune homme s’intéresse à une proposition de travail qui lui semble alléchante. De cyniques producteurs usent de sa déconcertante naïveté et le convainquent de devenir l’acteur principal d’un snuff movie (film clandestin contenant les images de sévices et de meurtres réels).

Pour ce jeune homme honni par la société et sans ressource intellectuelle, le rêve américain s’accomplit : il va être dans la lumière et « comme un taureau dans l’arène », il va défier la douleur et accepter d’en mourir. Malgré une description atroce des tortures qu’il endurera, Rafael trouve là l’opportunité de prendre son destin en main. L’approche inéluctable de la mort lui accorde une sorte d’illumination : Il va se sacrifier pour sa famille et l’argent de sa mort servira à la survie de celle-ci.

Il lui reste donc 3 jours. Quelques heures dérisoires où il va commencer à vivre, à s’enivrer de cette décision salvatrice. Empreint de la fierté absolue d’avoir enfin un travail, ce n’est pas en écorché vif qu’il appréhende son supplice prochain. C’est là toute l’ironie cruelle de la situation.

Devant cette abnégation du corps et de l’esprit, le lecteur quant à lui se décompose dans une lente agonie. Une violence souterraine se distille, s’insinue et on suffoque jusqu’à la mort du récit.

A travers Rafael c’est toute une communauté démunie qui est décrite, une humanité naufragée, noyée dans une mélasse de misères, broyée par les courants dominants du capitalisme et du rêve américain forcené, ; Rafael en est la plaie béante. Il est amérindien et ce n’est pas un hasard, il a été rendu étranger à tout, même à lui-même.

Ce destin livré en pâture nous est narré sans provocation, sans mélodramatisme mais à la limite du pathétique. Il dénote cependant une vision acérée de la société moderne et des nouvelles formes de violences toujours plus perverses, plus cyniques qu’elle engendre. La sobriété de l’écriture et la pureté superbe du héros en font une force dénonciatrice pertinente, car plus pernicieuse, plus violente. 

Ce roman à la poésie douloureuse, à l’évanescence macabre ne peut laisser indifférent.

Rafael ou les derniers jours d’un martyre anonyme…


Céline Cuny, 1ère année bibliothèques-médiathèques


Biographie de Grégory Macdonald visible sur le lien suivant :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Gregory_Mcdonald

A propos de l’adaptation cinématographique du livre : http://www.commeaucinema.com/film=the-brave,11622.html

A propos des prix littéraires « Trophées 813 » : http://fr.wikipedia.org/wiki/Troph%C3%A9es_813






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