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5 novembre 2008 3 05 /11 /novembre /2008 20:38

Auteur : TANIZAKI Jun’ichiro
Le Journal d'un vieux fou
Traduit du Japonais par Georges Renondeau
Titre japonais : Fûten rôjin nikki
Editeur : Paris : Gallimard
Date : 1967
Collection : Folio























Brève biographie de l’auteur

Tanizaki est un enfant d’Edo (Tôkyô) qui se passionne pour tout ce qui touche l’Occident. Aussi, il s’initie-t-il très jeune à l’anglais et découvre-t-il à travers cette langue la littérature européenne. A 22 ans, il décide de se consacrer à la création littéraire et pour cela il abandonne ses études de droit anglais. En 1910, il publie plusieurs œuvres brèves dans les premiers numéros de la revue Shin shichô (Nouveaux courants de pensée). Nagai Kafû le remarque et rend public un article sur ce débutant qu’est encore Tanizaki. Il y parle de Shisei (Tatouage) qui révèle déjà les thèmes essentiels de l’œuvre de Tanizaki : le désir, la sensualité et la jouissance liée à la souffrance…et surtout un thème récurrent chez l’auteur : le créateur, dépassé, devient la victime consentante de sa créature.

Dans les années qui suivent, il écrit de nombreux ouvrages en choisissant, avec l’audace et le plaisir qu’éveille le goût de la provocation, des sujets souvent « excentriques ». Il observe sans préjugé tous les états de la psychologie humaine et met en question la morale existante comme la faiblesse de caractère ou les perversions sexuelles. Toutes ses tendances négatives ont, dans son univers, une valeur propre. Tanizaki s'associe souvent au Mal et au Factice. Fidèle à lui-même, il poursuit jusqu’à la fin de sa vie l’investigation du cœur de l’homme où se côtoient désir sexuel et pressentiment de la mort.


Résumé de l’histoire

Dans ce roman, qui se présente sous la forme d‘un journal intime, nous suivons les pensées, les faits et les gestes d’un vieil homme d’environ 70 ans.

Ce vieillard s’éprend de sa belle-fille, Satsuko, qui est une ancienne danseuse de music-hall à la morale assez libre. Cette passion que voue le vieil homme à Satsuko le rend peu à peu dépendant de sa belle-fille. Celle-ci, consciente des sentiments que lui porte son beau-père, décide de profiter habilement de la situation. En effet, elle n’hésite pas à lui réclamer un bijou d’une grande valeur au détriment de l’entourage du vieillard. Ainsi, elle réussit avec beaucoup d’intelligence à lui arracher des libertés extravagantes qui dès lors lui permettent de mener une vie luxueuse.

En échange de ces « cadeaux », Satsuko accorde à son beau-père des privautés limitées : un baiser, une caresse… Ces privilèges font monter l’excitation du vieil homme et contribuent à aggraver la santé, déjà fragile, du vieillard.

Cette passion aveugle pour sa belle-fille conduit peu à peu le septuagénaire vers la folie…


Quelques points d’analyse

Tanizaki a écrit ce roman à la fin de sa vie et laisse transparaître à travers lui les angoisses qui l‘envahissaient comme le pressentiment de la mort. Dans ce roman, Tanizaki aborde ses thèmes favoris comme la provocation, le fétichisme, sans oublier le désir sexuel.

La structure du roman a une incidence directe sur l’implication du lecteur dans l’œuvre. En effet, Le Journal d’un vieux fou se présente comme son nom l’indique sous la forme d’un journal intime. Le lecteur est alors plongé au cœur  des méandres de la libido des personnages dans ce qu’elle a de moins avouable. Par le biais de ce cahier censé rester strictement personnel, Tanizaki instaure une certaine intimité entre le lecteur et ses personnages. Il place le lecteur en position de « voyeur ». Le lecteur possède sous les yeux un document qui normalement lui est strictement interdit ( un journal intime se devant rester personnel). Ainsi, cette transgression de l’interdit a pour effet de redoubler le plaisir de lire. C’est ainsi que Tanizaki piège le lecteur à l’intérieur du texte. Le livre devient alors une « confession » mêlant dialogues et descriptions sur le rythme fluide et parfois capricieux du langage parlé.

A travers la relation entre Satsuko et le vieillard, Tanizaki réutilise un thème qui lui est cher  : le désir au déclin de la vie. Satsuko étant une ancienne danseuse de music-hall, elle possède un physique très attirant. Le vieillard la pose toujours en comparaison avec son épouse. Le désir qu’éprouve le vieil homme pour Satsuko transparaît à chaque fois dans les descriptions positives qu’il fait de sa belle-fille, en comparaison avec les descriptions souvent péjoratives qu’il donne de son épouse. Satsuko se rend vite compte du désir qu’elle suscite chez le vieillard et prend un malin plaisir à en jouer, au détriment de la santé du septuagénaire.

Un autre thème également récurrent dans les œuvres de Tanizaki est le fétichisme, et en particulier le fétichisme du pied. Dans ce roman, le vieil homme est obsédé par le pied de sa belle-fille, au point de vouloir, même dans la mort, reposer sous ses pieds (ou à ses pieds). Le vieillard plie (au sens propre comme au figuré) face à Satsuko. Ainsi, on assiste progressivement tout au long du roman au renversement des relations de force. Ainsi, le vieil homme devient peu à peu faible face à Satsuko qui prend, elle, de l’assurance à mesure que l’on avance dans la lecture. La créature prend alors le contrôle du créateur.

Conclusion


    Ainsi, dans Le Journal d’un vieux fou, Tanizaki poursuit plus avant son analyse de la sexualité sénescente. Il reprend avec humour et un certain détachement le thème du fétichisme. Construit sur le même modèle, le roman La Clé (ou La Confession impudique) est, avec Le Journal d’un vieux fou, un roman incontournable de l’écrivain. Cette forme diariste rend la lecture plus attrayante et plus intense à mon sens. Je me suis de suite laissée prendre par l’histoire et les confidences des personnages. La nouvelle Tatouage, nouvelle grâce à laquelle Tanizaki s’est fait connaître dans le monde des écrivains japonais, montre, elle aussi, comment le créateur peut rapidement se laisser posséder par sa créature. En quelques pages, vous découvrirez ainsi le monde de Tanizaki.

Hélène H. AS Bib

Voir également article sur Eloge de l'ombre.

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