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5 novembre 2008 3 05 /11 /novembre /2008 18:12









Xavier MAUMEJEAN, .
Lilliputia : une tragédie en poche : roman.
Paris : Calmann-Lévy,  "Interstices"; 2008.























La frontière entre la Littérature avec un l majuscule et la littérature populaire, de « genre » devient, pour le plus grand bénéfice du lecteur curieux, de plus en plus floue, mince et poreuse, comme le démontre Xavier Mauméjean avec son dernier roman, Lilliputia.


L’auteur

 Xavier Mauméjean est né en 1963. Diplômé en philosophie et en science des religions, il enseigne actuellement la philosophie en lycée à Valenciennes. Il est aussi écrivain, producteur de pièces radiophoniques pour Radio France et graphiste.

Son premier roman, Les Mémoires de l’Homme-Éléphant (prix Gérardmer 2000 du roman fantastique) , revisitait l’histoire de John Merrick (Elephant Man) sous la forme d’un polar fantastique. S’y affirme un style proche des feuilletonistes du XIXe siècle et s’y développe un goût (par la suite récurrent) pour les monstres humains et les mythes d’hier et d’aujourd’hui. En 2002, Xavier Mauméjean livre Gotham, un thriller psychologique et La Ligue des Héros, intrusion d’un Peter Pan maléfique dans l’Angleterre victorienne-  sa suite, L’Ère des dragons  nous entraîne en 1905 en Chine dans une version fantastique de la Guerre des Boxers. Les deux années suivantes, il publie des fantaisies historiques à dimension mythique : La Vénus anatomique, entre Frankenstein de Mary Shelley et la série des Robots d’Isaac Asimov, et Car je suis légion, enquête policière sur fond d’occultisme dans la Babylone du VIe siècle avant notre ère. En 2007 naît Freakshow !  un roman de  «  monstres » dans une série dédiée au plus célèbre des chasseurs de vampires.

 Xavier Mauméjean a travaillé avec d’autres auteurs « montants » de la littérature français de « genre » : pour des essais avec André-François Ruaud  ; pour des romans jeunesse de science-fiction avec Johan Héliot .

Cette année, Mauméjean est le second auteur français (après Martin Winckler) à être publié dans la nouvelle collection de Calmann-Lévy, « Interstices », zone d’expérimentation  transcendant les genres  à l’image de Lilliputia.

Le résumé du roman


Elcana connaîtra un destin hors normes : sa grand-mère en a lu les présages dans les tiroirs de la commode familiale. Toutefois, à vingt ans, le jeune homme ne mesure que quatre-vingt-dix centimètres de haut et mène la vie rude des paysans d’une Europe de l’Est où le XXe siècle ne semble pas avoir vu le jour.

Tout se précipite quand Elcana, pour sauver l’honneur d’une fille, tue son seigneur et devient un paria. Arrivé en ville, il n’est sauvé du lynchage populaire que par l’intervention de deux mystérieux rabatteurs qui l’invitent à rejoindre des Lilliputiens de tout le vieux continent vers leur terre promise, de l’autre côté de l’Atlantique.

Leur destination sera Coney Island, aux portes d’une New York à la pointe du progrès. Sur cette île au passé sinistre, Sebastian Thorne, riche disciple de Barnum, a décidé de créer de toutes pièces un monde expérimental constitué de trois parcs d’attraction : le Steeple Chase avec son champ de courses mécanique et ses baraques à monstres, Dreamland avec ses manèges et Lilliputia, colonie de nains dans une Nuremberg médiévale reconstituée à leur échelle.

Logé dans une pension, Elcana goûte un repos mérité en compagnie d’autres « petits » : Amador, le sculpteur de miniatures, Lillian Box, la meneuse de revue et Flint Beltaine, le « pyromancien » des pompiers locaux. Cependant, le jeune doit travailler pour vivre et se rend à la mairie où les notables, arrogants et ridicules - sauf la distante princesse Pee -Wee -, l’assigne à la brigade des soldats du feu.

Suivent de longues semaines d’un difficile apprentissage au cours desquelles Lilliputia révèle sa vraie nature : une cité d’êtres égoïstes et mesquins où les plus faibles vivent dans une misère noire sous la coupe de Fatty, le caïd local. Seul rayon de soleil dans cet univers de grisaille pour le jeune homme : Frances Lockheart - la seconde personnalité de Pee -Wee - qui fait naître en lui l’amour.

Cependant Elcana n’a guère le temps de déclarer sa flamme à l’institutrice car une série d’incendies suspects ravagent Lilliputia, inquiétant le chef de la milice McMurdo, un ancien chef de gang et son acolyte le sénateur Gumpertz, chargés par Thorne de veiller sur son œuvre après sa mort. Les gérants du parc veulent un coupable pour que le show continue à attirer des visiteurs. Contraint et forcé, Elcana doit inventer un bouc émissaire : Amador.

Le garçon croit pouvoir le livrer à la vindicte populaire à l’occasion de l’explosion de la centrale électrique mais le piège se referme sur ses proches : son commandant périt dans l’incendie comme de nombreux autres nains et Beltaine a les yeux brûlés par les flammes. Amador sera exécuté sans apaiser les esprits des « petits ».

Car McMurdo et Gumpertz, non contents de laisser brutaliser les nains par les « Grands », permettent l’enlèvement de leurs nouveaux-nés par les mystérieux Lunarques et leur dénient le droit au deuil. L’innommable est atteint quand, sous prétexte de faire du quotidien lilliputien une fête perpétuelle, les gérants décrètent l’obligation d’être heureux et de prendre la cocaïne que Fatty tient en réserve dans son antre.

Sonne alors, pour Elcana et ses amis, l’heure des explications à toute cette folie puis celle de la révolte contre les desseins inhumains de Thorne, le tyran divinisé après sa mort…

Mon avis sur Lilliputia
 
Avant d’entamer la lecture de ce roman, j’avais déjà dévoré deux autres livres de Xavier Mauméjean : La Ligue des héros et La Vénus anatomique. Ces œuvres m’avaient captivé par leur mélange réussi des genres, leur écriture exigeante mais accessible et leur univers très personnel. Lilliputia reprend tous ces bons ingrédients pour générer une fresque à grand spectacle qui nourrit tant les sens que la réflexion.

La première réussite de ce roman est d’offrir une lecture adulte habillée de tous les atours du divertissement. Alternant les styles, intimiste, dramatique, héroïque, cinématographique, Mauméjean nous immerge dans un conte où se percutent les univers de Gangs of New York de Francis Ford Coppola et de Freaks de Tod Browning. Si l’on n’y prête pas garde, insidieusement remonte notre âme d’enfant, celle qui nous inspirait des vocations de pompier ou de princesse, celle aussi qui nous faisait prendre pour la vérité les inventions les plus surréalistes (telles un immeuble en forme d’éléphant ou le sauvetage d’un chat dans un arbre tournant au combat contre un fauve). Pour nous fasciner à ce point, l’auteur revisite habilement les histoires les plus universelles et les plus appréciées qui soient : les mythes.

Xavier Mauméjean nous livre un pan de l’histoire des États-Unis, essentiel mais mal connu en France : celui où cette jeune nation se forge ses propres mythes pour se distinguer de la vieille Europe qui l’a nourrie de ses hommes et de ses croyances. Pèle-mêle, le romancier convoque les ombres des héros et des dieux grecs (Elcana/Prométhée, Lillian Box/Pandore, Gumpertz/Héphaïstos, Thorne/Zeus), les héritiers des devins celtes (Beltaine fumant des Casander pour l’aider à voir les morts futures) ou les réminiscences de la mythologie nordique (les nains, le « géant » Thorjborn et sa hache imparable). Il invite aussi les esprits de la nature amérindiens. Surtout, il met en lumière les icônes du progrès et de la nouvelle conformité sociale qu’amène le capitalisme triomphant : l’entrepreneur, la star du music hall, les exclus violents et déviants, les monstres face aux canons incarnés de la beauté humaine.

Ce faisant, l’auteur nous amène à une saine interrogation sur la normalité et la place des individus dans la société. Qui est le déviant dans ces parcs vivant en vases presque clos : celui qui s’assemble avec ses semblables ou l’intrus qui débarque avec ses préjugés ?  Le progrès vaut-il s’il n’est pas partagé par tous, entraînant frustration et orgueil mal placés ? Le mérite d’une personne se mesure-t-il à ce qu’elle donne à voir ou à ce qu’elle fait vraiment ?

En cela, Lilliputia renvoie à un autre roman fantastique décortiquant, sur fonds de résurgences mythologiques,  les mécanismes de l’héroïsme :  American gods de Neil Gaiman. Néanmoins, à mon avis, Mauméjean, avec son dernier opus, égale aisément les best-sellers anglo-saxons et attire l’attention sur ce vivier de jeunes auteurs (Johan Héliot, Fabrice Colin, Catherine Dufour, etc.) qui redorent l’image de la littérature  fantastique  hexagonale.


Laurent, AS Bib.


Sources des données biographiques :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Xavier_Maum%C3%A9jean et www.evene.fr/celebre/biographie/xavier- maumejean-30565.php
 

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Published by Laurent - dans fantasy
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