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11 novembre 2008 2 11 /11 /novembre /2008 22:05


Ernest HEMINGWAY
Paris est une fête
Gallimard, 1973
rééd. Folio





























C’est avec Hemingway que j’ai commencé à aiguiser mes désirs en littérature. On sent derrière les mots de larges mains calleuses, un homme « shaped like a football player » ; ce fut cette puissance qui écrit « vrai », cette poésie simple qui « m’envoya au tapis » et me transcenda.


 Paris est une fête est un récit autobiographique qu’Hemingway écrivit 40 ans après les faits.  La mémoire n’est peut être pas fidèle aux réalités de l’époque, mais la main qui les écrit ne cherche pas à mentir.

Paris est une fête ce sont les aventures d’un jeune auteur américain dans le Paris des années 20. Les pérégrinations de Hem’ dans les quartiers de Paris, les bars, ses rencontres, les courses, son amour pour Hadley, sa femme. Les tableaux pittoresques ont sûrement contribué à la légende du Paris bohème de la « lost generation » et fait rêver les jeunes Anglo-Saxons.


Paris est une fête, c’était  aussi un peu  moi, Anaïs, 18 ans depuis 10 jours, arrivant à Paris seule pour la première fois le 31 juillet afin de travailler comme vacataire dans un musée de Paris avec une amie. J’avais acheté Paris est une fête à cause de ce « personnage », Gertrude Stein (je venais de voir cet horrible film retraçant la vie de Modigliani où elle m’apparaissait pour la première fois), que j’avais retrouvé en quatrième de couverture de Paris… qui m’avait poussée à choisir ce livre plutôt que Martin Eden, que j’achèterais quelques mois plus tard et qui ne me quitte plus.

Je commence  à lire Paris… le matin de mon premier jour de travail, dans le métropolitain. Je sors de la bouche de métro, demande mon chemin à la fleuriste : « eh bien il faut que vous remontiez la rue Cardinal  Lemoine, vous prenez le virage à droite, vous longez le lycée et voilà, vous y êtes à vot’ Panthéon !». La rue Cardinal Lemoine voyons voir…je sors du  sac mon folio, deuxième page, « Les citernes étaient  peintes en brun et  en safran et, dans le clair de lune, lorsqu’elles remplissaient  leur office le long de la rue Cardinal Lemoine… »Je sors mes lunettes de soleil et remonte pour la première fois cette rue qui grimpe, passe devant le lycée, un poème de Bonnefoy est peint, énorme sur une façade puis me mets  à attendre mon  amie dans une café.  « Une fille entra dans le café et s’assit, toute seule, à une table près de la vitre. Elle était très jolie, avec un visage aussi frais qu’un sou neuf, si toutefois l’on avait frappé la monnaie dans de la chair lisse recouverte d’une peau toute fraîche de pluie, et ses cheveux étaient noirs comme l’aile du corbeau et coupés net et en diagonale à hauteur de la joue ». J’aime beaucoup ce passage, cette fille à la peau rose et fraîche que j’imagine porter un rouge à lèvre mat. 

Ce que j’ai découvert  par exemple chez Hemingway, c’est la répétition de « et » dans une phrase. Choquée au début, je me mis à ressentir ce redondant manque de goût comme un charmant et naïf et enfantin émerveillement dans les descriptions des balades et des repas. Impression candide que je m’appliquai à utiliser dans mes dissertations où mes professeurs jugèrent que je ferais mieux de relire Lamartine plutôt que de plagier un effet de style inutile à la dissertation. Mais enfin, je n’étais pas de ce romantisme-là, et Lamartine au placard je relis plusieurs fois Paris… . Comment ne pas se laisser prendre par ce Paris génial, l’âge d’or du Paris bohème ?  Comment aussi ne pas se sentir à mon tour après Musset et Hemingway, une génération perdue ? Non pas à cause d’une guerre, mais  errante car sans héros. Allais-je moi aussi, un jour, vivre d’amour, de St James, de voyages et de ma plume ? Allais-je pouvoir parler du « Paris de notre jeunesse, au temps où nous étions très pauvres et très heureux » ?

Paris est une fête : espoir, cachette secrète.

Il faut dire qu’Ernest s’y est très bien pris pour nous faire rêver. Simplicité de l’écriture, simplicité des sujets décrits, mise en relief des beautés quotidiennes d’une vie bohème où tout est merveilleux le ventre vide (et ça c’est lui qui le dit), aussi les rencontres avec les légendes de ce Paris génial ( F.S. Fitzgerald, Gertrude Stein, Sylvia Beach…).
 
Aujourd’hui, je relis ce livre et je ne retrouve plus l’insouciance d’il y a deux ans. Des idées barbares m’assaillent : combien gagnait-il pour vivre ? Que représentait un repas dans une brasserie dans son budget ? Agacée par ce bonheur tranquille, je commence à ne plus y croire.

Voilà, Paris est une fête c’est à lire et relire, c’est «  prendre la température », voir si ça nous fait toujours rêver ou bien se rendre compte qu’on devient cynique… !


A. J., 1ère année édition-librairie.

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commentaires

nicolas 12/11/2010 01:26


Je le relis une fois par an...c'est léger, il ne s'y passe rien, mais je sais pas, il y a quelque chose dedans qui me le rend indispensable à relire


HELENEZEN 12/09/2010 23:28


J'ai découvert ce livre au moment de sa réédition en poche l'an dernier et j'avoue que je le lis et relis avec toujours autant de plaisir (en VO, c'est encore mieux!). C'est nostalgique sans être
pour autant triste et on lit ce récit avec délectation. Il nous donne envie de lire et relire les auteurs rencontrés et de visiter les rues qu'il a fréquentées à Paris. Bref un livre qui nous
revigore. C'est aussi au soir de sa vie un très très bel hommage à sa première femme, Hadley Richardson et à la vie. Peu de temps après l'avoir écrit et avant même sa publication, Hemingway se
suicidera.


roussel-galle.solange 12/12/2008 14:00

Merci Anaïs, je n'avais pas lu ce livre d'hemingway et j'ai aujourd'hui envie de me plonger dans Paris et ceci pour une double raison que tu devineras

pierrot 06/12/2008 14:14

j'espère que j'aurai cette faculté à écrire avec une telle limpidité et une grande clairvoyance.fier 2 twa soeurette

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