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12 novembre 2008 3 12 /11 /novembre /2008 21:46




Carson MCCULLERS,
La Ballade du café triste.

Titre original : The Ballad Of The Sad Café.
Traduction de Jacques Tournier.
Paris : LGF, 2004. Poche biblio. 189 p.























"Everything significant that has happened in my fiction has also happened to me."
Carson McCullers le reconnaît, ses écrits sont largement inspirés de sa propre vie. Et quelle vie !

Née en 1917 à Columbus, petite ville de l’état de Géorgie, elle aurait dû être un garçon et reçoit le prénom masculin de Carson. La déception maternelle est cependant limitée, puisque Carson présente très tôt les dons musicaux espérés qui la conduisent à New York après le lycée pour intégrer la prestigieuse Académie Juilliard. Or la perte de la somme destinée aux frais d’inscription la force à renoncer à cette ambition. Qu’importe, elle s’inscrit à la place aux cours de création romanesque et techniques littéraires de l’université de Columbia. C’est en effet dans l’écriture qu’elle trouve refuge, loin de cette impression de rejet et de cette solitude qui l’accompagneront toute sa vie.

Car Carson est différente des autres jeunes filles. Outre le prénom, elle a aussi une allure ambiguë, comme le montrent les photographies de Carl Van Vechten. Grande, maigre, souvent vêtue de pantalons, elle cultive une apparence androgyne qui lui confère cette singularité souvent chère aux artistes. Elle en souffre cependant à l’adolescence, où elle nourrit un amour secret pour celle qui lui enseigne le piano. Cette attraction féminine se retrouve tout au long de sa vie, chaque fois qu’elle croit rencontrer son double, la personne la plus à-même de la comprendre. Un homme, Reeves McCullers, mérite ce titre, et elle l’épouse en 1937. Or une ambition commune peut s’avérer fatale lorsqu’un seul rencontre le succès, ainsi le couple divorce cinq ans plus tard après la publication de la première nouvelle et du premier roman de Carson. Elle le revoit en 1943 avant qu’il ne parte au front, et c’est dans ce contexte de résurgence des sentiments qu’elle écrit La Ballade du café triste, publiée la même année. Ils se remarient en 1946 pour ne trouver que solitude en leur compagnie mutuelle, un paradoxe à la fois vécu et thème de prédilection de son oeuvre. Leur relation se dégrade progressivement, tout comme la santé de Carson, jusqu’au suicide de Reeves en 1953. Carson McCullers décède en 1967 d’une hémorragie cérébrale, à l’âge de 50 ans.

Tous ces éléments donnent un aperçu du contenu des sept nouvelles qui constituent le recueil, dont l’ordre est le suivant :
La Ballade du café triste
Wunderkind
Le Jockey
Mme Zilensky et le roi de Finlande
Celui qui passe
Un problème familial
Une pierre, un arbre, un nuage


Bien qu’ayant vécu majoritairement dans la moitié nord des Etats-Unis, Carson McCullers ne rompt pas avec ses origines, et son style s’apparente à la littérature gothique caractéristique du Sud, dans la lignée de Faulkner, toutefois sans la technique du flux de conscience.

Dès la première page de la nouvelle éponyme, le lecteur est invité à entrer dans l’atmosphère paisible mais désolée de la petite ville de Cheehaw. Il devient alors l’auditeur privilégié d’une histoire singulière, qui lui est transmise selon la tradition orale si populaire dans ces régions rurales. Le narrateur, anonyme, met en évidence les articulations et liens de cause à effet de son récit dans une langue réaliste, voire familière dès qu’il s’agit de dialogues, qui n’en exclut pas pour autant les tournures poétiques lorsque l’histoire prend une dimension toute autre. Un résumé succin de l’intrigue plante le décor et éveille la curiosité ; on apprend ainsi que cette morne ville a jadis été égayée d’un café, tenu par Miss Amelia et son prétendu cousin Lymon, mais que le retour de l’ancien mari de Miss Amelia, Marvin Macy, en a provoqué la fermeture. Après maintes péripéties, la boucle se referme, l’épilogue et l’incipit se font écho avant que la focalisation ne se déplace vers la route de Forks Fall où se déroule une scène épiphanique sans laquelle l’histoire serait dépourvue de moralité.

La ville est triste, la ballade aussi, mais les personnages ne manquent pas de couleur. Grotesques, conformément au genre, ils inspirent à la fois répulsion et compassion.

Cousin Lymon, bossu au visage épargné par les marques du temps, n’a peut-être aucun lien de parenté avec Miss Amelia ; ce qui n’empêche pas cette dernière d’accéder à son désir d’interaction sociale en l’hébergeant et en développant un café à partir de son magasin.

Marvin Macy, l’époux éconduit, est le personnage peu recommandable de l’histoire. Ses manières rustres et peu vertueuses semblent s’expliquer par une enfance difficile. Son retour dans la vie de Miss Amelia donne lieu à une scène de bataille épique et sensuelle dont l’apogée met en abyme le dénouement.

Miss Amelia Evans, enfin, dont la description physique rappelle étrangement celle de Carson McCullers, est affublée d’un strabisme. Deux yeux qui se croisent, incapables de communication directe avec autrui, forment peut-être le symbole d’un destin étroitement lié à la solitude.

Certes, les trois personnages principaux forment un triangle où chacun est aimé et aime à son tour, c’est cette réception ou non d’amour qui module leurs comportements. Tous en manifestent un profond besoin, le café lui-même remplit cette fonction à l’échelle de la ville puisque son succès s’attribue à la forte demande d’un lieu de vie et d’échange de chaleur humaine, au sens métaphorique comme littéral.

Or, le caractère éphémère de l’amour, le manque de réciprocité et de communication ne suggèrent-ils pas l’inhérence de la solitude à la condition humaine ? C’est du moins la thèse de Carson McCullers. La seule forme d’amour à laquelle se raccrocher est l’agapè, l’amour de Dieu, désintéressé, dont son écriture est la quête.

Céline A., Année Spéciale Bibliothèques-Médiathèques



Carson McCULLERS
La ballade du café triste et autres nouvelles
Stock, Cosmopolite
















La ballade du café triste et autres nouvelles, titre original The Ballad of the Sad Cafe est un recueil de sept nouvelles. Prix de l’Académie des Arts et des Lettres, il a été publié aux Etats-Unis en 1951 puis en France en 1974 aux éditions Stock.
Cet ouvrage est traduit de l’Américain par Jacques Tournier.








Carson McCuller de son v
rai nom Lula Carson Smith  (1917-1967) est une romancière et nouvelliste américaine. Des l’âge de dix ans elle est passionnée par l’écriture et la musique. En 1934, elle se consacre à l’écriture en suivant des cours de création littéraires à la Columbia University. Un an plus tard elle épouse James Reeves McCullers qui restera un personnage important tout au long de sa vie. Ils s’installent en France, dans l’Oise. A la suite du décès de Reeves, Carson rentre aux Etats-Unis, elle décède en 1967 à la suite d’une hémorragie cérébrale.









I) La ballade du café triste

Cette première
histoire présente toutes les caractéristiques d’un roman :

- au niveau de la longueur elle comprend 95 pages.

- Une omniprésence de détails par exemple la description de Miss Amelia p 23  : C’était une femme grande… C’était un être solitaire. » Il y a des descriptions des personnages mais également des lieux et de l’atmosphère.

- Un champ lexical très présent durant toute la nouvelle : la mélancolie. Champ lexical aussi énoncé dans le titre.

- Le narrateur est présent à certains moments, il dialogue avec le lecteur, il l’interpelle. Ex : « Souvenez-vous » p 45, « Découvrez donc ces années » p 48.


« La ballade du café triste » compte trois protagonistes : Miss Amelia, Marvin Macy et Cousin Lymon.  Le décor est une petite ville ennuyeuse du Sud des Etats-Unis. Miss Amelia transforme son magasin en café à la suite de l’arrivée d’un étranger Lymon Willis qui dit être son cousin. Son café connaît un rapide succès mais le retour de son ex-mari Macy Marvin bouleverse la situation. 

Dans ce texte, on trouve un mélange de tous les types d’écritures. On passe de la tragédie à la comédie. Il y a quelques passages comiques. Ex : le fait que Miss Amelia s’entraîne à la boxe pour battre son mari. Deux personnages représentent aussi cette ambiance, d’un côté Miss Amelia femme solitaire, triste et de l’autre côté Cousin Lymon personnage clownesque, heureux.  

Deus thèmes sont présents tout au long de l’histoire : la mélancolie et les relations amoureuses.

Le titre annonce le thème de la tristesse. Dès les premières lignes, on peut observer des mots tels que solitude, ennuyante, triste… C’est une tristesse presque maladive. Cette atmosphère lourde nous incite à aller plus loin dans le texte et nous à interroger sur la suite de l’histoire.

Le second thème, les relations amoureuses, est central dans le récit. On a un triangle amoureux entre les trois protagonistes qui sont tous à la recherche du bonheur. La relation entre Miss Amelia et son ex mari est tendue puisqu’ils en viennent « aux mains ». Il y a une certaine violence entre ces deux personnes. On pourrait rapprocher cette histoire de celle de l’auteur. En effet, Jacques Tournier nous le dit en avant-propos, beaucoup de disputes ont éclaté entre Carson et Reeves  : « Les combats avaient repris. Ils se déchiraient de nouveau, ils essayaient de se détruire. »
(p17)


II) … et les autres nouvelles

A la suite de cette longue nouvelle, le livre compte six autres nouvelles plus courtes : « Wunderkind », « Le Jockey », « Mme Zilensky et le roi de Finlande », « Celui qui passe », « Un problème familial » et « Une pierre, un arbre, un nuage ».

Dans ces nouvelles on retrouve les thèmes de la solitude mais aussi de la musique ; c’est une musique triste qui permet d’identifier un sentiment. Ainsi dans « Wunderkind », la première nouvelle écrite par Carson McCullers à l’âge de dix sept ans, la musique permet de cacher un sentiment de mal être. L’enfant prodige, Frances, une jeune musicienne se retrouve souvent exclue des autres.

D’une autre manière la musique est abordée dans la nouvelle « Mme Zilensky et le roi de Finlande ». Le thème de l’absence est traité sur le mode comique, puisque les trous de mémoire de Madame Zilensky embauchée par le département de musique de Mr Brook n’atteignent pas la confiance de celui-ci.

Dans « Celui qui passe » la musique joue un rôle encore différent. Elle fait renaître un sentiment : l’impossibilité du deuil de l’amour. Cette nouvelle évoque une rupture pas encore acceptée entre Elizabeth et son ex-mari John Ferris.

La musique est présente pratiquement dans tous les textes de McCullers. Ce thème réunit un grand nombre de sentiments (amour, solitude…) C’est un outil dans lequel les sentiments des personnages peuvent se dissimuler.

Tous les textes de Carson McCullers renvoient à une part de sa vie. Ses écrits ont souvent pour lieu le Sud des Etats-Unis. Selon elle, c’est « un emblème de la solitude des passions ». Le Sud qu’elle nous dépeint est une région triste avec des villes sans nom comme dans « La ballade du café triste » où l’on est en présence d’une ville « loin de tout, en marge du monde ». Toutefois, McCullers n’a pas connu cette solitude qu’elle écrit dans ses livres, c’était une personne plutôt bien entourée.  

Ces romans et nouvelles sont souvent autobiographiques. L’auteur transmet au lecteur une part de son intimité.

Le titre La ballade du café triste résume parfaitement bien les sept nouvelles aussi tristes que subtiles. Carson McCullers apparaît presque comme un précurseur de Raymond Carver : ces nouvelles décrivent juste une minuscule tranche de vie banale mais c’est un petit détail sur telle phrase qui fait la beauté et la profondeur des textes. McCullers est aussi une grande romancière. Son roman Le cœur est un chasseur solitaire a eu un immense succès lors de sa publication.


Elsa CHABROL, 1ère année BIB

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Published by Céline et Elsa - dans Nouvelle
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